La blonde dit : «Come on, guapo !»… Il entendit : «Venga vaca ! »…  (1)

 

Un brouillard de schnaps enveloppait Hambourg.

L’air froid contenait la moiteur qui s’évadait des tavernes bruyantes de musique.

Loin de la calle del Cerro de Trebujena où il était né, loin de la banda municipal qui accompagnait ses débuts.

 

Juan marchait en titubant insensible aux sollicitations des putes.

Il était exténué et avait besoin de sa dose.

Il entra dans un bar.

 

Au hasard.

Par instinct.

Pas comme il le faisait lorsqu’il allait joyeux à la «Casa Pepe» de son pueblo.

 

À l’intérieur, une concentration éthylique lui coupa le souffle.

Elle lui rappela une odeur.

Celle de l’éther d’Argamasilla de Alba.

 

Tentant de dépasser les clameurs d’un public de media borrachera, une blonde platine criait un blues de merde.

Le «No tienes cojones, maricón !» d’Argamasilla de Alba lui revint en mémoire.

Il vomit.

 

Juan Heroína.

Naufragé de la nuit.

Naufragé des toros et du manque de ses veines.

 

Il resta à la regarder pendant quelques minutes puis se décida à descendre au sous-sol.

Dans un décor de faïences blanches, des fantômes se plantaient des aiguilles au-dessus de lavabos.

Juan acheta de quoi résoudre son mal-être qui s’était imposé à lui depuis trop longtemps.

 

Depuis cet après-midi d’août à Argamasilla de Alba.

Quand il s’appelait encore.

Juan González Garcia «Fosforito».

 

L’overdose l’attendait au carrefour de cette nuit.

Comme l’avait attendu cette vieille vache à laquelle ils avaient cousu des couilles.

Et qui l’avait à jamais rendu infirme et minable.

 

Le lendemain de cet après-midi.

Il avait quitté l’Espagne pour toujours.

Pour devenir Juan Heroína.

 

Ce soir-là, à Hambourg.

Juan devina une présence.

La blonde l’invitait.

 

La blonde dit :

«Come on, guapo !».

Il entendit : «Venga, vaca ! ».

 

Il se sentit comme flottant au-dessus de l’invraisemblance de la Porte du Prince.

Elle le fit monter dans une voiture.

Le moteur troublait le silence retombé sur les berges de l’amanecer.

 

La voiture roula dans la campagne endormie.

Juan se tenait à l’arrière.

A côté de la chanteuse qui lui caressait la cuisse.

 

L’autre.

Pas celle de la cornada.

Opérée sur la table d’un cordonnier.

 

A suivre…

 

Patrice Quiot