Jean, Ferdinand, Georges C… (1)

 

Il avait pourtant des atouts dans sa manche : Une grand-mère qui avait des couilles, un père qui est certes plus resté dans les annales taurines nimeñas que dans celles du Palais de justice du Bd de la Libération où il exerçait comme juge pour enfants, mais qui était quand même une figurine locale à un point tel qu’une rue porte son nom au papa Cantier.

Une grand-mère qui…, un père qui…, une possibilité évidente pour le fiston de pouvoir bénéficier de ce qu’on appellerait aujourd’hui un conflit d’intérêt avec une revue qui maquait la presse taurine française, une appétence pour les belles gonzesses et l’honneur d’avoir figuré dans un article du «Monde» en date du 9 juin 1965 qui faisait allusion à une prestation sienne en narrant une becerrada donnée la veille dans les arènes de Marguerittes où le Jeannot partageait l’affiche avec l’excellent Roger Chaix.

En plus de ces onctions qui auraient pu faire de lui un bienheureux vénéré par toute la profession, le «Juanillo » avait été quelques années auparavant acteur de la première tienta publique de l’Hexagone qui avait eu lieu chez Christophe Yonnet – le papa d’Hubert – sous la houlette de Claude Popelin avec au cartel Robert Clop, Bessoul père, Bartolomé Benassar, Luis de La Cruz, Jacques Thome, Henri Dumoulin «Molinito», le piquero de service étant Antonio Piles, le tonton de Robert.

Pour réussir dans le monde des toros, une golden spoon in the mouth il avait, le Jeannot.

Mais, dans toutes les familles, il y a un garbanzo negro : ainsi Charles VI Le Fou qui était naze, complètement à la masse et qui mourut loco perdido en 1392 d’une crise de démence dans une forêt près du Mans; ainsi Margaux Hemingway, la petite fille d’Ernest, qui elle donnait dans la piquouze dans ses veines et dans le skaï dans ses verres ou encore Carole Higgins Clark qui a essayé de détrôner sa maman Mary dans les charts des romans de gare.

C’est vrai que JC n’était pas particulièrement séduisant en termes de physique ; pas bien grand, un peu maigre, il avait une moustache de phoque et s’habillait mal, ce qui n’interférait nullement sur le métier de Jeannot qui consistait à vendre de la publicité pour l’agence Havas sise en haut du Bd Victor Hugo.

Mais issu de la rama dont il était issu et ne pouvant se détourner complètement des toros au profit des tarifs d’insertion, le JC s’orienta vers l’apoderamiento et plus spécifiquement vers celui des toreros français.

Il les eut pratiquement tous plus ou moins en portefeuille : Simon, «Andaluz», Frédéric, Alain Steva, Jean-Louis Flavien, Christian, Dominique Vache et à tous il signa de faramineux contrats dans toutes les arènes situées entre St-Ambroix au Nord, Aigues-Mortes au Sud, Roquemaure à l’Est et Sauve à l’Ouest pour ce qui concerne le département du Gard et Châteaurenard au Nord, Martigues au Sud, Gardanne à l’Est et Salins de Giraud à l’Ouest pour ce qui concerne celui des Bouches du Rhône.

En outre, il négociait occasionnellement avec Alfredo Martinez les contrats fuera de sa zone d’influence et eut ainsi l’occasion de produire les cartels de ces manifestations de gala qu’étaient «L’oreille d’Argent », «La Cape d’Or» ou «l’Épée des Commerçants» à Vichy.

D’après ce que j’en savais le Jeannot n’était pas très généreux en ce qui concerne la thune et certaines mauvaises langues certifiaient qu’il était assez facilement menteur, ce qui ne l’empêchait nullement d’être subtilement catégorique et délicatement sentencieux quand il ne devenait pas délicieusement autoritaire.

En un mot, je crois qu’on peut affirmer qu’il n’était pas vraiment aimé par tous ceux qui avaient eu de près ou de loin affaire à lui et, par ricochet, haï par ceux qui n’avaient pas eu l’insigne chance de passer sous ses fourches caudines ou de subir ses errements spécieux.

Simon en particulier ne serait vraiment, mais vraiment pas parti en congés avec lui si vous voyez ce que je veux dire…

A suivre…