Femmes : María Luisa, l’amoureuse…

 

Née en 1911, originaire de Guadix, María Luisa Jiménez femme d’une beauté hors du commun surnommée «La Passionaria de l’Albaicín», était l’épouse du torero grenadin Miguel Morilla «El Atarfeño», très aimé à Grenade où Belmonte avait promis de lui donner l’alternative et mort tragiquement dans la vieille Plaza del Triunfo le 2 septembre 1934, sous les yeux de Luisita.

« Eran poco más de las seis de la tarde del 2 de septiembre de 1934 en la vieja Plaza del Triunfo de Granada, cuando el toro “Estrellita”, de Moreno Santamaría, atravesaba con rabia el vientre del novillero Miguel Morilla “Atarfeño”. Su mujer María Luisa Jiménez que estaba en uno de los palcos de la plaza, daba un grito espeluznante como si le hubieran quitado la vida. Corrió como una gacela hacia la enfermería donde habían llevado a su marido herido de muerte por asta de toro. No querían dejarla entrar por el aspecto tan horrible que tenía la herida, pero finalmente no tuvieron mas remedio. Su marido yacía inerte en la camilla. Sin conocimiento. El brazo izquierdo había quedado descolgado del resto, caído como señalando cruelmente un enorme charco de sangre que se había formado en el suelo. » rapporte la PQR de l’époque.

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans la ville et après l’annonce officielle du décès d’«El Atarfeño», on tendit   des crêpes noirs sur la façade de l’Hôtel de Ville ; quelque temps après, Grenade organisa une corrida de bienfaisance au bénéfice de la veuve et de Miguelillo, son fils orphelin.

Avec l’argent de l’acto – plus de trente mille pesetas – María Luisa acheta une maison qu’elle fit enregistrer au nom de Miguelillo.

Moins d’un an plus tard, le 4 juin 1935, le journal «La Estampa» titrait : « María Luisa Jiménez, la viuda de Atarfeño se entrenaba asiduamente para presentarse en la misma plaza de Granada donde había caído muerto no hacía ni un año su marido”. ¿ Estamos ante un caso de afición intensa, o ante una voluntad decidida a no olvidar al muerto por amor y lealtad ?».

 Et sur l’affiche du 22 juin 1935 on pouvait lire: “Se lidiarán, banderillearán, y serán muertos a estoque seis hermosos novillos de la acreditada ganadería de la señora viuda de Villamarta, con divisa verde botella y oro viejo. Primera parte, dos bravos becerros para la presentación de la valiente Luisita Jiménez “Atarfeña”, viuda del infortunado diestro Atarfeño, que alternará con Alfonso Ordóñez “Niño de la Palma II” de Ronda y Enrique Millet “Trinitario II” de Málaga”.

Le 22 juin 1935, María Luisa, habillée de torero, sortit de l’hôtel «Internacional» : « No vistió aquel día traje de luces, sino que vistió de corto: pantalón negro no muy ceñido y chaquetilla de piqué blanco, sobre una camisa de seda de cuello abierto. Sobre su pelo ondulado se encasquetó una gorrilla que le daba un bello aspecto de niña atrevida y traviesa ».

A Emilio Fornet, le revistero de «La Estampa» qui l’interviewait, elle répondit : « Je n’étais pas aficionada jusqu’à ce que je le rencontre il y a quatre ans. Nous avons eu une relation pendant une dizaine de jours et nous nous sommes mariés tout de suite. Je suis granadina, née à Guadix, et depuis que nous nous sommes rencontrés j’ai développé une immense passion pour la fiesta brava. J’ai assisté à toutes ses corridas, toutes, jusqu’à la fatale… De son vivant, Miguel et moi allions dans les dehesas pour toréer ensemble et il m’entraînait. On parlait même du fait que je ferai mes débuts avec lui à Grenade. Je l’ai vu toréer à Madrid et j’étais tranquille. Je ne pensais à rien de tragique, ni au fait que notre fils pourrait devenir orphelin. Maintenant, il a deux ans, il s’appelle Miguel, comme son père. Je ne veux pas qu’il soit torero. Ce que je désire, c’est gagner de l’argent avec les toros pour qu’il ne le soit pas et vive bien».

Elle fit le paseo brassard noir au bras gauche et connut un fracaso gordo ; prise d’un malaise soudain provoqué selon les chroniqueurs taurins de l’époque par la peur, elle s’évanouit, ses subalternes devant l’évacuer de la piste en la portant et elle ne parvint pas à tuer le novillo.

Après cette prestation catastrophique, Luisita poursuivit son entraînement et continua de toréer.

Elle se produisit principalement dans des arènes andalouses et ne participa qu’à deux reprises à des spectacles au nord de la Sierra Morena. Il existe peu de traces de ses prestations si ce n’est l’une d’elles particulièrement marquante : le 10 août 1935, à Saragosse elle provoqua un scandale en refusant d’affronter un toro, prétextant qu’il était trop gros et passa la nuit au poste de police.

Après sa dernière apparition dans sa ville natale le 3 mai 1936 et sa despedida à Tomelloso le 26 juin, elle disparut sans laisser de traces jusqu’à ce qu’un journaliste local la retrouve dans la Sierra Nevada où elle prenait des cours de ski avec un moniteur. Luisita lui confia avoir appris le ski et l’alpinisme car un producteur hollywoodien lui avait proposé un rôle à plusieurs millions de dollars dans un film d’action sur le thème de la tauromachie.

On dit qu’elle partit avec son fils pour l’Amérique du Nord en juin 1936 alors que d’autres affirment que durant la guerre civile espagnole, elle séjourna quelque temps en Espagne et qu’elle fut emprisonnée à Baza par les républicains, « parce qu’ils disaient que j’étais une espionne ».  On dit qu’elle revint à Grenade dans les années 1960 avec beaucoup de pognon qu’elle investit dans l’achat et la location de biens immobiliers.

Elle prétendait avoir tourné plusieurs films à Hollywood… ; d’autres témoignages laissent entendre qu’elle avait travaillé comme prostituée de luxe au Mexique…

On raconte aussi que Lorca lui aurait composé un poème dont le manuscrit aurait disparu dans un incendie au début de la guerre civile :

« Granaína y morena,/ritmo y rango/aire, clavel y albahaca/un fino cuerpo, en la castiza capa, y en los labios/los ecos gitanos de un tango/El amor te hizo torera. Sangre y arena./Que un toro mató a Atarfeño, torero de clara vena/y quieres vengar su muerte/por no morirte de pena./Luisa Jiménez, torera./Gitana estampa morena. Ritmo y rango./en tus pupilas serenas/se hace más honda la pena,/nostálgica de un fandango./Sol amarillo caliente,/sombra y luto de la plaza./Donde un torero valiente/de íbera alegoría/buscó gloria/y halló muerte./Alma de mi Andalucía./Guitarra de rubio vientre./Que no cese la alegría./que no le falte en su tumba/la flor de una bulería./Y por corona,/el cordobés de ancha ala./La gala triunfal,/la galade la alegre Andalucía ».

 María Luisa Jiménez “Atarfeña”, l’amoureuse, mourut à Grenade le 2 octobre 1983 à soixante et onze ans…

Patrice Quiot