Cuando Quiot se viste de calle…
Il me faut une heure et vingt-cinq minutes…
Ça commence par une mentalisation sur ce que sera le vestido. Le choix de celui retenu dépendra bien évidemment des circonstances, de l’endroit où je dois aller ou des personnes que je dois rencontrer. Cependant et quelle que soit la situation, le postulat de base des fringues choisies lors du sorteo dans le placard demeurera identique et devra se fonder sur une contradiction : retenue rassurante et décalage troublant ; une légère entrave au bon goût, un hiatus, un solécisme, un petit truc, l’ajout d’un détail, une petite connerie qui donnera vie à la chose.
Comme un clin d’œil de la comtesse de Ségur au Marquis de Sade, comme Diego Velásquez revisité par Banksy ou un quite de Morante à Paco Senda.
Ceci étant irrévocablement posé et n’ayant malheureusement pas de valet d’épées pour organiser le lit qui fait office de silla, l’affaire relèvera d’une précision suisse matinée de rigueur bouddhique et ainsi va la chose :
Sur la cama :
A gauche : Caleçon y calcetines généralement de la même couleur ; ceinture alignée et pañuelo doblado au-dessus ;
Au milieu : Pantalon et camisa planchada avec, si besoun, pull repassé au-dessus ;
A droite : L’endroit où plus tard je m’assiérai pour me vêtir.
Sur una percha :
La veste sans le moindre pli avec la pochette qui va bien ou le blouson de cuero en hiver et de algondón ou de lino en été.
Al suelo :
A gauche : Mi pierna de hierro dont le verrouillage est systématiquement vérifié ;
A droite : Les zapatos míos préalablement cirés et lustrés.
Sur la table de nuit :
Le móvil en charge, le pétun, le cenicero et le briquet.
Cigarette, regard sur le réveil, examen des mails ou SMS du téléphone ; « Tranquilo, Quiot, no pasa na’ » me dis-je et, serein, je peux me diriger vers le cuarto de baño préalablement chauffé en hiver et aéré en été.
A gauche :
La douche avec la pastilla de jabón et le guante de baño, la brosse à ongles, la serviette en bouclettes à portée de main et les chaussons pour éviter les glissades fatales aux boiteux à portée de pieds.
Sur le lavabo :
A gauche : La brosse à dent, le dentifrice et le rasoir mécanique ;
Au milieu : La mousse à raser en bombe de marque «Nivea peaux sensibles»;
A droite : La pince à épiler pour poils folâtres, les ciseaux pour rectification des quelques cheveux qui poussent encore sur ma tronche séculaire, le coupe-ongle de deux tailles différentes, la lime à ongles neuve et en carton à deux faces de ponçage l’une grise, l’autre rouge et la trousse de toilette dans laquelle tout cet impedimenta sera rangé après utilisation avant remisage dans le placard à double battant sous le lavabo susnommé.
Sur une petite armoire en résine noire:
Le kit de recharge des appareils auditifs pour esgourdes vieillissantes, le déodorant «Nivea Men/Pure invisible», le soin hydratant à l’aloe-vera du même encaste y de nombre «Confort» ainsi que le perfume «Habit Rouge» de Guerlain au prix de 96€ le flacon de 50ml (18 fl.oz).
Au sol :
La poubelle de salle de bain qui recevra les exsudats ménagers ;
Le Sopalin double épaisseur, l’éponge de ménage de type «Spontex» et le produit de nettoyage «Spécial salle de bains» ; les trois de procedencia «Aldi».
La douche avec double savonnage et rinçage à basse température achevés, l’essuyage del cuerpo et le rasage terminés, les poils folâtres réduits, le visage hydraté, le sonotone enquillé dans les feuilles, le receveur de douche, le lavabo et le sol carrelé exempts de toute souillure, retour dans la habitación pour m’y vêtir de calle.
Regard interrogateur au réveil ; c’est bon on est dans les temps et le vent s’est calmé.
Calcetines de primero, caleçon de secundo y pierna de hierro y zapatos de tercero. Taleguilla et ceinture bien arregladas, souliers lacés avant dernier coup de lustrage à la brosse en poil de jabali, verrouillage de la jambe de fer validé, chemise et veste enfilées.
On avait dit une heure vingt-cinq, non ? Quedan diez minutos.
Dernier voyage au cuarto de baño pour vaporisation de perfume bueno et inspection du lieu avant retour à la habitación pour remise en place du dessus de lit légèrement froissé ; tabac et portable en la bolsa, regard circulaire sur le monde des choses matérielles et ultime dévotion au bouquin qui attend sur la table de chevet.
Je quitte la chambre laissant l’ordinateur allumé en guise d’image pieuse et descends l’escalier vers le coche qui m’attend.
Sur le bras, le sac plastique avachi et fermé de la poubelle de salle de bain en guise de capote de paseo…
Patrice Quiot
