Chroniques salmantines 2026 : L’arrivée…

 L’ARRIVÉE

 

Peu à peu, au cours de la journée de dimanche, arrivaient les participants au stage 2026.

Le premier à s’installer a été Israel Guirao, accompagné de ses parents, qui voulaient savoir dans quel type d’ambiance ils allaient laisser leur « petit ». Partis rassurés, Israel s’installa tranquillement dans sa chambre.

Puis, ce fut au tour de Mathieu et de son épouse Julie, de nous rejoindre. Ils avaient émis l’idée de venir nous voir une paire de jours, histoire de se mettre dans cette atmosphère si particulière. Ils avaient amené leurs ordinateurs portables, car ils n’arrêtaient que rarement leur travail, mais tenaient à vivre des moments intenses, les technologies leur permettant de ne pas casser leur rythme de travail effréné. Selon cette méthode, ils avaient tenté l’aventure l’an dernier, en parcourant l’Europe entière, de la Norvège à la Grèce, en passant par le Portugal, avec leur bébé et leurs portables. Ils en gardaient des étoiles plein les yeux quand ils évoquaient leur périple. Je ne serais pas étonnée qu’ils soient en train d’en imaginer un autre dans quelques temps.

Mathieu avait été élève du CFT, dans le milieu des années 90, avec une quarantaine de novilladas à son actif, en trois temporadas, coupant des oreilles, toréant au cartel avec El Juli, à Alès notamment, lui volant même la vedette ! Il en avait gardé une indéfectible amitié avec le maestro Le Sur et avait toujours soutenu le CFT. Il avait une aficion profondément ancrée et surtout, lorsqu’il s’abandonnait, quelques fois, au cours de fêtes entre amis, à taquiner la muleta, il faisait montre d’une réelle élégance, d’un temple, qui me fascinaient toujours. Il voulait transmettre sa passion à Julie, qui était ravie de cette nouvelle expérience.

Quelques moments plus tard, Jean-Luc et Alain arrivèrent, tout souriants. De par leur grande proximité avec Clovis, ils étaient désormais d’habituels usagers de ces autovías de l’Espagne profonde, qu’ils parcouraient, dans tous les sens, notamment ces dernières semaines, par des temps de pluies diluviennes, tempêtes et brouillards, d’arbres tombés sur les routes et autres joyeusetés réservées à ces aventuriers des temps modernes.

Le groupe commençait à s’agréger, tout ça prenait forme peu à peu.

Nous savions que le maestro Clemente était en route, parcourant plein nord la vía de la plata, pour nous rejoindre avec Tomas Ubeda, son fidèle banderillero. Le maestro Juan, après son festival portugais, ne tarderait pas non plus à arriver.

Marie-Reine s’annonça autour de 21h, en gare de Salamanca, avec Auguste, son petit-fils, qui avait très envie de découvrir ce monde, qui le fascinait sans vraiment le connaitre. Il allait en prendre plein les yeux, c’est sûr. Marie-Reine n’était pas venue depuis nos stages basés au Cruce, à la Fuente de San Estéban, voici quelques années. Elle découvrait notre « camp de base » avec une certaine satisfaction, tant l’établissement offrait des commodités inimaginables dans notre ancienne pension, qui avait su garder un certain « charme » étant resté totalement dans son jus, jusqu’à sa fermeture, voici près de dix ans.

Clovis arriva ensuite, depuis la Carlota, où il avait disputé un Bolsín, qui devait lui permettre encore un succès car il avait été sélectionné pour la finale. Il est arrivé en souriant et très heureux de faire partie de cette aventure. Il avait enchainé les victoires, depuis plusieurs temporadas, il se retrouvait auréolé du statut de meilleur novillero français sans picadors, il lui fallait à la fois apprécier ses succès et garder la tête froide, afin de ne pas se décentrer. Etant très bien entouré, il n’aurait probablement pas grande difficulté à rester concentré.

