Nimeño et le Yiyo…
Même s’ils avaient partagé une dizaine de paseos ensemble, Yiyo et Nimeño ne furent jamais liés par une amitié véritablement intime.
Pourtant, en exhumant plusieurs documents au Mexique, une coïncidence inattendue apparaît : Christian et José furent « apodérés » en 1981 par un même homme, un certain Jesús Gil Encabo — un nom que les livres ont oublié.
Né à Ávila en 1933, Jesús Gil Encabo débuta comme représentant des bomberos toreros, troupe populaire qui se produisait régulièrement au Mexique. Doué pour les affaires, rigoureux et fiable, il sut rapidement gagner la confiance des grandes maisons espagnoles. Dans un contexte administratif complexe, notamment face au syndicat des toreros mexicains, son rôle devint précieux. Alfonso Gaona Lara, influente figure de La México, réputé pour son exigence, comptait parmi ceux qui faisaient appel à lui.
À cette époque, les distances pesaient lourd : le téléphone coûtait cher, les courriers mettaient des mois à parvenir, et les télégrammes, trop succincts, ne suffisaient pas à régler les différends. Depuis l’Europe, chaque échange impliquait des délais et des frais considérables, surtout lorsqu’il fallait démêler des situations contractuelles impliquant plusieurs parties.
C’est dans ce contexte que surgit un document singulier : un contrat signé entre l’empresa Sol y Sombra S.A., dirigée par Alfonso Gaona, et l’apoderado Jesús Gil Encabo, représentant à la fois Nimeño et Yiyo. L’accord prévoit une date pour le Nîmois et deux pour le Madrilène — né à Bordeaux. Une trace discrète, mais révélatrice d’un lien inattendu entre les deux toreros.
L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais, au mois d’avril dernier, au détour d’une visite au musée taurin de Madrid, une vitrine attire le regard. D’un côté, l’habit de lumière porté lors de la tragique tarde du 30 août 1985 à Colmenar Viejo, jour où Yiyo trouva la mort. À ses côtés, l’habit goyesque couleur saumon de Christian, revêtu à Bayonne le 14 juillet 1989, et offert au musée par sa famille.
Deux destins, deux trajectoires, deux « victimes de la fiesta » — réunis une fois encore, dans la mémoire…
Jean-Charles Roux


