Mi amigo Monsieur Maïs… (2)
Par contre, plus aristocrate que ne l’était Cayetana Fitz-James Stuart, dix-huitième duchesse d’Albe, plus élégant dans ses propos que ne l’était Jean Lefèvre d’Ormesson, comte d’Ormesson, mon compañero Monsieur Maïs honnit ces malveillances et ne sera jamais grossier avec un bonzaï qui lui chercherait des crosses.
Car malgré ses origines et manières aristocratiques, mon tovaritch maïs est, à l’image de Domingo Dominguín ou de José Luis Parada, politiquement ancré du côté qui va bien. Voulant se tenir à l’écart de sordides spéculations sur ses cours et rester loin des marchés financiers, il s’inscrit comme un résistant farouche aux multinationales qui veulent le réduire en touchant à sa génétique ; plus José Bové que Monsanto, plus Sánchez de Ibargüen que Juan Pedro Domecq il est Monsieur Maïs.
Écologiste d’un autre calibre que Greta Thunberg malgré sa soif gargantuesque digne d’Ernest le barbu ou de Bukowski, cosmopolite comme un chiste de Zocato et œcuménique comme un muletazo de Morante, mon bon maïs est invincible car près du peuple.
Un «El Soro» de la graminée est Monsieur Maïs.
Ses galettes nourrissent les déshérités d’Amérique centrale, ses dérivés les bantous du Gabon, du Soudan, de la Namibie et les falashas d’Ethiopie, ses grains enchantent les poules du mazet, les vaches de Paimpol comme les Landais de Tartas de la même manière qu’ils engraissaient les canards de la grand-mère du «Pato de Tyrosse».
La distillation de l’orge, su prima, qui remplissait les verres de «Manolete» et de Manolito González, aide les chômeurs à vivre leur détresse, embaume les landes écossaises de Laphroaig ou de Bowmore, les prairies irlandaises de Galway et les immensités du Kentucky.
Ami des bisons d’Amérique et des loups de Russie, frère nourricier des Roms du campement de Caissargues, des gitans de la Placette et des indiens d’Amazonie, militant des Black Muslims de Malcom X, du front anti Podemos de Calatrava de Arzobispo et dévot de la Hermandad «Cristo del Maíz y Aguacate» de Bolullos de la Mitación, sa générosité productive chantée par les tribus de Cochise, le maïs réjouit le campesino et ses tiges amoureuses se nouaient autour du front des jeunes crétoises applaudissant leurs frères voltigeant au-dessus des cornes.
Zapata en avait fait sa bannière, Rousseau écrit avoir dormi un soir dans un de ses champs, Georges Marchais l’invita pour accompagner les merguez de la fête de «L’Huma », les cailles s’abritent dans son ombre, le millas enchante les fins de repas périgourdins et la polenta peut parfaitement accompagner une gardiane.
Además, le maïs est aficionado et en Equateur, une feria l’honore : «La fiesta del “Maíz y del Turismo”, se celebra todos los años desde 1960 en Sangolquí, para mostrar al mundo la tradición, gastronomía y el folklore que brinda la gente del Cantón Rumiñahui. Los dueños de las haciendas en agradecimiento a la buena cosecha del sector ofrecían a los campesinos la corrida de toros».
Ses épis sont des totems de gloire, sa rusticité celle d’une seguiriya et sa vie un chant d’espérance.
Aussi, amigos de mi alma, lorsque vous viendrez me faire coucou dans mon trou, si vous apercevez mon compañero Monsieur Maïs en train de parler avec le ciel et le soleil, ne manquez pas de lui donner un abrazo con afecto y cariño.
Il vous en sera reconnaissant et vous serrera dans ses feuilles…
Patrice Quiot
