Retour sur l’encerrona aux relents d’inachevé de Borja Jiménez à Las Ventas…
Pour tout dire, l’encerrona du maestro d’Espartinas dans le temple de Las Ventas m’a rappelé dans les grandes lignes celle d’Iván Fandiño. Une énorme attente sans jamais rencontrer l’explosion, le zambombazo, sans éprouver, ou trop peu, la carne de gallina…
Avec certes des circonstances atténuantes dans le domaine notamment du bétail, assorties de quelques défaillances lorsqu’il fallait appuyer sur le champignon et aussi au moment de conclure, en particulier aux 4 et 5. Bref, malgré des passages épars de bonne note, on était loin d’un pari réussi. Mais il est certain qu’en révisant sa stratégie, Borja a les qualités requises pour remonter très rapidement la pente. C’est d’ailleurs tout le mal qu’on lui souhaite…
A ce propos, vous trouverez ci-dessous, après le lien vidéo, le texte d’Isabel Tabernero – avec sa permission – qui me semble assez bien résumer ce qui s’est passé hier à Las Ventas…
https://videos.toromedia.com/w/xiMhtNenKcu3xFgzvu1VPK
Quel besoin avait-il ?
Les « seul contre six » à Las Ventas sont généralement réservés à deux catégories de toreros : les historiques qui veulent laisser leur nom gravé dans la pierre ou les toreros qui ont besoin d’un coup de pouce pour sauver une carrière qui leur glisse des doigts.
Borja Jiménez n’appartient à aucun de ces groupes.
Il n’est pas encore une figure consolidée au sens classique du terme. Il est en plein processus de construction de son règne. Mais ce n’est pas non plus un torero qui a besoin d’un stimulant. Au contraire. Il est annoncé dans toutes les grandes ferias, c’est l’un des noms incontournables de l’escalafón et personne ne conteste son rang.
C’est pourquoi il est difficile de trouver une explication logique à ce que nous avons vécu aujourd’hui.
Ou peut-être qu’il y en a une.
C’était une autre « guerrada » de plus.
Parce que si quelque chose a caractérisé les mouvements récents autour de Borja, c’est une tendance croissante à transformer chaque décision en une campagne de marketing avec des prétentions d’événement historique.
La théorie était magnifique. Encerrona In Memoriam d’Ignacio Sánchez Mejías, arôme culturel, références littéraires, épique, romantisme et six toros pour un seul homme.
Puis la réalité est arrivée.
Et la réalité a eu davantage d’un nettoyage général des corrales que d’un rendez-vous pour l’histoire.
Le nombre de toros qui ont fini par sauter dans l’arène était tel que par moments, ça ressemblait à une journée portes ouvertes dans les corrales de Las Ventas. Si quelqu’un est arrivé à Madrid sans savoir distinguer les élevages, il en est sorti avec un cours accéléré.
On dirait que Borja a reçu un bonbon empoisonné. Et de ceux qui mettent du temps à être digéré.
Déjà lors de sa précédente prestation à Madrid, on sentait qu’il avait la tête à cet après-midi. Il était absent. Comme s’il avait vécu des semaines plus dans l’attente de l’encerrona que de ce qu’il avait face à lui.
Et le jour J est arrivé.
Il convient de se rappeler qu’Ignacio Sánchez Mejías était un personnage fascinant, décisif pour comprendre la relation entre la tauromachie et la culture espagnole du XXe siècle. Beaucoup plus brillant comme intellectuel, écrivain, mécène et agitateur culturel qu’en tant que torero. Sa mort après la cornade subie à Manzanares a fait de lui une figure immortelle grâce à Lorca et à toute la génération 27.
Mais c’est une chose de rendre hommage à Ignacio Sánchez Mejías et c’en est une différente de faire de son nom l’emballage d’une opération que personne n’avait demandée.
Parce que la question reste la même.
Quelle nécessité il y avait ?
Qui a réellement gagné avec ça ?
Bien entendu, pas Borja.
Et pourtant le torero fit la seule chose qu’il pouvait faire : se mettre devant.
Il ne s’est pas caché, ne s’est pas effacé et s’est battu tout l’après-midi avec ce qui est sorti des chiqueros.
De plus, le vieux dicton dit qu’il n’y a pas de mauvais cinquième a été réalisé.
Bien que pour trouver le cinquième, il a fallu compter jusqu’à neuf !
Les toros avec lesquels il n’a rien pu construire ont été expédiés efficacement. Et précisément, quand les deux exemplaires avec lesquels il aurait pu changer le cours de l’après-midi sont apparus, l’épée lui a fermé la porte.
C’est là que se sont envolées les options pour sauver les meubles.
La course terminée, ce serait peut-être la peine de rappeler une autre scène.
Lors de la présentation de la temporada de Las Ventas, le défi a été lancé publiquement à Roca Rey de tuer une corrida de Victorino Martín en mano a mano…
Ça ressemblait à un défi dans un saloon du Far-West.
Après ce que j’ai vu aujourd’hui, il est peut-être temps de baisser un peu le volume des haut-parleurs et d’augmenter celui de la raison.
Parce que l’ambition est une chose et la nécessité permanente de faire les gros titres en est une autre.
Borja Jiménez a des conditions, de la personnalité et du courage pour s’ouvrir le chemin tout seul.
Pas besoin d’artifices.
Pas besoin de campagnes.
Et il n’a certainement pas besoin de plus de « guerres ».
Au moins jusqu’à ce qu’il ait fini de digérer celle-là…
Isabel Tabernero
Photos : Plaza1






