Cositas de vie y cosas de toros : Mugron… (2)
Le matin du lundi de Pâques, Jules Dujols «Julio Martin» n’était pas encore un nom mais, depuis Arzacq le 22 février dernier et les deux oreilles du Sepúlveda de Yeltes, une promesse de l’aube. C’est pourtant avec rien de surfait, d’ostentatoire, mais avec une présence un peu sèche presque austère dans sa superbe et avec cette raideur contenue de ceux qui savent qu’on les attend qu’il fit le paseo.
Le 20, son premier faible et à la charge peu lisible, le mit à l’épreuve ; Jules ne chercha pas à faire beau, mais prit intelligemment le novillo comme il venait. Si on y sentait encore les émanations d’un apprentissage et des automatismes pas tout à fait fixés, on sentit aussi dans une série à droite quelque chose qui se posa ; une sorte de rythme fragile, doux et réel à la fois ; ce n’était pas de l’art, mais une sorte de quête pour y parvenir ; s’engageant à fond, Jules tua efficace.
Avec son second, le 300, manso con casta et violent, Julio montra davantage ; plus de décision dans les pieds, plus de calme dans les mains avec, entre autres, une naturelle qui fit faire silence aux gradins. L’épée tarda, brisant un peu l’élan et les regards devinrent plus froids.
Julio quitta l’arène sans triomphe éclatant, mais en me laissant en mémoire quelque chose de magnifiquement vivant qui me suffit pour dire : «Es de Meilhan y se llama Jules».
Au premier de la matinée, débordé par un eral manso et brutal, Iñigo Norte illustra l’oxymore écouter le silence ; silence dont Euripide disait qu’il était un aveu.
Après deux manzanillas et devant une paella qui m’enchanta, j’avais oublié Iñigo le Salmantin comme le grec de Salamine, mais me souvenais de Jules Dujols «Julio Martin».
Datos
Mugron, 5/04/2026. Matutina. Presque une demi-arène.
Novillada non piquée. Trois erales d’Alma Serena, violents malgré leur justesse de forces.
Iñigo Norte : silence.
Julio Martin: oreille, silence.
A l’heure de la sieste, oublié dans le tiroir de la table de nuit, extrait du recueil «De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir», le poème « Dans le verger» de Francis Jammes le béarnais : «Dans le Verger où sont les arbres de lumière/La pulpe des fruits lourds pleure ses larmes d’or/Et l’immense Bagdad s’alanguit et s’endort/Sous le ciel étouffant qui bleuit la rivière/.Il est deux heures. Les palais silencieux/Ont des repas au fond des grandes salles froides/Et Sindbad le marin, sous les tentures roides/Passe l’alcarazas d’un air sentencieux ».
C’est le cœur gai de cette dégustation que je retournais aux arènes.
L’après-midi «… Aussi bien les Buendía de Pablo Mayoral que les Coquillas de Sánchez Arjona, tous les novillos étaient bien présentés et surtout dans le type de leur encaste. Les trois Pablo Mayoral étaient noblotes, mais ont manqué de forces et d’entrega ; discrets au cheval, ils se sont tous les trois rapidement éteints. A leur décharge, pour des raisons de protocole sanitaire, ils avaient voyagé toute la nuit depuis l’Espagne avant d’être directement débarqués du camion. Ces conditions logistiques n’ont pas semblé perturber les trois Sánchez Arjona. Braves au cheval, ils sont arrivés au troisième tiers avec des défauts presque incorrigibles. » écrira le lendemain l’ami Reboul.
Il y eut des gestes hésitants et d’autres plus sûrs ; Raquel fut appliquée à son premier sans force ni fond, souffrit de l’exigence de son second et pleura après avoir eu énormément de mal à le tuer ; Mario ne put rien faire de son premier qui, court de force et invalide de race, s’éteignit rapidement ; il laissa entrevoir quelques cositas à gauche avec son second, le plus compliqué de l’envoi, qui permettait pratiquement rien ; quant à Eduardo, il essaya en vain à son premier et, à son second et dernier à la corne gauche compliquée, il préféra la droite un peu plus accessible.
Quand tout fut terminé, il me resta en mémoire ni éxito, ni fracaso, mais la sensation diffuse et tenace d’avoir assisté à quelque chose où le peu acquis devant le presque impossible avait été difficilement gagné.
« Ce qui est entre la pomme et l’assiette se peint aussi. Et ma foi, il me paraît aussi difficile de peindre l’entre-deux que la chose » écrivait Georges Braque.
Le précepte vaut aussi pour la reseña.
Datos
Mugron, 5/04/2026.Vespertina.
Novillos de Pablo Mayoral (1,2 et 3 noblotes manquant de forces et d’entrega) et Sánchez Arjona (4, 5,6 de demi-bravoure exigeante).
Raquel Martín : salut, silence (deux avis).
Mario Vilau : silence, silence.
Eduardo Ruiz de Velasco : silence, oreille (avis).
Patrice Quiot
