PAB, el bien educado…
Le Vaucluse en mode Ventoux, côté Bédoin ou côté Malaucène et le chalet Reynard, paysage minéral d’un chemin vers le ciel comme apprentissage des chardons de la vie ; les Alpes en mode ski, côté fractures et entorses que la jeunesse faisait oublier, mais que les années font ressurgir en autant de cicatrices comme révélation de la noblesse du danger ; le Gard en mode Aigues-Mortes, côtés remparts et fête votive dans l’austérité des pierres de la tour de Constance, drapeau de liberté au-dessus des marais salants ou côté abrivados longues avec arrivée sur le plan en fringale d’attrapaïre et les nuits d’estrambord de «La Chu» en découverte des plaisirs débridés ; le Gard encore en mode Nîmes, côté «Grande Bourse» et «Radio-Nîmes» pour apprendre avec François Capelier, les premiers toreros français, les bious des enganes de chez Espelly ou ceux d’Émile Bilhau et de la mère Roubaud des capeas de village en édification des fondamentaux taurins ; l’Hérault en mode Montpellier, côté émission du samedi matin avec Mariou, Jacobi et Durand pour dire et raconter la grandeur d’un monde autre qui déjà était le sien.
Une jeunesse en mode d’exigence : « Le courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit » disait Jaurès.
Le métier de Pierre-Albert Blain, alias PAB, est le journalisme et, par rigueur morale autant que par défi, c’est dans l’esprit du tarnais de Castres qu’il en a fait son quotidien pour dire ce qu’il convient de dire. Et, depuis plus de vingt ans, en mode carnet de notes en poche et micro en main, il dit les Landes des pins, du rugby et des toros, côté Mont de Marsan en bleu, côté Dax en rouge, côté Saint-Sever, pays de René Crabos où un document juridique de 1457 conservé aux Archives Nationales fait mention d’une tradition taurine pour les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste, côté Hagetmau blasonné « D’azur au château d’or, ouvert, ajouré et maçonné de sable flanqué de deux tourelles essorées de gueules, sommé d’un arbre de sinople » ; à la bordure en filet d’or, côté Soustons entre Magescq et Messanges ou côté Parentis en Born, ancien pays de l’or noir et de Simon Corbi, dit “El Corbinho”, clown de corrida, qui, à sa grande époque, aurait tué un toro à force de le faire tourner en bourrique.
De la Chalosse des canards au Tursan, du pays de Marsan au Marensin, du Béarn au pays de Born, de l’Albret à l’Atlantique de Bayonne, dans son micro sans pico, PAB fait la nique à la médiocrité du populisme, aux fanfaronnades en coups de menton et aux muletazos sans sens de la même manière qu’il renie la prétention sans objet, les flatteurs de tous bords, les ayatollahs de l’intégrisme, la bassesse de la méchanceté ignorante et les abrazos hypocrites de turpitude. Mais dans la panza de ses commentaires, il s’enthousiasme de la sincérité d’un puyazo, l’envol d’une paire de banderilles, du tombé d’une naturelle, de la vérité d’un coup d’épée comme il applaudit la gracia d’un detalle, la tolérance experte d’un aficionado devant les balbutiements d’un novillero débutant et la délicatesse du pincement de joue donnée par une gachi au même.
Du pays où maintenant il vit, il connait tout ; les routes des chevreuils et celles des toreros, les chemins des gemmeurs et les voies des politiques, les tenants d’une affaire qui a réussi et les aboutissants d’une autre qui a échoué, les qualités de l’un et les défauts de l’autre, comme il connait l’exito de Fulano à Lit et Mixe et le fracaso de Mengano à Seignosse, les ferias d’Emmanuelli et celles de Juppé, qui est qui à Gamarde, où l’océan est dangereux et là où on peut surfer sur ses vagues et l’endroit où aller déjeuner à Cauna…
Ainsi allait PAB en cheveux longs et bottes gardianes quand je l’ai connu et ainsi va aujourd’hui PAB en barbe blanche, canne et casquette, quand au bel hasard d’une rencontre, je le retrouve au coin d’une arène ; des traits et une élégance presque d’un autre siècle, une voix faite pour ce qu’il fait, une manière de faire, une façon de dire, un choix dans le registre et une exquise politesse dans le propos qui font que sans difficulté aucune, il aurait pu demander à Louis XVI son avis sur la demi-véronique de Morante, commenter à Paco Senda les frasques de Catherine II de Russie, remplacer au pied levé Talleyrand au congrès de Vienne pour défendre les intérêts des toreros français ou négocier avec le prince de Metternich les conditions du passage en novillada piquée de Clovis et, sur l’îlot du Grand Bré à Saint Malo, faire danser la sevillana à Chateaubriand !
Ainsi, comme un rhapsode de la Grèce archaïque, dans son corte bien à lui s’attachant à la délicate minutie des choses, PAB continue de parcourir le circuit des toros et narrant plus qu’il raconte, il récite la poésie de cet univers en mode bien educado, côté lettrines du Sud en pleins et déliés de soleil et côté table d’amis en majuscules de vie…
Datos
Pierre-Albert Blain : Journaliste à Radio France depuis 1983, chargé du sport et de la tauromachie à ICI Gascogne, il présente le magazine hebdomadaire « Callejon » (samedi 12h – 12h30) sur France Bleu Gascogne et sera membre du jury «Brindis d’Or 2026».
Una persona educada « es un individuo que ha emprendido un viaje vitalicio de descubrimiento y aprendizaje. A lo largo de este proceso de adquisición de habilidades y conocimientos, puede desenvolverse eficazmente en su vida y carrera profesional. Una persona educada tiene las herramientas para ser un miembro productivo de la sociedad y trabajar por cambios que mejoren la comunidad local y global. Una persona educada valora y busca el conocimiento y actualiza su capacidad para las relaciones humanas, para la comunicación, para el pensamiento crítico y la toma de decisiones y solución creativa de problemas, para una perspectiva global y diversa, para la alfabetización informativa y para las habilidades técnicas basadas en una carrera profesional. »
(Définition de la Real Academía Española)
Patrice Quiot
