Pognon isidril ou de Otoño…
La participation d’un matador du groupe C à la Feria de San Isidro ou à celle d’Otoño génère une série de dépenses directement liées au prestige professionnel de l’événement et même si le cachet brut syndical minimal s’élève à 16705€, les coûts incompressibles attachés à la prestation impactent lourdement le gain quand ils n’engendrent pas des pertes.
Ainsi :
Pour se vêtir à la hauteur de l’enjeu, les matadores tiennent la plupart du temps à étrenner un costume de lumières neuf sur mesure et de qualité dont le prix peut osciller entre 2 et 6.000€ avec une moyenne de 3500€ ; en outre, un capote de brega neuf et une muleta du même ordre sont un minimum ; le coût du premier s’élevant à environ à 400€ et celui de la muleta avoisinant les 250, la facture du sastre ayant fourni le vestido et le matos va facilement et a minima chercher dans les 4000 balles y pico, quelques fois payées en totalité ou en partie par une peña de socios.
Aborder une après-midi aussi importante sans s’être préparé d’une façon pratique serait inenvisageable ; aussi, avant l’événement, il est presque obligatoire de combattre et tuer au moins un ou deux toros en privé et l’achat à cette fin négocié avec un ganadero coûte environ 2500€ par novillo, soit un total de 5000 €, quelques fois mais pas toujours avancés par l’apoderado ou là encore, financés en totalité ou en partie par une peña de socios.
Les sueldos de la cuadrilla sont réglementés, même s’il arrive que les subalternes fassent une fleur à leur maestro. Le détail en est la suivant :
Deux lidiadores : 1485 € x 2 = 2970€
Un «tercero» : 1544€
Deux picadores : 1485€ x 2 = 2970 €
Un mozo de espadas: 728 €
Un ayuda de mozo : 300 €
(Lorsque la corrida est télévisée, des droits d’image s’ajoutent aux émoluments des intervenants (généralement autour de 3 000 € partagés globalement entre le torero et ses subalternes pour les contrats de base).
Le chofer de la furgoneta (hors règlement): + ou- 150 €
Total : 8662€
La logistique de la chose engendre également une série de dépenses attachées au déplacement et au confort du torero et de ceux qui l’entourent :
Location de la camionnette : 250 €
Carburant : 50€
Chambre du matador : 150€
Chambre double : 100 €
Chambre triple : 100 €
Repas (déjeuner et diner pour dix personnes) : +ou – 400 €
Le tout, en faisant très attention : 1050€
Commission de l’apoderado :
Chargé de gérer les aspects clés de la carrière du matador, il prend une commission comprise entre 10 % et 15 % des honoraires bruts, soit sur la base du cachet de 16.705€, une dépense comprise entre 1670 € et 2505€ (moyenne 2088€) à laquelle s’ajoutera éventuellement le remboursement des novillos tués en privé.
En imaginant tous les cas de figures, je vous laisse le soin de faire le calcul du solde net pouvant rester dans la poche du matador du groupe C contratado pour la San Isidro ou la Feria de Otoño et payé au minimum syndical (16 705€).
Sources
«Análisis de los ingresos y gastos de un torero del Grupo C en una corrida de toros en San Isidro». Publication de ONG Cultural Joselito“El Gallo”. 29/03/2025.
Datos
Les matadors ont fixé par convention les honoraires minima à percevoir par corrida. Comme chaque année, le Bulletin Officiel de l’État (BOE) a mis à jour ces rémunérations minimales pour 2026.
La résolution du 7 juillet 2026 de la Direction Générale du Travail par laquelle est enregistré et publié le VIIe Accord Collectif National Taurin, détaille les honoraires minima de tous les professionnels du secteur (toreros, novilleros, rejoneadores, mozos de espadas, ayudas). Conformément à l’évolution de l’IPC, la hausse 2026 avoisine les 3 %, pratiquement la même que celle qu’a connue l’indice des prix entre octobre 2024 et octobre 2025.
Dans le cas des matadors, le salaire minimum dépend de deux variables : Le groupe professionnel auquel ils appartiennent et la catégorie de l’arène où ils sont annoncés. Ces deux facteurs déterminent le montant minimum que doit percevoir chaque matador.
Selon l’article 6 de la convention, les matadors sont divisés en trois groupes : A, B et C.
Dans le premier figurent ceux qui ont toréé au moins 37 corridas pendant la temporada précédente en Espagne, France et Portugal ou atteignent ce chiffre pendant la saison en cours.
Le Groupe B est réservé aux matadors qui totalisent entre 13 et 36 prestations, tandis que le Groupe C englobe le reste des professionnels.
À partir de cette classification, les honoraires minimas sont fixés. Dans ce cas, est pris comme référence les corridas de six toros pour trois toreros, le format le plus habituel.
Patrice Quiot
