Toros dins lou Nord… (1)

 

L’expansion de la corrida dans le Nord de la France est due, pour l’essentiel, à l’Exposition universelle de Paris de 1889. À cette occasion, quelques éleveurs espagnols se réunirent pour financer une grande « Plaza de Toros » de 22 000 places qui, d’après les photographies de l’époque, pouvait rivaliser avec l’actuelle « Las Ventas » de Madrid.

Ce seront les arènes de la rue Pergolèse à Paris, qui succédaient à l’hippodrome de Vincennes où se donnaient des spectacles de tauromachie parodique depuis 1865. Les arènes de la rue Pergolèse ne furent en activité que pendant trois ans. Mais elles drainèrent des figuras espagnoles qui, sur le chemin de Paris, accordaient des conditions abordables aux impresarios du sud de la France. Parmi ces figuras qui se sont produites rue Pergolèse, on peut citer notamment : Luis Mazzantini, Frascuelo, Lagartijo, El Gallo, El Gordito.

Cette fin de XIXème siècle voit l’engouement pour les corridas proliférer au nord d’une ligne de démarcation définie plus tard par la « tradition ininterrompue ». Mais en cette « époque de ferveur tauromachique, » les entrepreneurs espagnols mettent à profit un courant de tolérance gouvernementale pour organiser des courses de taureaux dans des régions de France où il semble difficile d’imaginer qu’elles puissent s’implanter. Deux corridas eurent lieu à Rochefort-sur-mer en 1897 avec la participation du torero Pepete. Mais elles furent sans lendemain. Des corridas furent organisées ensuite par Félix Robert, matador français et empresa, à Limoges, au mois de juillet 1899, et elles s’arrêtèrent là.

En revanche, les arènes de Roubaix et les arènes du Havre connaîtront une existence moins éphémère. Dans les premières, une dizaine de corridas intégrales furent montées avec Luis Mazzantini, Antonio Reverte, Guerrita et d’autres toreros moins célèbres, sans que l’on connaisse les dates exactes de chacune d’elles. On sait néanmoins que les arènes de Roubaix furent actives de 1899 à 1901, et Mazzantini qui s’en était improvisé empresa avait organisé un combat de « taureau étique contre un lion édenté», ce que lui reprochèrent les aficionados méridionaux, car cette entreprise ridicule faisait le jeu des adversaires de la corrida.

Il est possible que Mazzantini se soit également présenté dans les arènes du Havre. De grandes contradictions entourent sa carrière et la date de ses exploits. Le Petit Journal annonce le 15 septembre 1895 qu’il est reconduit à la frontière en habit de lumières, avec sa cuadrilla, avec interdiction de courses dans le Midi. Mais en 1899, il torée de manière certaine dans les arènes de Roubaix, selon le cartel du 18 juin 1899. Les adversaires de la corrida se manifestèrent mettant en péril la position de tolérance adoptée en 1897 par Louis Barthou tandis que la S.P.A. lança de nombreuses poursuites en justice à la suite desquelles organisateurs et toreros furent relaxés.

En réponse, Monsieur Vienne, directeur des arènes de Roubaix, organisa une corrida le 8 octobre 1899 dans la commune de Deuil-la-Barre près d’Enghien-les-Bains, avec la participation des matadors Lagartijillo, Félix Robert, Llaverito. « Il fit construire une arène démontable en bois, non pas circulaire, mais avec six tribunes les unes à la suite des autres, avec des espaces vides. Le premier taureau, Romito, de l’élevage Filiberto Mira, franchit la barrière, le couloir de protection, et se fraya un passage au milieu des spectateurs affolés. Douze personnes furent blessées dans la bousculade et la course fut suspendue par décision du sous-préfet de Pontoise. »

A suivre…

Patrice Quiot