«El Americano»… (1)

 

« Lorsque le jeune Orson Welles, 17 ans, débarque pour la première fois en Espagne, c’est dans une petite chambre située au-dessus d’un bordel de Triana, le quartier gitan de Séville, qu’il décide de poser sa pipe et ses œuvres complètes de Shakespeare.

Nous sommes en 1932. Il vient de remporter le prix de la mise en scène estudiantine pour son adaptation de Jules César de Shakespeare. Les portes des universités les plus prestigieuses lui étaient grandes ouvertes, mais il a préféré prendre un congé sabbatique et découvrir l’Europe.

C’est après une escapade au Maroc qu’il a décidé de revenir en Europe en passant par la capitale andalouse. Il y restera quatre mois. À Séville, Orson vit comme un roi. Non seulement il gagne bien sa vie en écrivant à la chaîne des récits policiers pour des revues, mais en plus, à l’image de son futur personnage de Charles Foster Kane, Orson peut compter sur un père adoptif fortuné. Cette activité d’écrivaillon ne lui prend que deux jours par semaine. Le reste du temps, il le consacre à sa nouvelle passion : la corrida.

En tant que spectateur dans un premier temps. Mais très rapidement, le besoin d’être au centre de l’attention et donc de l’arène le pousse à enfiler l’habit de lumière. Il se fait appeler «El Americano» et s’offre quatre joutes qu’il finance lui-même. L’apprenti matador est si mauvais qu’il doit non seulement éviter les coups de cornes, mais aussi les bouteilles que lui jettent les aficionados. Lui, déjà fanfaron, ramène toutes les bouteilles au bordel en guise de trophée.

Sa passion pour la corrida, un spectacle qu’il décrit comme « indéfendable et irrésistible » à la fois, Orson Welles l’expliquera à plusieurs reprises : « La corrida est une tragédie en trois actes […] dont les taureaux sont les héros. Une tragédie est basée sur l’innocence et la virginité de ces créatures […] qui sont condamnées à mourir » l’anime même si la corrida n’est pas le seul topique qui le fascine ; il adore aussi le tempérament espagnol, les traditions et coutumes, le flamenco, les processions religieuses, la Semaine Sainte, les ferias, le vin, la nourriture, Cervantes, Ortega et Velázquez.

Welles effectue plusieurs séjours en Espagne entre 1932 et l’éclatement de la guerre d’Espagne en 1936. Ensuite, il n’y remettra plus les pieds pendant presque vingt ans. La seconde moitié des années 30 correspond à la période radiophonique d’Orson Welles. Il n’oublie pas pour autant l’Espagne et les combats qui s’y déroulent. Il raconte les souffrances du peuple espagnol lors de plusieurs émissions. Partisan du camp républicain opposé aux fascistes de Franco, il est contacté en 1937 par Ernest Hemingway pour enregistrer le commentaire de «Terre d’Espagne», une œuvre destinée à sensibiliser le public américain aux horreurs perpétrées par les franquistes»…

 

A suivre…

Patrice Quiot