Rejón en demi-teinte à Jerez de la Frontera…

 

La corrida de rejón est née à Jerez il y a un peu plus de trois quart de siècle,  mais cet âge d’or des Peralta, Domecq, Lupi, Bohórquez et consorts semble bien oublié et l’hommage à Don Álvaro Domecq rendu par un détachement de son École Royale Andalouse de l’Art Équestre ne suffit pas à le ranimer. Le nom de Bohórquez était bien présent par les toros qui certes étaient remarquablement présentés, mais manquaient pour la plupart de caste et de force.

Les mauvaises langues disaient bien que la « casa Matilla » s’était offert deux portugais pour le prix d’un : les Fernandez, oncle et neveu, qui avaient fait camion commun, on fut près de la réalité avec Rui et Duarte, seul Diego Ventura brilla un peu avec le cinquième.

 

Rui Fernandez : Silence et oreille de complaisance.

Diego Ventura : Salut et deux oreilles.

Duarte Fernandez : palmitas aux deux.

 

Rui Fernandez dans son magnifique habit Louis XV fut insipide à son premier, clouant certes, mais sans brio, et long à la mort. Il limita à un seul le rejón de châtiment de son second adversaire, au demeurant le meilleur du lot. Les poses de banderilles furent de bien meilleure qualité, quoique souvent à l’étrier passé et parfois de face. Malgré une estocade en deux temps et défectueuse, une partie minoritaire mais très bruyante du respectable réclama une oreille que rien ne justifiait.

 

A son premier, Diego Ventura qui est sans conteste le meilleur rejoneador du moment, fit montre de tout son art et du très haut niveau de dressage de sa cavalerie, la faena fut des plus plaisante, templant et clouant de face en prenant des risques. Le toro trop affaibli par deux rejones de châtiment parfaits, perdit vite des forces et s’immobilisa. Ventura eut de ce fait un peu de mal à tuer, terminant verdugo en main et perdant tout espoir de trophée.

 

Diego épargna son second dans le premier tiers, permettant une faena vibrante, les cornes dans les flancs ou le poitrail de ses montures sans les toucher bien évidemment, mais faisant grimper l’émotion. Le cavalier de la Puebla del Río eut l’intelligence de limiter au nombre réglementaire le nombre de poses, dont une particulièrement impressionnante à deux mains après avoir quitté la bride de son cheval. La mise à mort par mete y saca et rejón entier en place lui offrit les deux oreilles de son adversaire lui permettant une fois de plus de sortir à hombros.

De Duarte Fernandez, nous ne retiendrons que trois bonnes paires au sixième et un calvaire à la mise à mort des deux. Il est rare d’entendre les avis en course de rejón.

Voilà pour la première d’abono de cette feria del caballo 2026, en attendant vendredi la résurrection du Dieu vivant Morante de la Puebla et le retour toujours incertain de l’idole péruvienne…

Jean Dupin