Faim hideuse, faim splendide…
Faim hideuse.
Celle des enfants au ventre gonflé.
Celle des camps.
Celle qui ronge
Qui rend fou.
Celle des chasseurs Masaï nourris du sang à la carotide des vaches.
Des nuits de pluie froide sous les cartons.
Des sans dents des files d’attente du Secours Populaire.
Celle de Cosette.
Du pain de Jean Valjean.
De l’herbe bouillie de la guerre civile.
Des chabolas de la Cañada Real et des Tres Mil Viviendas.
Faim plus forte que les cornadas.
Celle des maletillas en guenilles.
Du baluchon à carreaux et de la poussière des routes.
Et celle du voleur de poules de Palma del Río.
Faim splendide.
Celle du nom sur toutes les affiches.
Celle du soleil des bouquets de fleurs de Van Gogh.
Celle du coche de cuadrilla sur la route de Séville à Madrid.
Des arrivées dans les villes à l’heure du laitier.
Et du salut respectueux du veilleur de nuit.
Faim des trajes de Fermín, de la Nati ou de Pelayo
De l’avion qui traverse le «charco».
Celle des triomphes.
Celle des entradas offertes aux amis.
Des sorties sur les épaules.
Des machos arrachés par des mains inconnues.
Des lustres des palaces.
Des lèvres des filles.
Du téléphone qui n’arrête pas de sonner
Et celle du champagne bu au goulot dans la chambre…
Patrice Quiot


