Es el mejor. La ciencia lo dijo…

 

Thales.

Dans un plan à partir d’un triangle, une droite parallèle à l’un des côtés définit avec les droites des deux autres côtés un nouveau triangle semblable au premier.

De la tête aux pieds ; une figure parfaite donnée à voir comme sécante.

Morante.

 

Pythagore.

La mise en relation des longueurs des côtés.

La géométrie d’équilibre des abscisses et ordonnées d’une trinchera.

Morante.

 

Archimède.

Le centre de gravité et le concept de la flottabilité.

Le poids de la véronique et la mise en scène de l’éphémère.

Morante.

 

Copernic.

Un monde dans lequel tous les mouvements planétaires sont centrés sur le soleil.

Une galaxie de gestes inexplorés et la grâce comme horizon.

Morante.

 

Galilée.

La terre qui gravite autour du soleil et non l’inverse.

Le toro qui gravite autour de la muleta et non l’inverse.

Morante.

 

Gauss.

Le théorème fondamental de l’algèbre et celui de la géométrie.

La loi de mise en relation des signes, la courbe pour la naturelle et la droite pour tuer.

Morante.

 

Curie.

Radium et polonium à l’origine de la radiographie.

Irradiante la radioactivité du frisson.

Morante.

 

Pasteur.

Germes en bocaux et découverte des vaccins.

Faenas de maladie, de morsure et de venin.

Morante.

 

Einstein.

Le mouvement brownien des molécules.

Toreo soumis à aucune autre interaction que des chocs.

Morante.

 

Bohr.

Le modèle atomique et les orbitales des électrons.

La fusion du corps, la fission du sentiment.

Morante.

 

Plank.

La plus petite distance entre deux points de l’univers ; derrière ce mur, les lois de la physique classique sont inopérantes.

La proximité de l’infini insondable et inquiétant.

Morante.

 

Hawking.

La métaphysique des trous noirs et de l’infinité de l’univers.

L’abstrait du traje plus en teinte qu’en couleur comme le recelé du sens.

Morante.

 

La science pour dire le toreo galactique de José Antonio Morante Camacho.

Et la voix d’une multitude scandant :

«Torero, torero, torero».

 

Datos  

 

« Es el mejor. La ciencia lo dijo y yo no miento« …  En Espagne, les théories de Charles Darwin (1809/1882) n’arrivèrent que dans les années 1870, plus de 10 ans après la première édition de l’ouvrage «L’origine des espèces» dans la mesure où sous le règne d’Isabelle II, la classe politique et l’église avaient réussi à stopper l’entrée de nouveaux courants scientifiques et culturels qui remettaient en question le pouvoir existant et son discours.

La Révolution de 1868 qui chassa les Bourbons du trône inaugura une période de changement qui permit l’éclosion des thèses darwinistes. Le premier ouvrage, bien qu’incomplet, fut publié en 1872 ; considéré par les secteurs les plus conservateurs comme lié à la révolution, il fut condamné par l’église qui craignait la diffusion d’idées contraires au dogme catholique ; ce n’est qu’en 1877 que l’ensemble du livre put être mis en vente libre.

En 1865, l’avocat José Bosch Grau acquiert une petite usine à Badalona (Barcelone) où il commence à produire des liqueurs en vrac. Trois ans plus tard, son frère Vicente, notaire, décide de le rejoindre dans l’entreprise. A ce dernier, qui avait des affaires dans les Amériques, un client avait envoyé comme cadeau un singe qui déambulait librement dans les locaux de la fabrique et ils choisirent de nommer anís del mono, l’anis qu’ils commencèrent à fabriquer en 1870.

Mais quelle qu’en fut l’origine, en créant l’étiquette les frères Bosch avaient en tête les débats et conflits qu’impliquait la théorie de Darwin et surent jouer avec le grand débat du XIXe siècle sur la vérité du discours scientifique. Aussi, si de la main du primate pendait un ruban avec une inscription sur lequel on pouvait lire : « Es el mejor. La ciencia lo dijo y yo no miento » et si le visage du singe ressemblait remarquablement à celui du naturaliste c’était peut-être dû au fait que les frères Bosch, fervents catholiques, adeptes de la communion quotidienne et ennemis de l’évolutionnisme, essayaient ainsi de le ridiculiser…

Patrice Quiot