… Et que ton été prochain s’entrouvre au soleil de la lampe…
Le mercure humilie.
Le matin met la tête d’une façon plus lente.
Et le soir.
Veut rentrer au toril.
Déjà les feuilles des arbres prennent le poil d’automne.
Déjà le ciel sonne du sombre d’une seguiriya.
Et le chant des oiseaux.
N’est plus al compás.
On range dans l’armoire le terno blanc de l’alternative du printemps.
Bientôt les grues feront leur paseo d’automne.
Et le tinto de verano.
A clôturé sa saison.
« Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d’étoiles !
Tant son calme était frais ! Tant son souffle était doux ! ».
La sève circule moins vite dans les oliviers de Jaén.
On a rangé les géraniums des patios.
Et l’œillet disparait.
De la bouche des gitanas.
Les cartables.
Ne sont pas du cuir des esportones.
Et le papier des cahiers.
Pas celui qu’on jette au vent des plazas.
Les feuilles mortes de Prévert se mouillent à la pluie.
Qui mascare la couleur des pisos.
Et la nuit.
Vient plus tôt.
« Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux
L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,
Sous le ciel pâlissant comme de lassitude ».
La garrigue devient froide.
Les terrasses des bistrots ont rangé leurs tables.
Arles et Nîmes, Utiel ou Guadalajara.
Ont démonté les burladeros.
Et depuis longtemps.
Arrêté les pendules.
Se acabo, Almodóvar del Campo, Logroño, Albacete,
Valladolid, Alcañiz, San Martín de Valdeiglesias.
Et Alcalá la Real, Algemesí, Úbeda.
La San Miguel, Madrid, Saragosse aussi.
Les écharpes se lient aux cous.
Le lin des camisetas devient laine.
Et les premières neiges.
Blanchissent les Algodonales
Le puchero à la table de la cuisine.
Remplace le loup grillé de la plage.
Et les maletillas.
Pensent aux tentaderos de Salamanque.
« Le vol des guêpes d’or qui vibrait sans repos
S’est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée ».
Les ombres s’allongent.
La mélancolie remplace le pathétique.
Et les prévoyants.
Ont rempli les cuves à mazout.
Alors, remonte dans ta chambre.
Accroche ton manteau.
Et que ton été prochain s’entrouvre.
Au soleil de la lampe…
Patrice Quiot
