Femmes : «Angela», la militante…

 

María de los Ángeles Hernández Gómez « Ángela » est née à Alicante  le 2 août 1946 avant de déménager très jeune à Algesiras où son père occupait la fonction de poste garde civil. Sa passion pour la tauromachie et sa vocation à devenir torera lui vinrent en assistant à des spectacles dans la province de Cadix avec son père et ses cinq frères et sœurs ; elle fit ses gammes auprès de toreros tels que Francisco Esplá ou Enrique Beltrán.

Orpheline à quinze ans, elle dut enchaîner les petits boulots (cueillette de tomates, vente de pommes de terre, distribution de journaux…) pour subvenir à ses besoins ; elle travailla également comme figurante au cinéma, doublant notamment Claudia Cardinale.

Sa carrière professionnelle dans le monde de la tauromachie débuta à cheval ; en 1965, elle participa à trente corridas dans le sud de la France et partagea l’affiche avec des toreros de renom tels que Manuel Vidrié et Gregorio Moreno Pidal. En juillet 1968, elle partit pour l’Amérique où elle put se consacrer à sa véritable vocation : la tauromachie à pied et fit ses débuts à Monterrey le 10 août 1969 avant de toréer au Venezuela, au Pérou, au Guatemala et au Panama. En 1970, «Angela», revint en Espagne après avoir été gravement blessée à l’estomac.

À son retour d’Amérique, l’interdiction faite aux femmes de participer à la corrida conduisit «Angela» à entreprendre son propre combat pour obtenir l’égalité des droits dans les arènes. En 1972, représentée par l’avocat José Briones, elle entama une bataille juridique pour abroger l’article 49, paragraphe C, du Règlement taurin qui stipulait cette interdiction. La bataille devant les tribunaux dura trois ans et fut portée devant la Cour suprême.

Durant cette période, «Angela» subit de fortes pressions pour abandonner le combat, notamment de la part de la Agrupación Sindical de Matadores y Novilleros qui était prête à l’admettre à condition qu’elle renonçât à son combat. Malgré cela, elle reçut beaucoup de soutien, le plus notable venant d’une pétition adressée au Sindicato Nacional del Espectáculo demandant la reconnaissance et l’autorisation pour les femmes de combattre à pied et signée par plus d’une centaine de collègues, dont les toreros Paco Camino, Diego Puerta, Palomo Linares et Curro Romero, des apoderados tels que les frères Lozano ou des éleveurs comme Fermín Bohórquez, Pablo Lozano ou Antonio Mendes.

Son combat militant aboutit à l’annonce de son inclusion dans un festival à Higuera la Real (Badajoz) le 7 octobre 1973 avec Enrique Muñoz «Lebrija», Alfonso Martín, Luís Gil et «El Campanero». Cependant, sa participation ne se concrétisa pas car la veille de l’événement, une notification de suspension lui parvint du ministère de l’Intérieur ; situation qui se répéta le 8 décembre 1973 à Santa Olalla de Cala (Huelva) et le 26 mai 1974 à Utrera (Séville).

Finalement, le 10 août 1974, le ministère de l’Intérieur publia un arrêté décrétant la suspension de l’article 49, paragraphe C, du règlement de 1962 sur la tauromachie et «Angela», fit ses débuts en Espagne comme torero à pied le 15 septembre 1974 lors d’un festival organisé à Jerez de los Caballeros aux côtés d’Antonio Lebreja, Pepe Cámara, Antonio Medina et José Cubero Yiyo.

En suivant, elle triompha à Santa Olalla de Cala (Huelva), Morón de la Frontera (Séville) et Écija (Séville). Un grave accident de la route le 2 décembre 1974 l’éloigna des arènes pendant une longue période.

Au début de la saison 1975, elle se sépara de son premier manager, Paco Ruiz, et signa avec Manuel Cano qui lui offrit un contrat d’exclusivité pour 60 NSP en Espagne et 20 autres aux États-Unis. La même année, elle fit ses débuts avec picadors à Palma de Majorque et pratiqua son activité jusqu’en 1977 où une série de blessures l’obligea à faire sa despedida, réapparaissant cependant en Amérique en 1986 et en Espagne en 1990.

Ayant pris définitivement sa retraite cette année-là, «Angela», ne perdit jamais le contact avec le mundillo, notamment comme gestionnaire de toreros tels que Luís Rubias Valero (1984/), Ignacio Ríos (empresa actuel de Valdemorillo) et Conchi Ríos (1991/) ou comme représentante de ganaderí

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María de los Ángeles Hernández Gómez «Angela», la militante aux trois cents novilladas et dix-sept blessures, est morte à Madrid le 2 mars 2017…

Patrice Quiot