Rencontre avec le docteur Jean-François Bénézet avec qui je suis revenu sur le nouveau look de l’infirmerie…

 

Il y a une semaine, le maire de Nîmes Vincent Bouget a inauguré l’infirmerie remodelée et à quelques jours de la Feria des Vendanges, tout le matériel est à présent en place. A ce propos, Jean-François Bénézet a apporté quelques éclaircissements sur cette nouvelle réalisation…

 

« Je suis avant tout médecin au CHU de Nîmes, au sein du département urgence-réanimation. Ma spécialité est donc médecin urgentiste et je travaille des services SAMU -SMUR, c’est-à-dire la régulation, la prise d’appel, les interventions en véhicule ou hélicoptère… Je suis également médecin dans la salle de déchocage, ainsi que dans un service post-urgence et depuis peu responsable d’un centre de formation qui fait partie d’urgence-réanimation du CHU. Je suis donc déjà bien occupé….

Par la suite, mon activité annexe, par aficion, et aussi parce qu’on est une bande de collègues, c’est bien sûr l’infirmerie des arènes où je suis depuis vingt-quatre ans maintenant avec Camille Lapierre comme élément fondateur. Au départ, c’était un pari entre trois copains, un chirurgien, un cadre de l’hôpital et moi-même. On s’est retrouvé tout à fait par hasard à l’extérieur des arènes, on est allé prendre un verre et là, le chirurgien nous a demandé si ça nous intéresserait de nous occuper de l’infirmerie. On a acquiescé, et c’est parti de là !

Avec chacun nos spécificités, on s’est organisé afin que l’affaire marche. Travaillant au SAMU-SMUR, je savais que je pouvais tenir un rôle pratique et pragmatique sur le prêt du matériel. Je savais comment équiper ce qui est l’équivalent d’une salle de déchocage au CHU. Le chirurgien a pris en charge l’aspect plus stratégique que tenait avant le professeur Francis Navarro qui a alors quitté l’association pour aller sur Montpellier. En définitive, il n’y a pas eu de gros problèmes d’intégration, c’est parti de là.

Depuis le début, j’étais l’homme de l’ombre jusqu’à ce que je sois nommé président de l’Association Gardoise de Traumatologie Taurine par Camille Lapierre qui a cédé sa place. Jusqu’au mois de mars dernier avec le changement de municipalité, je n’étais donc qu’un homme de l’ombre, mais en fait je faisais tout, c’est-à-dire que je me chargeais de sortir le matériel de l’hôpital sous couvert d’une convention entre le directeur général de l’hôpital et la société Simon Casas & Co qui spécifie que le matériel est bien sorti et qu’il est assuré par l’hôpital. En outre, cette convention assure aussi les médecins de l’équipe des arènes. Ce matériel est prêté et ne sert que pour les spectacles tauromachiques avant restitution… Par exemple, je suis venu lundi matin installer tout le matériel et suite à la feria, je le ramènerai au CHU.

Cette infirmerie est réservée essentiellement aux cas les plus importants chez les protagonistes, un espace équipé sous la forme d’un Algéco contre les arènes étant destiné à recevoir  le public et pour les cas les plus graves, il est prévu un médecin généraliste de l’équipe entouré des secouristes de l’UNASS.

Pour revenir aux blessures en piste, on s’en rend compte très rapidement, l’anesthésiste réanimateur va prendre les choses en mains mais ce n’est pas un bloc opératoire. Le chirurgien va aussi faire son boulot, en particulier s’il faut clamper pour arrêter une hémorragie. Mon rôle, c’est la coordination pour notamment adapter les moyens de transport. Je contacte aussi les services de sécurité des arènes qui vont déclencher l’escorte pour l’acheminement vers l’hôpital.

La deuxième étape pour moi est de préparer l’admission de la victime en alertant mes collègues de la cellule de déchocage, tous les chefs de spéci      alités concernés selon un planning, de sorte qu’il n’y ait pas d’attente pour intervenir, ainsi que l’anesthésiste de garde et le bloc, voilà pour les cas les plus graves.

Autre précision, il n’y a pas de sang à l’infirmerie, par contre, si on en a besoin, j’appelle et on est livré très rapidement, c’est pourquoi on n’a pas besoin d’en stocker. Je précise encore qu’ici, on n’opère pas, les interventions se font au CHU.

Le cas qui peut poser problème, c’est la blessure moins grave. Quand je dis ça, il est évident que pour le maestro, c’est grave ! Un mollet troué, c’est grave, mais un mollet qui ne saigne pas, ce n’est rien du tout parce qu’il n’y a pas de pronostic vital. A partir de là, je fais le même cheminement. Je préviens pour le transport, j’appelle le chirurgien compétent, le patient passera par le déchocage et c’est après que les choses peuvent différer. Un mollet troué à vingt heures aux urgences quand il y a dix ou douze cas plus graves programmés, il n’y a aucun anesthésiste ou chirurgien pour intervenir dans l’immédiat, d’où parfois certaines incompréhensions, qui peuvent certes se comprendre mais en même temps, la précipitation n’est pas toujours la meilleure attitude à avoir…

A une époque, le problème était réglé car il y avait une clinique qui pouvait accueillir les blessés, mais… elle a fermé. Pour résumer, mon rôle, c’est la convention, le matériel et les plannings des médecins. Dans chaque spécialité, il y a un responsable. A partir de là, un planning est établi pour faire en sorte que chacun connaisse son domaine d’intervention par rapport aux dates des différentes courses. Notre objectif, c’est qu’il n’y ait pas de contraintes, c’est sur la base du volontariat et des dispos de chacun. A peu près trois semaines-un mois avant, je dispose de tous les plannings que je transmets bien sûr à mon administration hospitalière pour la convention, à la mairie et à l’empresa, toujours dans un souci de transparence.

Il faut savoir aussi que la moitié est issue du public et l’autre du privé. La majorité des chirurgiens sont du privé, et c’est l’inverse pour les anesthésistes. Pour rappel, il y a des chirurgiens, des anesthésistes, des urgentistes, un médecin généraliste pour le public et un homme de confiance qui a aussi un rôle indispensable. Léandre Artal a longtemps tenu ce rôle, il vient de prendre une retraite ô combien justifiée et maintenant, Christophe Arnaud a pris le relais, c’est quelqu’un qui a toréé, qui a une crédibilité au niveau du mundillo, qui parle très bien espagnol et qui sait déshabiller un torero. J’appelle ça un homme de confiance, très important notamment pour éviter quelques incompréhensions, le problème venant souvent de l’entourage qui s’impose dans l’infirmerie et qu’il est parfois difficile de les éviter »…

 

En quittant les lieux, je n’ai pu m’empêcher de dire à Jean-François que ce qu’un aficionado peut leur souhaiter de mieux lors des corridas… c’est qu’ils n’aient rien à faire !!!

 

Pour rappel, retour sur l’inauguration de l’infirmerie mercredi dernier par le maire Vincent Bouget…

https://torofiesta.com/47207-infirmerie-2/