Gustar y aborrecer… (2)
La vulgarité de l’ordinaire me noue le ventre.
Les pique-niques en taboulé et en œufs durs me gavent.
L’encre du journal sur les mains me contrarie.
La tache de sauce tomate sur le pantalon blanc me rend jobard.
Et le claquement des mains à l’unisson des notes de l’ouverture de «Carmen» du paseo me fâche.
J’aime toucher les pierres grises des arènes.
J’aime le cuir et la plaque de cuivre du fundón d’épées.
Et l’odeur du savon «Maja» à l’œillet des chambres de toreros.
J’aime le ciel sans nuages.
Et la coleta qui dépasse de l’arrière de la montera.
J’aime les nuits courtes et pleines de sommeil.
J’aime la voix de mes amis.
Et les étagères de bouquins bien alignés.
J’aime les matins frais d’un plein été.
Et trois naturelles au centre du ruedo.
Je hais la bêtise.
Je hais la médiocrité.
Je hais la suffisance.
Je hais les sentencieux.
Je hais le mauvais toreo.
Je condamne les piercings dans le nez.
Les boucles d’oreilles des cranes en skinhead.
Et le french manucure aux paillettes de connerie.
Je prohibe les señoritos en gourmette et montre Rolex.
Et les señoritas en bimbos des barreras de sombra.
Je défends les causes perdues des clochards de Whitechapel.
Je défends Calas injustement condamné « à être rompu vif, à être exposé deux heures sur une roue, après quoi il sera étranglé et jeté sur un bûcher pour y être brûlé ».
Je défends Jaurès.
J’épouse la cause de Blaise Cendrars, manchot en képi blanc.
Et celle des maquis de l’Amérique du Sud de Jaime Gonzalez «El Puno».
Je déteste les arrancadas des argumentations imbéciles.
Et les banderilles vides de sens.
J’abomine les faenas de prétention.
Les remates de stupidité.
Et les coups d’épée portés sans amour.
J’aime l’ombre secrète du patio de caballos.
Et l’alignement parfait des deux aiguilles de la pendule qui dit las seis de la tarde.
J’aime les toros sous les tours mozarabes ou derrière les murets.
J’aime le solo de trompette de vingt-deux secondes de «Nerva».
Et aussi Morante en haut de forme baroulant sur un âne dans les rues de son village…
Patrice Quiot
