La saga de l’ETA… 

 

Précédée en 1921, par l’école taurine avignonnaise de Francisco Granja « Carrita » et par celle de Béziers (Mr Babeau) en1948, l’école taurine d’Arles (ETA), aujourd’hui du pays d’Arles (ETPA) est une des doyennes de l’Hexagone.

 

Premier épisode

Elle fut créée le 11 novembre 1950 par Mrs Pierre Boudin (Pouly III) et Luis Muñoz (novillero), ce dernier membre de la diaspora espagnole arlésienne. Le siège social, sis 33 rue des Arènes. Les frais de scolarité étaient de 1000 francs par mois, les leçons pouvaient être à l’heure ! L’enseignement se faisait dans l’amphithéâtre romain, les professeurs : Pedro Goitïa « Romero » de la Rioja et Pepe Calabuig « Niño de la Campana » de Granada.

 

Chaque élève avait une carte d’inscription et une broche frappée E T A (forme de pin’s actuel).

 

La promotion 1951 était restreinte: Marcel Barré (lillois), Bernard Gilbert Mistral (gravesonais), Antonio Montiel (saint gillois), Raymond Reybier (parisien), Julien Pattarone et Pierre Schull (arlésiens).

Le 27 mai 1951, Schull et Montiel se présentent à Arles devant du bétail de Raynaud en costume de lumières, Pattarone est sobresaliente. Leurs trajectoires taurines furent différentes. Le premier sera Matador de toros après une alternative dans sa ville le 12 octobre1958. Le second fut gravement blessé lors du tournage d’une publicité, il était aux portes de la novillada piquée. Julien, après 67 novilladas dont 5 avec les chevaux, victime d’un accident de travail mutilant sa main gauche en 1960, mettra un terme à sa carrière.

Les élèves ont toréé dans ces premières années à St-Gilles, Alès, Pézenas, Trets, Montfrin, mais aussi Arles, Marseille, Antibes. Paco Muñoz, frère de Luis, possède des arènes portatives, il organisera des spectacles sans mise à mort à Vallauris durant l’ère Picassienne (1954-1961).

1954 voit l’inscription à l’E.T.A de Melle Pierrette Le Bourdiec, elle a 20 ans. Luis Muñoz s’occupe de ses intérêts. Dès 1959, elle va toréer en Espagne, mais à cheval (1), la blonde fille d’Armor devient brune et « Princesa de Paris » en opposition à Conchita Cintrón « la Diosa Rubia » dont le directeur artistique est Marcial Lalanda ! L’éternelle competencia.

Les deux professeurs Romero et Calabuig ouvriront leur propre structure l’une à Fourques, l’autre à Fontvieille. 1960 voit le clap de fin de l’institution.

 

Intermède

Quelques initiatives virent le jour, José Valles « Chato de Movera » parlera de l’art de Cagancho, et celui de Gitanillo de Triana dans les années 1970 à Francisco Caro qui deviendra le torero d’essence gitane : Curro Caro.

En mai 1968, Eric Gibon, natif de Roubaix, arrive à Arles et devient élève chez Pedro Romero. Sous plusieurs apodos: le Suisse, Canada, voire l’Étranger (sic), il fera une carrière taurine de 1970 à 1972, notamment dans les arènes portatives d’Alfredo Martinez. Il arrête sa carrière et il crée le club taurin « El Ruedo », association ayant pour but la formation et l’aide aux jeunes toreros. Les travaux pratiques se faisant dans les portatives dont celles de Francis Espejo, liste non exhaustive : Paquito, Chico et Alain Leal, Tino Lopes, Igor, José Anton, Bruno Rossi, Fermín Gonzalez… Sa générosité et son aide ont permis d’écrire une page importante de  la Tauromachie Française.

 

Deuxième épisode

A Fourques, fin1986, un festival taurin est organisé en aide à Paquito Leal pour sa future alternative (2). A la sortie du spectacle, un groupe va se désaltérer au bar des Lices soit : Mrs Jacky Boyer, Gilbert Delacroix, Serge Louis, Serge Combes, Francis Espejo, Jean-Pierre Eyraud, et Mme Geneviève Cau, l’idée émise :  recréer une école taurine à Arles.

