« Hi, mot ! Hi, mot ! Hi ! »…

 

Ce matin.

Je ne trouvais pas les mots.

Ils ne venaient pas.

 

Fermés.

Ils me narguaient.

De leur indifférence.

 

Hautains.

Ils me manifestaient.

Leur dédain.

 

Immobiles.

Indifférents

Ils me regardaient.

 

« Hi, mot ! Hi, mot ! Hi ! ».

En vain.

Je les appelais.

 

« Venga, mot ! Venga, mot bonito ! »

En vain de loin ou de près.

Je les citais.

 

Grattant le papier blanc.

De leurs lettres noires.

Ils se refusaient.

 

Mansos.

Y.

Tardos.

 

Me montrant.

Leurs culs.

Souillés de merde.

 

Ils me renvoyaient.

Le désespoir.

De ne pas pouvoir écrire.

 

Cachés dans leurs secrets.

Ils m’échappaient.

Me laissant sans recours.

 

Rien n’y faisait.

Je ne trouvais plus les gestes.

Et ma main tremblait.

 

J’étais seul et ridicule

Et eux.

Innombrables et immenses.

 

Je pensais.

Deviner.

Leur sentiment.

 

D’amis de toute la vie.

Ils étaient soudain devenus.

Ennemis irréconciliables.

 

Me rendaient-ils.

Le mal.

De les avoir trop obligés ?

 

M’en voulaient-ils.

Du bien.

Que je ne leur avais pas assez fait ?

 

Je.

Ne savais.

Plus.

 

Un trou.

Le vide.

Rien.

 

Et.

La page.

Comme un sudario de papel blanco.

 

DeSpistado.

Je sentais que j’allais

Au fracaso.

 

Je souhaitais.

Que tout.

En finisse.

 

Honteux.

Tête baissée.

Imaginant ma retirada définitive.

 

J’allais.

Au burladero.

De la fenêtre de mon bureau.

 

Y boire.

La timbale d’eau.

D’un ciel gris.

 

Quand.

Desde el centro de una nube.

Il me parla.

 

« Tue-les, tue-les, corto y rápido ».

Me dit Thot.

Le dieu lunaire.

 

Le scribe des dieux.

Au savoir.

Illimité.

 

« Tu- les, tue-les, corto y rápido».

Me dit Thot.

Le dieu de l’écriture.

 

Alors, relevant la tête.

Pour les regarder.

En face.

 

 

Les obligeant.

A enfin.

Embestir.

 

Les obligeant.

A enfin.

M’obéir.

 

Sans miséricorde.

Sans indulgence.

Presque avec haine.

 

C’est.

Exactement.

Ce que je fis.

 

Et en 318 mots comme autant de doblones.

Pour me défaire du sortilège.

Tous ensemble je les tordis…

 

Datos

Thot est dans la mythologie égyptienne le dieu lunaire de Khemenou en Moyenne-Égypte. Il est essentiellement le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité. Représenté comme un ibis au plumage blanc et noir ou comme un babouin, Thot capte la lumière de la Lune, dont il régit les cycles.

Le respect que Thot inspire lui vient de son savoir illimité. Toutes les sciences sont en sa possession : il connaît tout et comprend tout. En tant que détenteur de la connaissance, il est chargé de la diffuser. C’est pourquoi il a inventé l’écriture. Les anciens égyptiens pensaient que le savoir et la connaissance leur avaient été transmis par des livres et des écrits que Thot avait volontairement abandonnés dans des temples. Cependant, la conscience aiguë qu’il a de sa supériorité intellectuelle le rend ennuyeux, présomptueux et pompeux. Il aime les discours soignés, les formules alambiquées et affecte les tons empruntés. Souvent, il agace les autres divinités qui ne manquent pas de le lui faire remarquer. Ses compétences s’étendent aussi au domaine des mathématiques dans lequel il excelle.

Il préside à l’audition des morts au tribunal d’Osiris, et c’est Anubis qui pèse et juge les défunts en comparant le poids de leur cœur…

Patrice Quiot