Monsieur Pesao…

 

Voix tapageuse.

Gesticulations de bateleur.

Allure ordinaire et banane sur le ventre.

Il fait du bruit en arrivant.

 

Il se veut intégriste de la règle.

Vérifie la légalité de l’asiento.

Signale que la fumée de cigarette dérange maman.

Et ne salue pas.

 

Il étale les coudes.

Marche sur les pieds.

Et plein de suffisance.

Il est enfin assis.

 

Jumelles pour repérer les collègues.

Il appelle les mêmes sur le móvil.

Pour leur dire qu’ils sont là.

« Juste en face, entre la grosse et le bronzé».

 

Un Pecqueux aficionado au front bas.

Un pauvre Falstaff du tendido.

Un César Birotteau en casquette Ricard.

un Félix Grandet en jeans.

 

Il détaille le cartelito de mano.

Et y ajoute ses commentaires.

Il connaît la chose.

Et le dit haut et fort.

 

Il est copain avec Juan.

Et sait où demain s’habillera José.

Il est inconditionnel des banderilles noires.

Et du postulat que les gonzesses n’ont rien à faire au callejón.

 

Il a vu toute l’Espagne.

Liste les bistrots où il faut aller manger le pescado frito.

Les hôtels recommandés par Booking.com

Et l’emplacement des radars de la A 50 entre Peñaranda de Bracamonte et Crespos.

 

Il n’a aucun doute.

Et beaucoup de certitudes.

On ne la lui fait pas.

Le Pernod n’est pas le Casanis.

 

Il dénigre le palco.

Attend les fausses notes de la banda.

Porte une lourde gourmette en or.

Et tutoie le vendeur d’eau.

 

Un Ubu du cuento.

Un Marcel Déat du vomitoire.

Hanouna chez Jean D’Ormesson.

Thénardier chez la duchesse d’Albe.

 

Il siffle.

Parce qu’à sa montre son las seis.

Et claque des mains.

Pour accompagner la musique du paseo.

 

Il n’a pas d’âge.

Sent l’eau de toilette éventée.

L’ail de la rouille de midi.

Et Monsieur Pesao est son nom…

 Patrice Quiot