Quand Roca Rey sauve Carmen…

 

Vendredi 18. Ouverture de la Feria avec Carmen. 4/5 d’arène. Six toros de divers élevages, les deux premiers et le quinto de Victoriano del Río, les 3 et 4 de Jandilla et l’ultime de Toros de Cortés, second fer de Victoriano, un ensemble disparate donnant un jeu divers, meilleur le 4, Verbenero », qui a été crédité de la vuelta.

Petite précision au passage, les deux toros du Juli (El Freixo) ont été en définitive écartés et remplacés par deux remiendos de la maison Victoriano.

 Alejandro Talavante : silence aux trois.

Andrés Roca Rey : silence, deux oreilles et oreille.

 

Sobresaliente : Álvaro de la Calle.

Une corrida « spéciale » dans laquelle il y eut un peu de tout, voilà comment d’après moi l’on pourrait qualifier cette ouverture, avec évidemment mention spéciale à Andrés Roca Rey.

 

Mais auparavant, on ne peut passer sous silence la décoration de piste de Muriel Goro et la prestation de tous les participants pour l’ouverture à charge de l’orchestre Chicuelo II, la soprano et les chœurs, les danseuses ainsi que des cavaliers et une calèche avant l’arrivée des toreros pour le paseo.

 

Un seul petit bémol, un micro défaillant pour le baryton Frédéric Cornille… visiblement et logiquement courroucé, secondé alors par le public a cappella, ce qui à la réflexion a constitué une première mondiale !!!

 

On ne va pas trop s’attarder sur la prestation d’Alejandro Talavante qui a néanmoins réalisé plutôt une bonne temporada. Mais ce jour, il a paru peu inspiré et en outre bien maladroit dans la conclusion. D’ailleurs, il a pinché sa première faena – entière au cinquième envoi – après un assez conventionnel trasteo, mais réservant plusieurs passages méritoires. Avec le tercero, l’Extremeño ne trouva pas de quoi rétablir l’équilibre et malgré quelques gestes honorables, il n’a jamais pu atteindre les sommets.

Le quinto affichait 617 kilos sur la romaine et après deux rencontres protestées, « Tala » tomba sur un adversaire imposant par son tamaño mais dépourvu de caste, l’affaire tournant en drame de la mésentente. Demie au quatrième voyage.

 

Andrés Roca Rey a été incontestablement le vainqueur de l’étape, sortant a hombros après avoir empoché trois oreilles. Avec son premier, le Péruvien s’est montré entreprenant après des applaudissements pour le piquero puis un bon second tercio. A la muleta, début dans un pouce de terrain puis plusieurs séquences ajustées avec connexion sur les tendidos, le tout rabaissé toutefois par un échec avec le verdugo après entière.

 

Ce fut nettement mieux avec le cuarto, celui de la vuelta, avec applaudissements aux deux premiers tercios puis un brindis à l’assistance et un début de faena par trois cambios arrodillados qui ont déclenché la musique. La suite par séries variées et allègres, soumettant le Jandilla remarqué pour la noblesse de ses charges avant un espadazo qui libéra deux esgourdes.

Concluant avec un sexto de 619 kilos, Roca s’est arrimé pour tirer le meilleur de ce quignon qui finit par lui infliger une spectaculaire cogida qui le laissa un temps groggy avec saignements au menton. Une fois remis sur pieds, il puisa dans son entrega et son aguante de quoi terminer son ouvrage. Andrés tomba le fauve par demie et récolta un nouveau trophée. Inutile de préciser que sa sortie a hombros par la Porte des Consuls qui a scellé son triomphe a été chaleureusement fêtée…