La blonde dit : «Come on, guapo !». Il entendit : «Venga, vaca ! »… (2)

 

La voiture s’arrêta devant une maison.

Plus belle encore que celle de Don Casimirio, le boucher enrichi de Las Cabezas de San Juan.

Qui avait promis à Juan González García «Fosforito» qu’il ferait de lui une figura du toreo.

 

Juan suivit la chanteuse à l’intérieur.

Ils s’assirent sur un sofa couvert de soie.

La soie d’un traje qu’il n’avait jamais porté.

 

Un serviteur apparut avec deux flûtes de champagne.

Juan ne connaissait que le vin de la terre de Jerez.

Il pensa au café au lait servi sur un plateau d’argent à l’épouse de Don Diodoro de Séville.

 

Elle prit une flûte et Juan en fit autant.

Juan demanda à l’inconnue :

« Qui es-tu ? »

 

L’inconnue prit son temps pour répondre :

« Ich bin diejenige, die dich nicht töten konnte »

« Je suis celle qui n’a pas pu te tuer».

 

Juan grimaça et but le champagne.

Con gracia.

L’inconnue fit de même et rota.

 

Juan pensa au botijo cassé de Joselito.

La chanteuse enleva son Perfecto.

Elle ne portait rien dessous.

 

Juan vit les deux faux stylisées.

Gravées au fer de l’herradero sur chacun de ses seins.

Il reconnut la marque, la même que celle de la vache d’Argamasilla de Alba.

 

Juan reposait inerte dans son lit d’hôpital.

Deux urgentistes étaient à ses côtés.

Señor Avispado s’appelait l’un et señor Burlero s’appelait l’autre.

 

« On ne peut plus rien pour lui » dit Avispado.

Burlero hocha la tête.

Et tous deux sortirent de la chambre du mort.

 

Il était cinq heures et six minutes du matin.

L’heure à laquelle mourut.

Manuel Laureano Rodríguez Sánchez.

 

On raconte.

Que le corps fut dissous dans la chaux vive.

Et que le vent emporta la charpie…

 

Patrice Quiot

Reprise des livraisons le 25/06/2026…