Quand des grands en évoquent d’autres… (1)

 

« Le jour où Rafael el Gallo ne foulera plus la rue Tetuán, on ne verra plus de torero à Séville. Des affiches annonceront peut-être qu’il y a encore des toreros à Séville, mais on ne les verra pas, tout comme Séville serait invisible depuis un train au loin si la Giralda s’effondrait. »

(« Le Coq et la Giralda », par Gregorio Corrochano, 9 octobre 1957).

« La première chose que nous voyons en entrant dans la chambre de Rafael est un Chinois. Il s’agit de Gallo en personne. De dos, il porte un pyjama bleu ample, son crâne chauve et sa tresse pendante formant une illusion parfaite. Antonio, le mozo de espadas, corpulent et mûr, bavard, tout de gris vêtu – casquette, costume et cheveux compris – va et vient. Monsieur Gómez se prépare enfin à s’habiller. Pendant qu’il se déchausse, nous engageons une brève conversation. Car nous savons que notre devoir est de parler de toros avec un certain enthousiasme. Antonio explique que les toros de la corrida précédente étaient très grands. « Bien sûr », avons-nous balbutié, « avec ce nouveau règlement ! » « Avant tout, monsieur, » dit Rafael d’un ton dogmatique en enfilant ses chaussettes, « les toros doivent être considérés comme des chevaux de course : ils doivent avoir du sang, de la finesse… On nous donne des taureaux normands… »

(« Le Vermouth du Maître », de Wenceslao Fernández Flórez, 16 avril 1917).

 

« Le 17 juillet 1882, Madrid délivra l’acte de naissance d’un garçon qui, après avoir brillé dans le monde de la tauromachie, allait devenir l’incarnation même de l’identité sévillane. Le document officiel indique son lieu de naissance, rue de la Greda, aujourd’hui rue de los Madrazo. L’eau baptismale de l’église paroissiale San Sebastián fut versée sur la tête du nouveau-né et du sel fut déposé sur lui, accompagné du nom de Rafael. Issu d’une lignée de toreros sévillans par son père, Fernando el Gallo, et de racines gaditanas par sa mère, Gabriela Ortega, Rafael Gómez, qui hériterait plus tard du surnom de son père, fut emmené vivre dans les arènes de Matute, puis, deux ans plus tard, à Séville, où il réside encore aujourd’hui. »

(« Les trois quarts de siècle de Rafael el Gallo », par Selipe, 17 juillet 1957).

« Alors que des toreros comme Luis Mazzantini, El Algabeño, Antonio Fuentes, Montes, Manchaquito et Vicente Pastor, entre autres, animaient les arènes, affrontant des taureaux redoutables et puissants, dans le cadre rude d’une tauromachie généralement sèche et brutale, la grâce singulière de Rafael se révéla. Il défiait toute catégorisation et transcendait les limites des écoles établies. Ses techniques étaient indéfinissables, ses performances inclassables. Impossible de réduire son talent exceptionnel à des catégories rigides, ni de prédire ses démonstrations de courage sans équivoque, ni ses célèbres moments de faiblesse. Rafael el Gallo était si unique qu’il restait à part, et son imitation semblait presque impossible. Aux côtés des deux grands noms que furent Joselito et Belmonte, la carrière de Rafael oscilla entre gloire immense et échecs retentissants, mais il savait s’entourer d’une splendeur splendide, devant laquelle les Joselitistes et les Belmontistes s’inclinaient. »

(Selipe, 1957).

A suivre…