Sang et Lumières sur Lachepaillet : grave coup de corne pour Juan de Castilla, Fernando Molina blessé…

 

2/3 d’arène. Six taureaux de Arauz de Robles.

Au premier taureau difficile de Arauz de Robles. Coup de corne avec beaucoup de sang pour Juan de Castilla. 1 oreille. Il part directement à l’infirmerie.

Deux blessures graves à la jambe gauche… Juan de Castilla a été opéré avec succès à la Clinique Belharra de Bayonne où il est opéré de deux graves coups de corne – dont une avec deux trajectoires de 25 et 10 centimètres – qu’il a subies dans les arènes de Bayonne. « Dieu merci, c’est une bonne nouvelle », déclare Jesús Salas, l’apoderado de Juan de Castilla, après son intervention réussie : « La corne est passée à quelques centimètres de l’anus. Heureusement, aucun organe n’est touché ». La corne est entrée par l’arrière de la région inguinale, soulevant le torero, qui est resté suspendu. Le Colombien est soigné pour deux graves coups ; un plus étendu, mais propre avec deux trajectoires. Une de 25 centimètres sur la jambe gauche, un autre de 10 centimètres ; et un second coup de corne, plus profond, qui remonte presque jusqu’à l’anus.

La corrida a été interrompue pour permettre le transfert à l’hôpital.

Vuelta pour Rafael Serna après avis au deuxième taureau.

Vuelta après avis pour Dorian Canton au 3ème taureau

Vuelta pour Fernando Molina au 4ème taureau

Vuelta pour Victor Hernández au 5ème taureau

 

Après vote du public c’est Fernando Molina qui affronte le dernier taureau, le plus lourd (568 kilos) du lot.

Sixième taureau pour Fernando Molina : blessure également au moment de mettre un descabello. Il vole en l’air haut, retombe lourdement et part à l’infirmerie dans les bras de deux banderilleros.

Joseph Peyré, le grand écrivain taurin béarnais, auteur du prix Goncourt « Sang et Lumières » (à relire) aurait aimé cette tragique après-midi de Lachepaillet. D’abord parce qu’il aurait été sensible à la présence d’un compatriote, Dorian Canton, qui n’a pas déparé dans cette jeune élite et surtout par la persistance de ce frisson donné par un danger permanent, de cette vérité du combat, de sa violence et aussi (hélas !) de la douleur de la blessure. Le quintet invité a eu bien du courage et du mérite à surpasser les menaces, montrant ainsi que le métier de torero n’est pas une sinécure et qu’en piste l’on ne plaisante pas avec le toro encasté. Ils sont allés ainsi du « sang aux lumières ». Oui la vie est tragique et le courage reste le destin de l’Homme, son recours ultime.

Le lot d’Arauz de Robles n’était pas d’allure à plaisanter : haut, long, armé jusqu’aux dents de défenses astifinas : dès sa sortie, il faisait trembler. Un lot âpre pour le torero, qu’il fallait consentir mais aussi dominer ce qui pour nos « promesses » (c’était la corrida des promesses) étaient un rude défi. Un ensemble qui développa du sentido et qui s’avéra dangereux jusqu’à sa dernière seconde. Le pire fut le sixième, le plus accommodant le quatrième… Les deux échurent à Molina : justice immanente. Bref, ce n’était pas de la tarte, mais disons-le, les cinq « promesses » ont été à la hauteur du défi, chacune à leur manière. Respect et bravo !

Juan de Castilla est habitué à ces tardes de coupe-gorge. Il supporta avec le courage qu’on lui connaît la charge incertaine et vicieuse de son adversaire mais, croyant avoir gagné la bataille, il donna une ultime série avec un relâchement qui lui coûta une cornada terrible, de deux trajectoires, empitonado sur la cuisse droite durant des secondes d’horreur. Il revint malgré tout, le costume ensanglanté, pour une estocade entière, coupant une oreille qui récompensa l’incroyable volonté du jeune Colombien.

