Triomphe de Lalo de María lors de son incursion exotique dans le Yucatan…
Dzitnup, un village du Campeche à la frontière du Yucatán. Dans la péninsule, même les plus petits villages donnent des toros pour leur fête annuelle. Des spectacles populaires dans des arènes en bois construites pour l’occasion par les habitants avec les matériaux disponibles. C’est-à-dire avec des branchages récemment coupés, élagués et attachés à claire-voie sur une ossature constituée des pièces les plus grosses. Ce qui permet de conférer à l’ensemble l’élasticité et la solidarité nécessaires à sa solidité.
Il ne faut pas y voir l’ambition des corridas formelles des grandes arènes, mais un excellent rodage en habits de lumières aux sources de l’aficion pour préparer la saison.
Ce qui n’empêche pas une présentation sérieuse pour ce genre de spectacle où chaque torero ne tue qu’un toro, limites économiques obligent pour un village qui a cotisé toute l’année à cette fin. Un bétail aujourd’hui de la ganadería de San Salvador située entre Mérida et Cancún dans un environnement tropical assez hostile avec un prédateur, le jaguar. Ce qui leur confère une résistance physique appréciable.
Le spectacle a démarré par une vache en capea lidiée par les subalternes et s’est terminé également de la même façon.
Lalo de María a brindé la mort de son adversaire à Luisito Conde, le ganadero. Un animal qui a pris deux piques et a renversé le groupe équestre à la première rencontre. Il attaque par doblones en gagnant le centre, deux séries à droite puis à gauche avant un retour à droite. Le tout sans temps mort inutile et en douceur.
Le toro a des pattes, mais s’avise en dégageant cette pointe de piquant de ses origines Santa Coloma. Lalo surmonte les difficultés sans se départir de l’élégance qui fait sa personnalité.
Il doit s’y reprendre à deux fois pour porter 3/4 de lame. Ce qui ne douche pas l’enthousiasme permettant de lui octroyer 2 oreilles Une prestation bien concluante après une opération du poignet qui a perturbé sa préparation.
Erik Argaez, un novillero de l’école de Michel Lagravère auquel il a brindé le cornu. Un animal qui s’est lésionné l’antérieur gauche peu après son entrée en piste, ce qui a provoqué une tendance à s’arrêter en entrant dans les leurres. Mais ce qui ne l’empêche pas de pousser bravement la cavalerie jusqu’au centre de la piste à la grande joie du public.
Erik Argaez fait étalage de ses qualités de banderillero au deuxième tiers avec notamment une paire al violín.
Malheureusement, le défaut révélé à la cape se confirme à la muleta. Erik subit une angoissante voltereta en restant plusieurs longues secondes accroché sur le frontal du fauve.
Ôtée la chaquetilla, il livre alors une belle bagarre à base de molinetes marchées puis de passes de châtiment. Une conclusion par une entière en bonne place d’effet rapide permet de libérer deux oreilles qui viennent récompenser un combat aux allures épiques…
Michel Naudy