Installés autour d’une grande table ronde, la douzaine de convives que nous étions a pu se régaler de mets délicieux, en devisant sur les vieux souvenirs et les dernières actualités taurines.

Puis, vers 23h45, est arrivé le maestro Juan, tout sourire, pour immédiatement nous faire part de l’organisation du lendemain. Comme il était pour moi inenvisageable que nous soyons 13 à table, je me levai immédiatement de ma chaise, sirotant ma tisane digestive, non loin de là !

Il a donc sorti son agenda papier, griffonné de nombreuses fois avec des tableaux, cadres et autres répartitions de toreros et ganado, pour annoncer qu’aurait lieu, lundi matin, un sorteo pour identifier qui allait toréer, quels jours, quels bétails et dans quel ordre.

Il lui avait fallu prendre en compte une foultitude de cas particuliers, d’absence des uns et des autres, pour des motifs tous légitimes et professionnels, mélangés avec une bonne dose de sort, comme seuls les toreros pouvaient apprécier. Il était parti avec 4 matadores de M1 à M4, deux novilleros piqués de N1 à N2 et les deux novilleros sans picadors de S1 à S2. Je me retrouvais dans mes jeunes années scolaires, en pleine théorie des ensembles ! Ça paraissait de prime abord compliqué et pourtant, ce n’était pas dénué d’une certaine logique mathématique, qui me surprit au départ, mais qui a démontré toute son efficacité dès le lendemain matin au sorteo.

Celui qui ferma le bal des arrivées dominicales fut le maestro Clemente, accompagné de Tomas. Eux aussi, arrivèrent fatigués mais souriants. Une boisson chaude au bar pour échanger avec eux et vers 1 heure, nous sommes tous montés nous coucher, avec le sentiment que tout commençait à prendre forme pour le lendemain. Rendez-vous était pris à 9h30 pour le sorteo, un footing, une séance de toreo de salon, avant le déjeuner et la première tienta du stage 2026.

Aussi, lundi, quand je suis entrée dans la salle principale, vers 9h15, ils étaient déjà tous en tenue, attendant le fameux sorteo, qui allait régir le rythme des sorties, lors des tientas à venir. Cela fut fait, dans le brouhaha habituel d’une salle de bar espagnole, mais non sans le cérémonial que les taurins adoptent pour tout ce qui concerne le toro. C’était comme ça !

Pourtant, de petits papiers à cigarettes, nous n’en avions pas, des morceaux de papier de l’agenda de Juan feraient l’affaire. Par ordre d’ancienneté d’alternative, chacun tira son papier, plongeant la main entre deux casquettes. Le maestro Le Sur tirerait pour Javier Cuartero, qui doit au même moment être de retour d’Aguascalientes, où il avait toréé la veille, pas trop mal d’après ce que nous rapporta Jean-Luc. Des exactions au Mexique nous font craindre pour un retour en sécurité de ce novillero. A suivre.

Vers 9h30, chacun connaissait son programme pour la semaine, la logique, la théorie des ensembles et les mathématiques ayant permis de résoudre toutes les questions en suspens. Ils sont forts ces mathématiciens !

Il n’y avait plus qu’à.

Tout ce petit monde s’est rassemblé dehors, pour un footing de décrassage, autour de la Rad, 7 petits kilomètres, par un superbe soleil hivernal.

Pour Tommy, la matinée était consacrée au toilettage, il apparut à midi, aboyant pour s’annoncer, très fier de sa nouvelle coiffure, qu’il ne manquait pas de faire admirer entre les tables du bar toujours animé à ces heures.

Cet après-midi, allaient donc toréer Juan, Rafi et Israël. Il avait été décidé que Clovis et Israel (S1 et S2 !!!), sortiraient de second à chacune des vaches prévues cette semaine.