Rafael Serna fut, lui aussi, aux prises avec une opposition peu amène. Il montra cependant sa classe, son élégance et parvint par moments à donner de bonnes séries de la gauche surtout, avec du temple et du « garbo ». Il a de l’allure et de la personnalité et on l’a vu ici, ces qualités ornementales s’appuient sur une maîtrise du combat qui lui a permis de dominer un sujet rétif. Trois pinchazos et une entière tombée douchèrent ses espérances.

Comment se comporterait Dorian Canton dans cette rencontre qui s’annonçait si disputée ? Il dut attendre un long moment, la course étant paralysée par la blessure de De Castilla, avant de donner sa réponse dans un contexte devenu pesant en raison de la violence de la cornada. Disons-le tout net : Dorian a été à la hauteur. Serein du début à la fin, comme un vieux briscard, il a d’abord montré sa classe à la cape. Très bon début à la muleta avec une longue séquence à droite ; le toro, exigeant lui-aussi, répondant à ses invites. Hélas, les choses changèrent quand il prit la gauche: l’animal se mit sur la défensive et partit en querencia. L’ambiance retomba et Dorian se défit de son adversaire par deux pinchazos et une épée basse.

Fernando Molina eut la chance de se confronter à un premier opposant vibrant, émouvant, qui transmit sa volonté de combattre aux gradins. Le jeune homme saisit l’opportunité et construisit un trasteo complet assumant la charge du toro et connectant ainsi avec l’ensemble du public. Ce ne fut pas toujours parfait, mais cette alegría, cette envie et cette capacité de s’accorder avec l’animal plut au public. C’est ainsi qu’il se qualifia pour tuer le sixième, manso, dangereux dont il se sépara rapidement ce qui ne l’empêcha pas de se faire blesser lors d’un ultime « areón » de l’Arauz au moment de porter le descabello.

Enfin, Víctor Hernández montra sa maturité. Construisant sa faena passe par passe, avec une assurance hautaine et sans jamais céder aux mauvaises intentions de l’adversaire. Ce toreo mature, sérieux et subtil, exécuté dans les canons de l’orthodoxie, laissa le public un peu distant. Sans doute avait-il eu son compte d’émotions au préalable pour percevoir clairement les bonnes manières du Madrilène. Une entière bien portée en conclusion permit à Victor de faire une vuelta bien méritée… comme celles de ses camarades… minces récompenses en réalité des immenses efforts de cette jeunesse courageuse et talentueuse.

Mieux que des promesses !   

Corridasi – Pierre Vidal – Photographies Bruno Lasnier

 

Matin. Bonne novillada d’El Montecillo…

 

Moins d’un quart. Novillos de El Montecillo. Tous plus de 480 kilos. Avec parfois de fortes piques, intéressants et exigeants pour les novilleros.

 

Cristiano Torres : Tour de piste après pétition et bronca au président et tour de piste après deux avis.

Son premier novillo est le plus faible du lot et il ne peut pas nous montrer ses capacités mais il tue d’une bonne estocade au 1er essai. Il profite bien des qualités de son second novillo et nous montre alors l’étendue de son talent. Malheureusement, plusieurs tentatives ratées avec le descabello vont l’empêcher de couper… au moins une oreille.

 

Martín Morilla : Silence après avis et silence après avis.

Assez transparent aujourd’hui, le protégé de Juan José Padilla a peu montré envie et courage mais plutôt sa peur devant il est vrai un lot de taureaux sérieusement présenté, mais pas plus que ses collègues de cartel.

 

Pedro Luis : Oreille et applaudissements après avis.

C’est le novillero qui nous a paru le plus complet et le plus à l’aise ce matin. Ce garçon est intelligent et courageux et sait manier la muleta des deux mains, même avec un taureau compliqué. Il rate la grande porte car le sixième taureau est réfugié dans les planches et il est difficile à tuer. Il avait déjà triomphé à Bayonne. Un novillero péruvien à suivre de près. Il a dernièrement été très remarqué début juillet à Las Ventas.

La Peña Taurina Côte Basque a remis le prix du quite le plus artistique à Pedro Luís.

Photographies Bruno Lasnier.