«La Guita», toi ma sœur…
Pas b’soin d’être rien pour avoir peur du temps.
Mes catavinos toréent l’instantané.
Et moi, seul au milieu du grand chai.
J’dessine des passes en les engloutissant.
Jeté en pâture aux cornes des toros.
Graine de fleur fanée par les impresarios.
Eux, dans la nécropole d’leurs crimes indécents.
Moi, perdu dans mes cauchemars d’fer-blanc.
«La Guita», toi ma sœur.
Toi, t’es toujours là.
Manzanilla frangine ; «La Guita», bouée de mon malheur.
Et moi, seul dans mon cortijo d’gravats.
J’peux gueuler dans c’putain d’palais d’ermite.
Il faudrait que j’crève cette bulle tant que mes artères palpitent.
Pour’q j’atteigne mon but qui s’amenuise vite.
Quand je sais q’j’ai montré mes limites.
Pas de dates, nib, oualou, rien.
Privé de toros j’vis comme un chien.
Jm’répète que ma vie est en l’air.
Pour m’être pas assez joué les couilles à seize piges et des poussières.
«La Guita», toi ma sœur.
Toi, t’es toujours là.
Manzanilla frangine ; «La Guita», bouée de mon malheur.
Et moi, seul dans mon cortijo d’gravats.
J’fais panne sèche en haut de la pente et j’la dévale.
Les copitas défilent et déploient leurs illusions.
C’est beau l’attente mais je m’y empale.
Même pas un souvenir j’ai et nunca s’rai figurón.
Scotché au mur comme une punaise.
J’crois ni aux promesses ni aux leçons.
De ceux qui un jour aussi expieront.
Et m’rejoindront dans le rincón de ma fournaise.
«La Guita», toi ma sœur.
Toi, t’es toujours là.
Manzanilla frangine ; «La Guita», bouée de mon malheur.
Et moi, seul dans mon cortijo d’gravats.
Autour de moi j’sens que d’la rancœur.
Il s’disait un ami, c’était un voleur.
J’ai aimé une femme mais comme j’tais fini.
Alors elle m’a banni.
J’ai trop mal toréé la vie.
En des millions de déceptions.
Mais j’me dis que si j’aurais réussi.
J’aurais rehaussé l’niveau des exceptions.
«La Guita», toi ma sœur.
Toi, t’es toujours là.
Manzanilla frangine ; «La Guita», bouée de mon malheur.
Et moi, seul dans mon cortijo d’gravats.
Le jour où j’serai mort.
J’veux qu’on me donne raison.
De dire que j’ai aimé mon sort.
Le temps de ma unique saison.
Ma rancune n’me fera jamais clore le bec.
Car ma haine, j’suis pas né avec.
Ça j’le revendique.
Et celui qui dit l’contraire, contre le mur j’le nique.
«La Guita», toi ma sœur.
Toi, t’es toujours là.
Manzanilla frangine ; «La Guita», bouée de mon malheur.
Et moi, seul dans mon cortijo d’gravats…
Patrice Quiot