Joaquin, le chef cuisinier de la Rad avait imaginé le menu du déjeuner, à base de veau confit, mais surtout de haricots blancs ! Ce n’était pas, a priori, hyper hyper diététique pour des sportifs qui allaient devoir courir partout pendant plusieurs heures. Mais, tant pis, ils avaient rigolé en se disant que ça les aiderait à rester quietos ! On allait le voir rapidement.

La ganaderia de Fernando Angoso se situait à 40 minutes d’ici, en direction de Ciudad Rodrigo, il nous fallait décaler vers 14h30-14h45. Le déjeuner serait donc servi très tôt vers 13h30.

Vers 14h déboule le maestro Solal, tout droit venu de son enterrement de vie de garçon, qui se déroulait à Châteauneuf du Pape. Quel joli choix ! Il nous raconte cet excellent moment d’amitié passé ces derniers jours.

Vers 15h, nous sommes donc partis, sur la A62 direction la Fuente de San Estéban, puis après Buena Madre, direction plein nord, sur quelques kilomètres d’une route droite se trouvait une magnifique finca, non loin de la SA 315.

15h45. Nous y sommes. Il fait un temps superbe, les chemins sont détrempés mais très praticables.

C’est une placita parmi les plus anciennes de la zone, de hauts murs en pierre, les chiqueros en pierre et granit. L’apartado se fait calmement.

Dans le palco, 3 hommes dont Alberto, l’apoderado de Juan, et un monsieur assez âgé, le ganadero en personne, qui raconte des anecdotes comme il s’en trouve toujours dans ce genre de lieu. Il a surtout été très longtemps chirurgien, c’est un peu comme notre Jean-Yves, il a donc forcément beaucoup d’anecdotes et il est très bavard !

3 chevaux de picadores sont prêts. Ils n’ont jamais été dans le ruedo pour la pique, l’éleveur veut les tester.

15h52 : première vache rousse, pour Juan, il inaugure la semaine d’entrainement.

Pas de vent, un soleil chaud d’hiver, cette bonne vache qui va au cheval. Le rêve !

15h58 muleta. Le bétail est d’origine García Jiménez et quel bétail !

« Bien, bien » ponctuent les Messieurs au palco.

Alberto susurre des conseils à Juan, il n’y a que nous dans cet endroit, c’est très serein. Le chant des oiseaux, le reflet du campo dans des petits lacs improvisés par les fortes pluies.

Un coin de paradis.

Et cette vache qui boit la muleta, sans se fatiguer ou presque. Juan est très élégant.

Julie et Mathieu sont assis sur un mur de séparation avec les chiqueros, en plein soleil, aussi concentrés qu’hier ils l’étaient devant leurs écrans, ne voulant rien perdre du spectacle.

16h09, fin d’intervention de Juan.

Clovis sort de second.

Cette vache est toujours aussi assoiffée et Clovis en profite pour de beaux gestes.

16h13. Les 3 plus jeunes l’attrapent, piqûre de vaccin et médecine administrée par seringue. Puis sortie vers un chiquero.

16h16. Bruit métallique de la porte et du loquet.

Clément et Solal à la manœuvre sur les chiqueros.

16h22. Une autre vache « muy parecida a la otra » dit l’éleveur. C’est vrai. Elle est pour Rafi.

Elle va au cheval et doit être décollée !

A torear. 16h25.

La vache est excellente, Rafi aussi.

Pas de bruits sinon les oiseaux, le bruit des sabots et la respiration du torero.

16h30, la vache commence à être distraite mais revient dans la muleta

16h34, un jeune présent s’essaie à la muleta. C’est plus compliqué, moins d’expérience, ça se constate immédiatement.

Puis, tout à coup, on voit partir un des vachers à toute allure, 2 chevaux de picadores se sont échappés, vers les toros, dans le clos voisin. Une envie d’évasion, on peut les comprendre.

16h39. Retour des chevaux et rentrée de la vache.

Et le ganadero est toujours très bavard.

16h45 : 3ème vache, une noiraude. Elle a du gaz, pour Israel.

