«El Americano»… (2)
« Orson Welles ne retrouvera l’Espagne qu’à l’âge de 36 ans. Entre-temps, il a épousé Rita Hayworth. Sans doute retrouvait-il dans les bras de cette fille d’un danseur sévillan la chaleur de l’Andalousie.
En 1951, il effectue un bref séjour en Espagne pendant le tournage de son Othello mis en œuvre trois ans plus tôt. Ces premières retrouvailles sont toutefois anecdotiques. Le véritable retour se fait en 1953 à l’occasion du tournage de son septième film : Mr Arkadin.
Orson et l’Espagne ne se quittent pratiquement plus. Sur les douze longs métrages terminés du cinéaste, cinq ont été tournés en partie ou entièrement en Espagne. Et entre deux scènes, il en profite pour sillonner le pays, caméra au poing. Il filme les gens, les processions, le flamenco, les taureaux. Il accumule plus de 60 heures de matériel brut. La télévision lui commande des documentaires sur le pays. Welles ne rate pas une occasion d’assister aux ferias de San Fermín à Pampelune. La chambre 104 au Gran Hotel La Perla était le quartier général du cinéaste quand il était de passage dans le Nord de l’Espagne.
Pour Falstaff, il avait tourné la bataille de Shensbury dans la Casa de Campo, faisant passer ce grand parc madrilène de 17 kilomètres carrés pour une campagne anglaise. Pour sa réalisation suivante, Une histoire immortelle (1968), téléfilm de 58 minutes avec Jeanne Moreau, il utilise la petite ville de Chinchón dans les environs de Madrid pour évoquer la colonie portugaise de Macao, se contentant de disposer quelques enseignes en chinois à l’arrière-plan. Lors d’une scène, on aperçoit tout de même des figurants asiatiques, des serveurs que Welles est allé recruter dans les restaurants chinois de la capitale. En 1973, Orson Welles tourne des scènes de F for Fake à Ibiza et Almería. Ce faux documentaire mettant en scène un prestidigitateur est son dernier rendez-vous cinématographique avec l’Espagne.
Il vivra ensuite à Los Angeles. C’est dans cette ville qu’il décède le 10 octobre 1985. Il avait souvent répété à ses amis qu’il voulait reposer en Espagne. Son souhait sera exaucé, mais seulement deux années après son décès en raison d’un litige familial. C’est sa fille Beatrice qui rapatrie l’urne funéraire. Le 7 mai 1987, les cendres d’Orson Welles sont enterrées dans un petit puits au cœur de la finca « Recreo de San Cayetano » de son ami le matador Antonio Ordóñez, près de Ronda en Andalousie».
Sources : «Nos années lumière».
Datos
George Orson Welles, né le 6 mai 1915 à Kenosha (Wisconsin) et mort le 10 octobre 1985 à Hollywood (Californie), fut à la fois acteur, réalisateur, producteur et scénariste, mais également metteur en scène de théâtre, dessinateur, écrivain et illusionniste.
Welles découvre l’Espagne à 17 ans. Au cours de l’année 1935, il sillonne de nouveau l’Espagne sous l’apodo de El Americano. Mais après deux blessures, l’une au cou, l’autre à la cuisse, il renonce à son ambition de devenir torero. De son afición, seuls subsistent My Friend Bonito ainsi que quelques émissions de télévision, parmi lesquelles Corrida à Madrid (1955), The Orson Welles’ Sketch Book (Around the World with Orson Welles, ABC, 1955) et Orson Welles on the Art of Bullfighting (ABC, 1961).
Au cours de sa carrière, il tente de contaminer a los toros un certain nombre de célébrités d’Hollywood: Frank Sinatra, Debra Paget, Lee Marvin, Glenn Ford.
D’autres sont devenus de réels aficionados : Rita Hayworth, Ava Gardner, Stefanie Powers (qui a été elle-même une aficionada práctica), Joseph Cotten, Anthony Quinn…
Patrice Quiot
