Les ganaderos de la vertu…

 

Ils essayent de vivre sur un pays.

Qui n’a pas l’arrogance de s’appeler finca.

Ils ne montent pas à cheval vêtus de «Barbour».

Mais vont en jeans rapiécés et bottes de caoutchouc.

Ils ramassent le foin et donnent à manger aux bêtes.

Sans vaqueros salariés pour le faire.

Ils n’ont pas des centaines d’hectares et des comptes en banque à six chiffres.

Qui rendraient leur quotidien différent.

Ils n’ont pas de mayoral qui les vouvoie en baissant la tête.

Mais des amateurs qui viennent si besoin leur donner la main.

Ils n’ont pas de 4/4 rutilants de chrome.

Mais de veilles tires réparées dans la grange.

Ils n’ont pas la prétention ostentatoire.

De ceux dont la camada de l’année est déjà réservée.

Et leurs noms.

N’ont pas de particules.

Leur vertu forgée au froid de l’hiver et au brûlant de l’été.

Est celle des humbles.

Leurs mains sont calleuses du travail journalier.

El leurs rides celles des échéances.

Leurs bouches sont douces.

Comme le miel des abeilles noires qui habitent les troncs d’arbre.

Leurs lèvres.

Ignorent la fausseté du mensonge.

Leurs yeux ont la luminosité de la patience.

Et leurs sourires l’éclat de la simplicité.

Odorante de terre, de grésil et de rugosité.

A la franchise d’une poignée de mains.

Leur langue est belle.

Du juste et du bien.

Et sans emphase.

Sonne de la grandeur du vrai.

Ils vont dans leurs vies.

A l’amble de leur cœur.

Qui bat au rythme.

De leurs devises et de leurs escoussures.

Créés dans la sueur de la peine.

De la passion qui les anime.

Et maintenues vivantes.

Par de nécessaires festivités de groupes.

Se nourrissant des couleurs de l’espoir.

Blanche, bleue ou orange.

La première qui fait tomber les oreilles.

La seconde qui honore le lignage d’un sang qui est presque le leur.

Et la troisième.

Qui transforme une destinée de mort en espérance de naissance des mêmes.

«Travaillez, prenez de la peine : 

C’est le fonds qui manque le moins».écrivait Jean de La Fontaine.

C’est ce qu’ils font.

De l’amanecer à l’anochecer.

Eux, soldats de l’an II des armées de Carnot.

Chouans de celles de François Athanase Charrette.

Des berges du Rhône.

Aux barthes de l’Adour.

De la terre cathare.

A celle de d’Artagnan.

Eux, ganaderos français de l’ombre.

Que j’espère voir un jour au soleil d’Austerlitz.

Illuminant en une fin d’après-midi.

Des Puertas Grandes ou du Prince.

Ils ont Michel, Jean-Pierre, Pascal, Vincent, Robert, Roland, Rafael, Lucien, Louis, Alain.

Mais aussi Patrick, Jean-Louis, Pierre, Raphael, Philippe, Serge et autres comme prénoms.

Et tous.

Immenses de vertu torera ils sont.

Patrice Quiot