Dax : Ferveur for ever… (2)
D’autres lieux encore.
Plus intimes que la grotte de Nazareth.
« Dans le patio de caballos, je m’asseyais sur le banc à côté de la loge de la gardienne en regardant les géraniums et en fumant d’innombrables cigarettes. Peu à peu, les gens arrivaient, rasés de près, élégants, à l’image de l’endroit. Beaucoup d’hommes bien sûr qui se voulaient plein de certitudes et parlaient le langage de la connivence ; quelques femmes aussi qui se taisaient en souriant connaissant trop bien les terrifiantes histoires de celles qui furent à jamais bannies pour avoir voulu s’inscrire dans un ordre. »
Et plus sacrés que le Golgotha.
« Une barrière métallique commandait l’accès au callejón et la franchir me faisait entrer dans une autre histoire dont je parlerai peu par peur de mal la dire.
Souvenirs diffus : La chevalière de Luis Álvarez qui portait autant d’émeraudes que le nombre d’oreilles coupées par Rincón à Las Ventas, un tressaillement du visage de Christian dont le coude frôlait ma poitrine, la sueur forte de Manolo Ortiz, la couleur brune d’un toro de Baltasar, les médailles de Pepe Luis Segura.
Je savais déjà que quoi qu’il arrive j’en sortirais exsangue. »
Et des gens.
Immenses d’élévation.
En simplicité de pêcheurs du lac de Tibériade.
« Sur la place de la Fontaine Chaude, les estanquets servaient tout au long de la journée le vin et le confit qui marquent la proximité immédiate d’un terroir puisant ses sources dans des racines fortes. »
Et en esprit de Cène sur les bords de l’Adour devenu Jourdain.
« Les tables décorées de nappes à carreaux accueillaient des hommes en bras de chemise et des femmes en robes imprimées et aux yeux clairs ; ils déjeunaient lentement, les hommes rompant le pain de leurs mains brunes. »
Ici avec eux, là avec d’autres.
Des laudes.
Aux complies.
Urbi et orbi.
Partout.
On parlait de toros.
« Car ils s’inscrivaient tout naturellement dans l’ordre des choses ; par tradition, on y voyait les Baltasar Ibán et les Samuel Flores comme on y voyait des toreros vedettes et des moins connus, mais que la ville aimait comme ça, simplement, par coup de cœur.
Les uns et les autres venaient souriants, en amis, la fleur bleue au fusil, mais décidés à se battre comme des chiens.»
« Et bien sûr avec chacun on évoquera la mémoire d’Eduardo Miura et aussi celle de Curro Valencia tué par «Ramillette» lors de la Feria de juillet à Valence. »
Et puis quand finissait la nuit.
Et que commençait le jour.
Avant que le coq chante et sans que j’aie renié rien ni personne.
« Doucement dans une promenade solitaire qui menait du Sablar au centre-ville par la passerelle du Balcon de l’Adour, je rentrais me coucher mêlant sur la table de nuit la montre et le tube d’aspirine aux innombrables papiers et cartelitos de mano sur lesquels étaient malhabilement inscrits des numéros de téléphone que j’organiserai plus tard.
Et le lendemain, quand le camion des poubelles me réveillait, il faisait beau. »
En rouge.
Et blanc.
En flammes.
De communion.
En piété d’élégance.
Dévotion de délicatesse.
Credo de sensibilité.
Et orémus de «Regia Semper».
Avec la bénédiction.
De saint Vincent de Xaintes.
Et dans la ferveur.
De l’Agur Jaunak.
Sont les Fêtes de Dax.
Qui, hier comme aujourd’hui.
Et pour.
Tout ça.
Chaque jour remplissent les arènes.
Devenues sanctuaire.
PS : Les paragraphes repris entre guillemets sont extraits d’un article mien «Dax : Une ville et des toros» paru dans «La lettre de «Duende» n°21 du 15/08/1996.
Datos
Les chiffres 2026 n’étant pas à ce jour complètement formalisés, on rappellera pour mémoire que lors de l’édition 2025, il a été enregistré 38 703 spectateurs pour les cinq corridas, dont trois ont fait le plein des 8000 places : (jeudi 14 août 2025, corrida de Victorino Martín avec Morenito de Aranda, Clemente et Tomás Rufo ; vendredi 15 août 2025, corrida de Juan Pedro Domecq avec Juan Ortega, Andrés Roca Rey et Tristan Barroso ; samedi 16 août 2025, corrida de El Freixo avec Miguel Ángel Perera, Daniel Luque et Borja Jiménez).
Patrice Quiot
