Résurrection de Morante le dimanche 5 avril à Séville…

 

Ça n’aura pas duré longtemps ! Finis les pronostics, les espoirs., les suppositions, Zabala de la Serna a annoncé hier la nouvelle dans le quotidien El Mundo, reprise dans pas mal de médias : Morante de la Puebla sera de retour le 5 avril prochain à Séville…

Depuis, on enregistre pas mal de réactions de professionnels comme d’aficionados partant un peu dans tous les sens, ce qui à la réflexion est compréhensible, compte tenu de l’ambiguïté du maestro.

Plutôt qu’une longue diatribe sur ce que je peux ressentir à ce sujet, j’ai préféré vous transmettre, avec son autorisation bien sûr, un texte publié par Maurice Berho auquel j’adhère totalement…

 

Au-delà d’un retour

 

Il revient. Celui que l’on considère, presque sans débat, comme le plus grand torero de notre époque. Avec la permission de Joselito, Belmonte, Manolete, Ordóñez et Camino, sans oublier Paco Ojeda ni José Tomás, et tant d’autres qui ont inscrit leurs noms dans la mémoire du toreo. Son retour n’est pas une simple annonce : c’est un événement. Pour la tauromachie, pour un public qui a besoin de repères vivants. Il y a dans ce retour quelque chose de nécessaire, presque vital. Mais il soulève aussi des questions plus profondes, presque existentielles, qui dépassent tout cartel, toute saison. Car son départ n’était pas d’abord une question de circonstances : il était intérieur, intime, intense, et sa mesure ne se compte pas en jours mais dans le vide qu’il a laissé derrière lui.

Il y a des circonstances. Des atténuants. Le temps, le corps, la vie, qui continue son cours même lorsque l’on choisit de s’arrêter. Tout cela pèse. Tout cela compte. Mais la question essentielle reste silencieuse, et n’a pas besoin d’être formulée. Dans le toreo, revenir n’est pas réapparaître. Ce n’est pas reprendre sa place dans l’escalafón, ni franchir une nouvelle fois la porte des cuadrillas. Revenir, c’est se retrouver face à une vérité. Ce point exact où le corps, l’esprit et l’âme s’accordent, sans faille.

Pour Morante de la Puebla, revenir n’est pas un rendez-vous inscrit au calendrier, même de résurrection, ni un geste de nostalgie. C’est une quête intérieure. Une mesure fragile et précise dans laquelle le corps obéit, l’esprit dirige et l’âme accompagne, sans gêner. Chez lui, technique, courage et vérité se fondent dans une même évidence qui dépasse la liturgie. Morante ne cherche pas la beauté : il l’impose. Son toreo, bâti sur un courage immense, atteint des limites où personne d’autre ne parvient, là où la pureté touche au mystère. À chaque passe, il révèle l’essence du toreo : la vérité nue, fragile et puissante, que seuls les élus peuvent montrer.

La tauromachie, implacable, ne rend pas hommage à ce que l’on fut. Elle ne se soumetqu’au présent, à cet instant précis où le toro charge et où le torero répond. Cette vérité a un rythme secret, un battement intérieur imperceptible mais palpable, qui transforme son toreo en un mystère vivant, à la fois bouleversant et inévitable. Au fond, son retour n’est pas seulement physique. Il est métaphore : du temps, de l’authenticité, du courage.

 Le vrai défi n’est pas de revenir.

C’est de continuer à être.

 

Olé… Enhorabuena Maurice ! Et Suerte Morante !!!

(Texte et photos reçus de Maurice Berho… Dos orejas y rabo…)