Elle répond aux sollicitations du picador chaque fois. Sauf la 3ème fois où elle ignore totalement cet individu qui crie, assis sur un cheval avec manteau rembourré.

16h50 : Autres picotazos et a torear.

Muleta pour Israel.

« Ne t’éloigne pas trop d’elle » lui dit Juan, le ganadero confirme. Malgré sa conversation quasi ininterrompue sur les histoires familiales et de l’élevage, il sait très bien ce qu’il en est.

La vache est aussi assoiffée que ses copines. Israel termine très bien son exercice, se rapprochant très près de l’animal, il s’entraîne à la mort, c’est très bénéfique pour lui.

17h03. Un autre jeune s’essaie. Vache toujours bouche fermée.

17h06 : culbute pour un soin de vaccination.

17h08 : rentrée de la vache qui ressort violemment. Elle est raccompagnée.

Le maestro Le Sur félicite Israël.

17h12 : 4ème vache, une roussette.

Elle parcourt la moitié du ruedo et se dirige vers le mur et saute comme pour passer au-dessus du mur, par 2 fois. Il faut tout le savoir-faire de Juan pour canaliser cette bête et la fixer au centre pour le cheval.

Mathieu a jailli pour récupérer, dans sa voiture, sa muleta qu’il avait emportée au cas où, ça le titille fortement.

Rafi et Israel à la manœuvre.

17h16 : muleta pour Juan.

De loin, tranquillement il s’avance. 1, 2, 3, 4 passes.

Même chose à gauche, Ils ont pris le rythme tous les deux.

Excellente à gauche, lui aussi.

Puis à droite.

C’est un vrai privilège de voir un professionnel à l’entraînement. Il tire le maximum de cette vache. C’est un plaisir pour nous et j’espère pour lui.

Il fait passer cette vache dans tous les sens, c’est vertigineux.

17h29 : Mathieu sort. ¡ Por fin !

Lui, c’est sûr qu’il se régale. C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas !

Petite chute et ça repart.

La vache est tellement noble qu’elle ne voit que sa muleta !

17h32, il ressort avec la banane.

17h33 : Clovis.

Vache bouche encore fermée, après 20 minutes !

17h36. Soin vétérinaire.

Et Puerta. Bravo la vache, bravo le ganadero.

17h43. 5ème. Rousse. Haute.

Pour Rafi.

17h48 : A torear.

C’est extrêmement agréable à regarder, avec un tel bétail qui permet d’essayer beaucoup de choses.

Cette bête paraît sous le charme de ce tissu rouge. Là aussi, question relativité du temps, on est servis et on aimerait que cela ne s’arrêtât jamais.

18h01. Un jeune sort.

18h03 Clovis. Quelques passes et soin vaccination.

18h05. Porte.

18h07 6ème et dernière.

Une noire.

Sort vivement.

Pour Israel.

Vache plus longue à venir au cheval.

18h13 Muleta.

Il a un peu plus de difficulté à trouver le bon terrain, mais s’en sort plutôt bien.

18h23. Un autre jeune à la muleta.

Voltereta sans gravité.

Puis, le ganadero demande à Rafi de poser les banderillas.

18h28. 3 paires. Gracias ganadero.

18h31. Culbute, seringue, vaccin.

18h33 : fin de la tienta. Superbe exercice pour démarrer ce stage.

Les toreros s’engouffrent dans un 4×4 pour aller visiter des toros, c’est vrai qu’ils n’en ont pas assez vu !

Sur la route du retour, un ciel rosé à l’horizon laisse se découper les formes des chênes, le coucher de soleil sublime est à 19h10, comme m’avait appris à le deviner mon cher copain Hubert dit « l’homme ». Mais ça c’est une autre histoire !

Si le Dieu des toros veut bien nous gratifier demain des mêmes conditions météorologiques et de bétail, nous devrions passer à nouveau un moment privilégié.

Solal, Juan et Nino seront à la manœuvre chez Fraile.

Mais, demain est un autre jour…