La nave de los tontos…

 

Dix personnages réunis dans une barque. Le groupe principal se compose d’un moine franciscain et d’une religieuse jouant du luth, assis face à face. Ils ont la bouche grande ouverte comme pour chanter mais, comme leurs compagnons, semblent aussi essayer de mordre une crêpe pendue au centre de la petite embarcation. Derrière eux sont assis les deux nautoniers. L’un d’entre eux a en guise de rame une louche géante. L’autre tient en équilibre un verre sur la tête et brandit au bout de sa rame une cruche cassée. Aux extrémités, d’un côté une femme s’apprête à frapper avec une cruche un jeune homme retenant une gourde qui trempe dans l’eau. De l’autre, sur un gouvernail de fortune, un petit homme en habit de fou boit dans une coupe. À côté de ce dernier, un autre se penche pour vomir. L’assemblée est dominée par un mât de cocagne surmonté d’un bouquet de fleurs au centre duquel est représentée une chouette ou une tête de mort. Une dinde ou une oie rôtie est suspendue au mât. Un homme essaye de l’atteindre avec son long couteau. La compagnie semble à la dérive ; au fond, s’étend un vaste paysage à l’infini.

 

Une nef, una nave.

De locura.

 

Un «Embarquement pour Cythère».

Al revés.

 

Le conformisme

Est banni.

 

Et du toril de la toile.

Sale la folie.

 

Le sens n’existe plus.

Hors champ il est.

 

Emporté

Par les mulillas de la démence.

 

Les codes.

De lecture disparaissent.

 

Derrière.

Le burladero du délire.

 

La raison.

Marque le pas et se fige.

 

Dans le toque.

De l’irraisonnable.

 

Le déséquilibre.

Comme exhumation des frustrations de leurs âmes.

 

La locura.

Comme mise en scène des battements de son cœur.

 

Son interrogation.

Ne résout rien.

 

Le piton droit.

No sirve.

 

Et le gauche.

Tampoco.

 

Tous.

Sont réunis dans un espace.

 

Lui.

Est enfermé dans le ruedo.

 

Tous.

Sont dans une exaltation fuera de cacho.

 

Lui.

Dans la solitude du cruzarse.

 

Chercher.

A comprendre est vain.

 

Il n’a.

Aucun recours.

 

Si.

Ce n’est l’effroi.

 

Du vide

D’une arène en nuit de Buchenwald.

 

En sortir.

Est impossible.

 

Le pecho.

Libérateur n’existe plus.

 

Ils se nourrissent.

De mets incongrus.

 

Et.

Boivent leurs tourments.

 

Il se rassasie.

De sa peur.

 

Et boit.

Au calice des cornes.

 

Eux voués.

A être définitivement ensemble.

 

Lui prisonnier d’un fichaje.

A rester irrémédiablement seul.

 

Tous

Vont grimaçant de plaisir.

 

Lui.

En rictus d’éther.

 

Chercher.

A dire est dérisoire.

 

Sa bouche.

Demeure muette.

 

Seule leur outrance vaut.

Elle est grandiose.

 

Seule sa démesure existe.

Elle est superbe.

 

Vogue.

La nef des fous.

 

Dix.

Ils sont.

 

Vêtus.

De blafard.

 

Va.

La déraison du toreo.

 

Seul.

Il est.

 

Habillé.

De lumières.

 

Datos 

 

La Nef des fous est un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch. Huile sur panneau de 58 × 32 cm, réalisé vers 1500.

Jheronimus van Aken dit Jérôme Bosch, ou Jheronimus Bosch né vers 1450 à Bois-le-Duc et mort en août 1516 dans la même ville, est un peintre néerlandais, rattaché au mouvement des primitifs flamands…

Patrice Quiot