Rencontre avec Andy Younes fraîchement revenu du Pérou…
En effet, son retour vers ses racines ne date que de cinq jours et vous allez vous rendre certainement compte qu’au fil des courses dans les contrées péruviennes, pour Andy… c’était vraiment le Pérou !
Pas moins de dix corridas de toros ont été à son actif pour la temporada 2026, plus une au Venezuela. Ajoutées à celle de Lunel, c’est donc avec douze corridas qu’Andy a revêtu cette année le costume de lumières.
Pour évoquer sa saison et la perspective pour la suivante, je l’ai rencontré ce mercredi matin à l’issue de son entrainement à Caissargues, une placita de la périphérie de Nîmes chargée d’histoire s’il en est…
« L’unique corrida toréée cette année en France a été celle de Lunel avec sept toreros français. J’ai affronté un toro de Yonnet assez exigeant mais qui s’est livré à la muleta, avec lequel j’ai pu réaliser un trasteo convenable en toréant « a gusto », mais l’épée m’a privé de trophée. Dans ce contexte particulier de n’avoir qu’un toro à lidier, j’en conserve plutôt un bon souvenir. Ici, concernant le bétail, on sait à peu près à quoi s’attendre, alors qu’au Pérou, c’est moins fixé, c’est à chaque fois une découverte car très variable. Comme on dit, il y a un peu de tout, mais je précise qu’on peut avoir parfois de bonnes surprises…
C’est incontestablement au Pérou que ma saison a pris de la consistance et sur la dizaine de corridas que j’ai pu y toréer, j’ai signé plusieurs succès importants. J’ai notamment toréé à Cutervo, qui est la troisième arène du pays, où malheureusement mon toro est sorti très mauvais, mais ensuite, je suis allé à Lajas, une arène considérée comme la plus torista du Pérou où j’ai coupé quatre oreilles !
Au sujet de la répercussion, il faut préciser que c’est plus informel que chez nous où le plus souvent, en cas de triomphe, il y a une plus grande probabilité d’être répété. Là-bas, ce n’est pas tout à fait pareil car autant l’arène ne va pas te remettre, mais de toute façon, il se peut que tu aies intéressé des empresas environnantes qui elles sont susceptibles de t’engager.
Par exemple, l’an dernier, j’ai toréé à Huamachuco, une arène importante où j’ai coupé quatre oreilles, je n’ai pas pu y retourner mais j’ai eu de la répercussion alentour. Avec aussi Ayapata, une arène du Sud réputée pour présenter des élevages toristas où j’ai coupé deux oreilles à un toro, puis à Matara, où j’ai toréé deux fois en vingt-quatre heures et où j’ai coupé les deux fois trois oreilles ! Je crois d’ailleurs que c’est là où j’ai réalisé la meilleure faena de ma temporada !
J’ai effectué ensuite ma présentation au Venezuela, à Tovar, on a évidemment toujours envie que ça se passe bien, mais malheureusement je suis tombé sur les deux plus mauvais toros du lot. Mais j’ai tout de même donné le maximum pour ne pas baisser les bras et je me suis fait attraper, repartant avec un orteil endommagé.
Je suis ensuite retourné au Pérou où j’ai toréé au nord de Lima. Un toro m’a accroché à la cape, il m’a vraiment fait très mal, j’ai eu des côtes fracturées dans un endroit où il n’y avait ni médecin, ni ambulance ! C’était assez effrayant, mais j’ai tout de même tenu à finir la corrida, coupant deux oreilles à mon second malgré des difficultés respiratoires. Il faut savoir que la plupart des corridas se donnent là-bas à plus de 3000m d’altitude, ce qui ne facilite pas le souffle !
Concernant ma campagne péruvienne, je suis parti en juin puis je suis rentré une semaine pour la corrida de Lunel et je suis ensuite retourné pour environ trois mois. J’en garde une impression positive et d’ailleurs, en début de saison, je ne pensais pas en faire autant. L’an dernier, j’avais fait six corridas, cinq au Pérou et une en Colombie, et donc cette année, j’en ai fait le double. Ajoutées aux tentaderos, fiestas camperas, c’est plutôt satisfaisant, d’autant plus que j’ai déjà plus de contacts pour la saison prochaine.
Au Pérou, comme le plus souvent en Amérique, ils aiment le toreo spectaculaire, dynamique, même s’il faut toujours tempérer les impressions, et forcément, ça influe sur la manière de s’exprimer dans un ruedo. Il faut aussi en tenir compte et même si j’ai ma manière de me comporter devant les toros pour l’essentiel de ma faena, j’essaie aussi de leur donner ce qu’ils attendent sur quelques séries.
Les banderilles ? Je ne les pose pas, mais c’est vrai que pas mal de toreros assurent ce tercio. D’ailleurs, l’an dernier, certaines empresas disaient que pour pouvoir toréer, il fallait banderiller ! Je ne peux pas toréer avec des suertes que je ne ressens pas, je préfère me concentrer sur le toreo qui me convient. Si là-bas, le nerf de la guerre est le tremendisme, il n’empêche pas moins qu’en affichant de la sincérité et de la sensibilité, par exemple, on peut aussi convaincre.
La France ? Je conviens que c’est un paradoxe et dans l’histoire de la tauromachie, il y a toujours eu des toreros laissés un peu sur la touche, mais qu’un jour un déclic a sorti de l’ornière. Avec douze corridas, je ne peux pas me plaindre, mais il est évident que si ça m’a fait longtemps beaucoup de peine de ne pas toréer dans mon pays, j’essaie maintenant de le prendre avec plus de hauteur et de sagesse ! S’il a fallu aller très loin pour continuer à vivre ma passion, je dis merci à ce continent qui m’en offre la possibilité !
Après, si tu me parles des arènes d’Arles, de Nîmes et quelques autres, il est évident que je serais très heureux de m’y produire. D’autant plus qu’en 2027, je fêterai mes dix ans d’alternative ! C’est ma ville natale, je suis au cartel ce samedi et pour moi, même si ce n’est qu’un festival, crois bien que je le prendrai comme une corrida !
Tout comme ensuite celui de Vauvert où je compte bien montrer mon évolution et satisfaire l’aficion régionale… tout comme les différentes empresas…
L’Espagne ? C’est très compliqué, il existe des circuits que je préfère éviter et à partir de là, l’horizon est plutôt bouché. La seule issue consisterait à s’inscrire pour la Copa Chenel, je l’ai déjà fait, sans pour autant y être retenu. Mais ça reste une piste… Où que ce soit, si je pouvais parvenir à une vingtaine cde courses, je serais évidemment comblé.
Concernant la temporada 2027, je ne vais pas vraiment couper car j’ai déjà un engagement en janvier au Pérou où j’ai très envie de marquer des points d’emblée pour me rendre le chemin plus facile. Ici et là, les empresas ont été contactées et il est bien certain que je ferai tout pour rester dans l’actualité… »
J’ai trouvé au cours de cet entretien le protégé de Manolo Vanegas aussi réaliste que déterminé, toujours en phase de préparation avec un moral étayé par la perspective de ces deux prochains festivals. Pour lesquels on lui souhaite, bien entendu, le meilleur. Suerte, Andy…







