Dax : 8 avenue Victor Hugo…
A Jean-Claude Verdier, Dacquois de naissance et Nimeño d’adoption, socio incontournable de la bodega «Paquirri», aficionado de postín, vendeur de bagnoles puis retraité afincado dans un piso de la Maestranza avant de revenir au Grau du Roi… Il nous avait fait découvrir le lieu.
L’établissement était situé.
Au 8 avenue Victor Hugo.
Sa raison sociale disait qu’il s’appelait.
«Le Richelieu».
Mais pour tout le monde.
Comme à Nîmes on n’allait pas au «Méditerranée», mais chez Marius.
A Dax.
On allait chez Darcq.
Le vieux Darcq.
Et Alain, son fils.
En étaient.
Les tauliers.
Le premier.
Était un cuisinier.
Solitaire.
Et tranquille.
Le second un golfo, plus.
Coureur de jupons des serveuses.
Que dévot.
A Antonin Carême.
Pour nous
Au début des eighties.
C’était.
Notre annexe.
Nous, c’était.
La bande du «Chino».
Freddy, Mado.
L’anglaise, le «Rubio».
Anne-Marie, «Le Pharaon».
«Pacha» le cocker.
Et bien d’autres.
De France et d’Espagne.
On y dormait.
On y déjeunait.
On y complotait.
En des stratégies riantes.
On y dînait.
E ibamos de juerga.
Nous étions insouciants.
Et déterminés.
Nous voulions tout.
Et rien ne nous arrêtait.
Nous dévorions la «Pantoufle du Richelieu».
Chausson de pâte feuilletée.
Farci de foie gras.
Et de cèpes.
Nous intriguions.
Auprès de Pierrot Molas.
En afaroladas.
D’impétuosité.
Et nous prenions de gueule.
Avec Georges Dubos.
En remates.
Et passes de mépris.
Dans le jardin.
Dînaient Ángel Teruel et «El Pepe» son frère.
A une autre table.
Lacouture, Claude Pelletier et Roger Dumont.
Charlie Forgues pérorait.
Sous les glycines.
Jean-Patrick Lescabourra et Marc Sallefranque.
L’écoutaient.
L’après-midi.
Ruiz Miguel, Dámaso et Robles avaient tué les toros d’Álvaro Domecq.
Le lendemain.
De Paula, le Cordobés et Richard tueraient ceux de Berrocal.
Et Jean-Pierre Goldberg «Le Pharaon».
Lançait des anathèmes.
En voulant obliger les aficionados au «Chino».
A payer un impôt révolutionnaire.
Sous les étoiles.
D’un ciel d’août
Une tuna de Salamanque.
Chantait.
« La Estudiantina galante
va con su canción de ronda »
Y en el aire sus amores
canta a las mozas que ronda ».
Nous au bar.
On buvait des litres de «Belle Sandrine».
Un cocktail exotique.
De jus de goyave et d’armagnac.
On se jouait la vie.
A accuser ou à défendre.
Nous étions.
D’une impartialité magnifique.
Et fiers de rappeler.
Qu’en 1980.
Simon, Robert et Loulou Petit.
Avaient mis fin aux trente-neuf ans de règne de Ferdinand.
Fiers.
D’irrupter dans un ordre.
Qu’on voulait.
Définitivement changer.
«Chez Darcq».
En cheveux longs.
Et pantalons pattes d’eph’.
Nous toréions des rêves.
Nous avions trente ans.
Et la vie était belle.
Aujourd’hui «Le Richelieu».
Est devenu résidence étudiante.
L’étude studieuse.
Dans des studios de vingt mètres carrés.
A remplacé.
La locura sous le soleil et la lune.
Et je n’ai presque plus de nouvelles.
De Jean-Claude Verdier…
Patrice Quiot
