Au 20 de la rue Jean Reboul, j’allais, vais et irai encore… (2)
Au «Prolé» la fête.
Est belle.
Comme.
Celle d’une révolution joyeuse.
De paroles.
De liberté et d’abrazos sincères.
On y retrouve.
La vérité que l’on cherche.
Dans la vie.
Ou dans le toreo.
Loin des scellés.
Qui le condamnèrent en septembre 1939.
Loin du franquisme.
De mala muerte.
Quand Juan Belmonte Campoy.
Était leader de l’escalafón.
Mais près de l’Espagne.
Garrottée.
Par ceux qui.
Entre Viznar et Alcafar.
Tuèrent.
Un rossignol.
Au «Prolé» dans les années.
Cinquante.
Les tables et les chaises.
Etaient peintes en rouge.
Et c’était bien.
Ainsi.
Au «Prolé» dans les sixties.
La cour aux mûriers s’ouvrait sur toute la ville.
Des élèves du lycée Alphonse Daudet.
Aux mécanos de la gare de marchandises.
De la route de Sauve.
A Calvas, à tous il s’ouvrait.
Dans une farandole.
De poings levés.
Quand Nikita Khrouchtchev vint à Nîmes.
Le «Prolé» s’habilla de luces aux couleurs de l’Union Soviétique.
Et Youri Gagarine.
Y fut reçu.
Quand le bar en face.
S’appelait “Cuba Libre”.
Trois ans après.
La faena de Benítez du 17 mai 1964.
Au «Prolé» on allait les mains dans les poches.
Dans la jeunesse de «Capea»
Au «Prolé» on allait en mobylette
Avec la fougue de «Miguelín ».
Au « Prolé» on allait à pied.
Avec Michel Gilles, Christian Liger et Maurice Laurent.
Au « Prolé » on allait en cheveux longs.
Avec la rabia de «Paquirri».
On y trinquait.
A l’élégance du «Viti».
Ou au visage grave.
De Dámaso.
On y chantait.
La belle vie d’Aragon ou de Ferrat.
De «La rose et le réséda».
A «Potemkine».
On y dansait.
La Carmagnole en pattes d’eph et bottes gardianes.
Avec toujours.
Le même plaisir.
Un beau livre.
Dans la tête.
Et une muleta rouge.
Dans le cœur.
Au n°20 de la rue Jean Reboul, j’allais.
Vais et irai encore…
Patrice Quiot
