Chroniques salmantines 2026 : Le départ…
Avec des toreros, notre véhicule break, pourtant assez grand, se transformait en Fiat 500 ! C’était toute la logistique des uns et des autres que nous menions, pour éviter des bagages à trainer un peu partout : le maestro Rafi et ses 3 costumes de lumières à retoucher, Marie-Reine et ses 3 sacs de manteaux et autres effets, nos bagages en plus, le véritable baúl de la Picquer en vérité…
Cette année, le voyage ferait une étape à Sète, où le maestro Le Sur avait une vie bien loin des toros, orientée vers les joutes. L’AG de sa société de cœur se déroulait samedi matin, il se devait d’y assister car il est membre du bureau. Nous partirions donc de la rue du Jol, coincée entre la rue du Sar et la rue des Crevettes, à la Plagette, pour 1053 km jusqu’à destination.
Les jouteurs, il les admirait, les aidait autant qu’il le pouvait, ces hommes dont le costume de lumière c’est « le blanc » – pantalon blanc, chemise blanche sur le rayé, chaussettes blanches, une lance et un pavois – des guerriers aussi. Mais leur entrainement consistait plutôt à beaucoup de verres d’une boisson anisée et à aligner des assiettes de macaronade. Un style très différent.
11h45, nous prenons congé des jouteurs, ces charmants bébés d’un quintal chacun et début de l’épopée.
L’étang de Thau retrouve son éclat, on sentirait même comme un début de printemps…
Enfin, ne soyons pas trop optimiste, car depuis bientôt 2 mois, c’est plutôt Quimper ou Concarneau qui se sont invités sous nos latitudes.
J’avais dans la tête la chanson « Soleil » de Michel Fugain, vieux titre de 1970, qui faisait : « Oh Soleil, écoute-moi, ne t’en vas pas Soleil !… Reste avec moi, Soleil… » C’était vraiment raccord avec cette impression incroyable de retour d’une météo plus clémente.
Au niveau de Narbonne, superbe première vision étincelante des Pyrénées, puis, après Toulouse, les Pyrénées à 180 degrés, très enneigées, sous le soleil, n’ont jamais autant mérité leur joli nom de montagne de feu. Le Kinopanorama.
C’est la route des skieurs, avec ce soleil magnifique. 1 voiture sur 2 transporte les précieuses planches qui vont leur permettre de dévaler à tout berzingue les pistes des stations alentour. Mais, comme on dirait sous nos latitudes, « Méfie avec les plaques à vent, ça ne prévient pas et c’est l’avalanche ! ».
Arrêt buffet à l’aire du Pays de Comminges, tout le monde est dehors, les gosses courent partout, les toutous se détendent la papattes, les adultes se ruent au soleil pour toujours plus de vitamine D, puis c’est la chenille qui redémarre !
Plus que 727km, on y est presque quasiment.
Pendant notre voyage, Marc, notre administrateur versaillais, m’informe qu’il se bat au même moment pour essayer de nous rejoindre, malgré le vol de tous ses papiers, hier dans le RER ! C’est pas gagné !
Voilà un garçon qui a passé un mois et demi à parcourir les plus beaux endroits d’Amérique du Sud entre décembre et janvier et qui n’arrêtait pas de me dire combien il avait hâte d’assister à ce stage du CFT !
Quand on est mordu, c’est pour toujours. Il va trouver une solution, je lui fais confiance.
Pour ma part, je savais Nelly, ma petite maman, à l’abri dans sa maison de retraite. Cela me rassurait un peu, même si j’avais toujours de la culpabilité à la laisser plusieurs jours sans aller la voir. Avec ses 97 ans et demi, (à ces âges, le demi est important, comme pour les bébés du reste !) la notion du temps revêtait un aspect bien élastique et flou et le stage, qui avait demandé plusieurs semaines de préparation, que l’on avait attendu avec impatience, nous le savions, se déroulerait à vive allure. On touchait là deux cas bien concrets de relativité du temps.
Pour ce déplacement, j’avais troqué une biographie consacrée à Vladimir Vysotsky, poète, chanteur, acteur russe, pour un recueil des plus grandes affaires criminelles qui se sont déroulées à Marseille au XXème siècle. C’était une habitude que nous avions depuis fort longtemps : le passager lisait au conducteur (et surtout pas l’inverse !), cela faisait passer les kilomètres et permettait un divertissement agréable. Relativité, quand tu nous tiens …
D’ailleurs, je me souviens, voici quelques années déjà, de notre périple pour rejoindre un ami à Badajoz, qui nous avait permis de faire les 1372km de bitume, en lisant frénétiquement « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » de Joël Dicker. Lorsqu’enfin nous étions arrivés à notre hôtel, sans avoir installé tout notre équipage, nous avions repris notre lecture échevelée, tant l’énigme nous tenait en haleine ! Ils sont fortiches ces écrivains…
21h55, nous voici en approche de La Rad, notre querencia pour la semaine.
