Grandeur et décadence et de l’arrimón…
« Yo no me arrimo. Lo único que hago es quedarme quieto, el que se arrima es el toro ». José Tomás.
Écorché de la bravoure.
Mise à nu de l’exposition.
Énoncé du courage.
Aphorisme de l’audace.
L’arrimón est un haïku de la résolution.
Il signifie.
En étant.
Montre.
En cachant.
Parle.
En se taisant.
C’est une confession.
Sans mots..
Un ex-voto.
Sans enluminures.
Une intimité.
Sans partenaire.
Son dépouillé de forme.
Est antinomique de l’ardent de son fond.
Contradiction dans l’évidence.
Il illustre.
La grandeur du paradoxe.
Comme un myosotis fleurissant sur la lave d’un volcan.
Verset de la constriction.
Sourate du resserrement.
Ode à la convulsion.
L’arrimón est un déchirement.
Écrit en un alexandrin.
Faisant l’économie de ses syllabes.
Tendu.
Mais relâché.
Délié.
Mais grave.
Mousse d’écume sur la crête d’une vague de tsunami.
Le corps en sera le troubadour.
Visage aux lèvres en baiser.
Hanche langoureusement avancée à la corne contraire.
Torse comme une offrande à une fiancée imaginaire.
Toque en invitation.
La main.
Comme une caresse à la même.
Pour ce faire.
Le corps troubadour se doit d’être exempt d’hypertrophie.
De gras.
De lourdeur.
L’authenticité du don de soi venant de sa pudeur.
A ne pas exhiber l’obligatoire d’un métier.
Aussi, quand il n’est qu’un excès.
Dont l’abondance.
Confine à l’abus.
Qu’une manière.
Que l’enflure.
Rend trivial.
Quand son outrance.
A peu d’âme.
Son exagération.
Peu de sens.
Et quand l’emphase.
En est le postulat.
L’arrimón devient le vil objet
Du seul tapageur.
Dont l’entrega est la mimique.
Le desgarro la singerie.
L’abandon le strip-tease.
Et le racolage le principe.
Et quand ce tout n’est que posture.
Empilage de gestes grandiloquents.
De reins cambrés.
De torse en avant.
De bras de défi tendu au public.
Et de coups de menton mussoliniens.
L’arrimón se dévoie.
Perd sa nature.
Nie ce qui le fonde.
Et le superbe.
Qu’il est.
Devient spectacle.
Le torero qui fait de ce défiguré son unique fonds de commerce.
Ne donne à voir qu’une image.
De bateleur vendant à son chaland.
Le faux de la témérité.
La quincaille de la vaillance.
Et le clinquant de l’héroïsme.
A lui et autres boutiquiers du valor.
On conseillera de se défaire de cette mise en scène quelque peu obscène.
Et de relire Morante, Talavante ou Borja.
Qui, par la grandeur du châtié.
De leur arrimón troubadour devant le toro.
Perpétuent la noblesse du vocable…
Datos
Grandeur et décadence est une expression française issue d’une partie du titre complet d’un roman d’Honoré de Balzac, César Birotteau, publié en 1837 : « Histoire de la Grandeur et de la décadence de César Birotteau, parfumeur, chevalier de la Légion d’honneur, adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris ».
Patrice Quiot