En 1988, le phénix renaît de ses cendres. dans un organigramme simplifié. Président: Pierre Pouly , Serge Combes (président fondateur), les professeurs section espagnole : Paquito Leal, souvent aidé par l’incontournable José Caparros. La section Course Camarguaise : Georges Rado et Jean-Jacques Faisse (3). Le parrain de l’entité sera bientôt José Pedro Prados « El Fundi ». Une subvention municipale, un mécénat de quelques commerçants et une aide de plusieurs clubs taurins permettront un début de trésorerie.

Le club féminin des Livianas et une de ses chevilles ouvrières Vivi Cau s’investiront beaucoup : enseignement de l’espagnol, comportement d’un torero dans la vie à travers le texte « De  hacer Torero »de Manuel Martínez Molinera (4). Patrice Aubert et Cédric Choinard rejoignent le staff.

En 1991, la Capea de la place du Forum voit le jour avec un ruedo éphémère aux pieds de la statue de Frédéric Mistral. 1997 voit enfin l’attribution d’un siège officiel à la maison des Suds, 66 Rue du 4 Septembre ; une revue « Passions taurines » consacrée à l’École voit sortir son premier numéro.

Avis de gros temps, tempête voire ouragan secoueront l’institution, une poignée de capitaines disparaîtront, d’autres, officiellement disparus, reviendront.

La vie taurine n’est pas un long fleuve tranquille.

Arles a plus de 20 matadors de toros dont une majorité sont des anciens élèves, deux piqueros: Gabin Rehabi et Sofiane, les toreros au féminin sont Graziella, Delphine et Marie Barcelo…

Sans oublier nos franco-mexicains Michel et André Lagravére et tous les becerristas, novilleros, banderilleros et aficionados issus de cette filière.

 

Troisième épisode

Le 5 avril 2018, l’école taurine d’Arles devient l’école taurine du pays d‘Arles : ETPA, soit le territoire Alpilles Crau Camargue Montagnette, le précepte de départ est conservé « un travail de cohésion sociale et une diffusion de la tauromachie dans le sud de la France », de nombreux changements seront évoqués.

Un partenariat avec l’école s’installe entre Paquito Leal, directeur technique, le président des éleveurs de toros braves français Patrick Laugier et l’ACCM avec Mrs Limousin et Vulpian, les principaux instigateurs le cosignent. (5)

Une aubaine pour tous.

Paquito et l’inoxydable Auguste Losada « Agustín » quitteront le staff. Yves Lebas devient président, Medhi Savalli, lui, directeur (avec un salaire et un statut social), il est secondé par Jérôme Chan the Rang et Marc Antoine Romero Jr conseillers techniques, Graziella Bortolin est conseillère pédagogique, quatre anciens élèves « aux manettes ».

Il y a belle lurette que la section Camarguaise est devenue École de Raseteurs d’Arles, affiliée au Ministère Jeunesse et Sports. Elle est gérée par le neveu de Georges Rado, Gérald, devenu en 1998 directeur et puis, président. Gérald était de la promotion 1989 des élèves raseteurs.

Un embryon de bibliothèque et de médiathèque commence, rencontre thématique entre alumnos et professionnels des toros, sera un certain temps mis en place, quelques séances de lectures taurines et de concerts apporteront une note culturelle lors des soirées hivernales.

Un certain calme avant un nouveau tsunami : les locaux emblématiques ont dû être abandonnés, une nouvelle structuration se profile-t-elle ?

Mais le mythique phénix au plumage de lumières ne renaît il pas toujours de ses cendres ? Plus prosaïque Vamos palante.

Un clin d’œil à Aimé Ayme « Mémé », le capitaine de la logistique, toujours sur le pont du bateau depuis 35 ans !

 Jacques Lanfranchi «  El Kallista »

 

(1) En 1908, don Juan de Cierva, ministre de l’Intérieur, proscrit le toreo à pied pour les femmes en Espagne (abrogé en 1973).

(2) Alternative de Paquito Leal, le 9 août 1987 à  Arles, parrain : Dámaso González, témoin : Tomás Campuzano,  toro « Mariscal » de Hubert Yonnet.

(3) Premier élève de la section Camarguaise : Didier Dunan.

(4) Paru dans « El Ruedo » – mai 1965.

(5) La coopération est toujours en vigueur actuellement.

Photos Raymond Reybier, revue Passions Taurines.