Nous sommes heureux d’arriver, car la fatigue commence à se faire sentir. Ana, qui mène toujours son affaire de main de maitre, a amélioré les abords de son établissement, ravalement de façade, banquettes remplies de fleurs, spot lumineux plongeant offrant un éclairage très chaleureux, elle est très forte !
En entrant dans la salle bondée du bar, qui voyons-nous attablés, en train de finir un bon plat de pâtes ? El Rafi et Nino, les Nîmois ont élu domicile dans cet endroit magique, pour le mois à venir. Ils sont comme des coqs en pâte et ravis de nous voir.
Bien sûr, il y a un bruit incroyable, presque toutes les tables sont occupées par des familles, des amis, des habitués venus là pour passer un bon moment. C’est une bonne table aussi, très connue dans la zone. Ana est une professionnelle, son chef cuisinier, un garçon amoureux de son métier, toujours souriant. Ça aide.
Nous embrassons toute la famille, le petit caniche abricot Tommy est là, passant de table en table, avec une queue toujours en mouvement, presque souriant, il est très charmant. Il a ses joujoux partout, en fait, c’est la maison de Tommy.
Histoire de rentrer dans le vif du sujet, nous décidons de nous attabler immédiatement et de commander un délicieux jamón avec un bon vin rouge, mais surtout de l’eau, nous sommes desséchés !
Nos chers Rafi et Nino ont la gentillesse de nous demander les clés du véhicule pour monter nos affaires dans notre chambre, la classe !!! Merci les jeunes.
Ils nous expliquent qu’ils ont un programme très établi : dans les parages, ils peuvent aller courir, faire de l’exercice et surtout, les élevages sont tout autour. C’est le paradis du torero, ici.
Daniel Crespo, qui devait initialement se joindre à ce stage, ne pourra finalement pas y participer, pour une jolie raison : il va être papa cette semaine et, même si les toros passent quasiment toujours devant tout le reste, là, il va rester auprès de son épouse, pour son premier bébé. Tous nos vœux de santé à ce petit être.
Demain, toute la bande va arriver, en ordre dispersé, certains venant par le train comme notre chère Marie-Reine, d’autres en voiture, mais par Madrid comme Jean-Luc et Alain, Clovis, vainqueur du Bolsín de Ciudad Rodrigo, en compétition pour le Zapato de Plata en mars prochain, viendra depuis La Carlota où il torée un autre Bolsín avec le maestro Tomas Dufau, d’autres encore venant de la Puebla del Rio (José Antonio M… de La Puebla), comme le maestro Clémente qui y réside en compagnie de Tomas Ubeda. Les deux novilleros espagnols arriveront aussi demain, Javier Cuartero de Zaragoza, Israel Guirao de Valencia.
Le maestro Solal, lui, vit sa « despedida de soltero » ce dimanche, car il se marie cet été ! « Ne comptez pas sur moi à la tienta de lundi » avait-il commenté au maestro Le Sur. Les lunettes noires seront du plus bel effet, semble-t-il.
Notre maestro Juan Leal, lui, fera un périple comme seuls les toreros peuvent les envisager : Parrain de la capea de la Place du Forum, ce vendredi, dans sa bonne ville d’Arles, il repartira direction Séville le lendemain, pour rejoindre Mourao au Portugal et participer à un festival, décalé à cause des intempéries, en compagnie de Diego Urdiales ce dimanche, avant de nous rejoindre, tout sourire, comme à son habitude, après avoir toréé, pour débuter les hostilités demain. Rien que de le dire, ça me fatigue déjà. Ils sont fous ces toreros…
Pour l’heure, il fait beau ce matin, froid, c’est normal. J’ai la même chambre que d’habitude, l’herbe est d’un vert profond et les brebis qui habitent près de l’hôtel, comme leur berger, ne sortent pas le dimanche, elles font relâche, ou s’ennuient, comme disait Jacques Brel à propos des toros le dimanche, je les verrai demain.
Mais, non, bien sûr que non, c’est une vision purement urbaine de l’élevage ça ! Les bêtes et leurs bergers ne connaissent ni dimanche ni jours fériés, le tintement des clochettes au loin attestent de leur présence non loin de là. Ce sont eux les vrais écologistes, ils n’ont d’ailleurs pas besoin de s’affubler d’autocollants verts en plastique pour s’affirmer écolos, ils le sont, ils le vivent et c’est tout. Ce sont eux qui prennent soin des bêtes, du campo, de la nature et de la biodiversité, comme on dit maintenant.
Calme-toi Chanquete, calme-toi ! Il fait beau, le soleil brille, l’herbe est verte, le campo t’accueille.
Attention, mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer !
