Tarde de tentadero chez Valdefresno…

 

Chroniques salmantines 2026 – Jour 4

Aujourd’hui soleil, mais pas un simple soleil commun, sans importance, c’était un soleil d’hiver, chaud, intense, un soleil sans vent, avec une température extérieure nous permettant de profiter d’être dehors sans aucune gêne : un miracle comme seul le Dieu des toros peut en faire !

Le campo revêtait une beauté d’un vert éclatant, les chênes semblaient indiquer que leurs racines avaient été bien traitées les semaines passées par les pluies, c’était criant de cette beauté champêtre que seul un individu qui arrête son rythme urbain trépidant peut approcher avec un plaisir innocent.

Oui, la vitamine D pouvait à nouveau être prise en direct, sans gouttes ni gélules, par le procédé le plus naturel, la technique du lézard. Il y en avait beaucoup qui se succédaient à la terrasse de La Rad, pour profiter de ces instants bénis des dieux. Une petite bière, comme seuls les ibères en ont le secret, accompagnait ce plaisir simple.

Javier Cuartero, revenu quasi miraculeusement du Mexique, après 4 jours de vaines tentatives pour en sortir, était ce midi frais comme un gardon. Néanmoins, il nous expliquait que, jusqu’à 8h30 ce matin, il avait gardé les yeux aussi grands ouverts que ceux d’une chouette hulotte au clair de lune ! 8 heures de décalage, c’est pas super… Il devait toréer aujourd’hui, puisqu’il avait été baptisé N2 par Juan le mathématicien, mais cela, je n’ai pas voulu le lui dire, il aurait continué à ne pas dormir, c’eut été triste et dommageable pour sa santé.

Chacun a vaqué à ses obligations matinales : pour certains très tôt sur les routes comme M2 (Juan), S1(Israel) ou M4 (Rafi), d’autres comme M3 (Clemente) chez Pedraza de Yeltes pour tienter, d’autres au fronton pour l’entrainement, certains accompagnateurs vers Salamanca, cette si belle ville, à quelques kilomètres de notre nid douillet. Pour ma part, même si les moments que je vivais pendant les tientas me permettaient un total reset, tant ce que je voyais me régénérait, je n’en avais pas moins à régler tous les problèmes du quotidien, qui ne manquaient pas de se rappeler à moi, systématiquement avec une régularité de montre suisse. Certes, chaque jour, je réussissais à en faire avancer certains et à en résoudre d’autres, mais de nouveaux se bousculaient à la porte, pour que je ne perdis pas le rythme !

Ce midi, après une soupe de lentilles et un travers de porc confit, nous allions nous diriger vers la finca de José Enrique Fraile Valdefresno. Il est le cousin de Juan Luis, qui, le pauvre se demande encore ce qui avait pu arriver à ses vaches pour qu’elles tombent les unes après les autres, mardi dernier.

Notre caravane s’est ébranlée vers 15h40 pour 30 minutes d’un voyage au milieu de ce campo chéri.

16h12 : arrivée par Tabera de Abajo, un hameau très particulier, qui semble fantôme, tant je n’y ai jamais croisé âme qui vive. Mais, le linge qui sèche aux fenêtres m’indique qu’il y a de la vie.

La finca est située à un croisement entre deux rues, juste à côté. Dans une série de vallons, des étendues vertes comme un écran Windows avant customisation, d’où se dégagent quelques chênes majestueux. C’est sublime, même si différent du campo classique.

Une des filles du ganadero, María, nous accueille très gentiment, surprise du nombre de voitures, il y a aussi quelques jeunes venus de tapia, grâce à radio chemins.

Mais, celle qui est ravie et nous accueille tout sourire, c’est une chienne blanche, jolie golden retriever, du nom de Lola, que j’avais bien appréciée l’an dernier. Apparemment, elle a retrouvé ma fiche dans son ordi personnel, car elle me fait des fêtes avec beaucoup d’insistance.

Il fait chaud, soleil de plomb, 28 degrés.

Chacun se salue, Israel est revenu de sa tienta portugaise, ravi, mais semble-t-il avec des bêtes très mansas.

Une quarantaine de personnes sont là, en seulement 10 minutes.

16h30, nous sommes au complet, nous attendons. C’est du classique.

16h34. Señores, on y va.

Juan, quant à lui, est à 40 minutes de Béziers, just in time…

Ici, c’est un élevage où toute la famille met la main à la pâte : ce sont les femmes qui s’affairent sur les corrales, le toutou est très excité, elle aboie, se dresse sur ses pattes arrière pour regarder ce qui se passe en bas du muret, le père, José Enrique arrive, salue tout le monde et débute l’apartado.

Là c’est une véritable chorégraphie, des vaches en surnombre sont lâchées, raccompagnées par les aboiements du toutou. « Ya, ya, ya », chacun sait son affaire, tout est sous contrôle, efficace, bien mené.

Il n’y a pas un nuage, les vaches détalent juste devant nous, sous les jappements du toutou.

Les filles et la maman munies des longues pinces électriques encouragent et dévient les vaches, les faisant passer d’un couloir à un autre… concert d’ouverture et fermeture de portes métalliques, « Ya ya, ye, ye, hahaha, yep, yep, hey, hey » …

On sent l’habitude familiale.

16h53, vérification et appel des élues inscrites sur le registre :  on est bon ? Tout le monde est là ?

« Hop, hop, hop, Yep », plusieurs vaches sortent encore.

16h57 : Todo listo. Lola la chienne est essoufflée, elle a couru partout, elle était très affairée. Toute la famille s’installe sur un banc au palco qui est une petite maison avec baies vitrées et stores pour le soleil. Les petits coussins sur le banc attendent les postérieurs familiaux.

16h58. 1ère vache. Noire. Haute pour Clément.

A la cape, superbe.

Solal.

Nino.

Le picador est très précis.

La vache est brave.

17h04 : muleta pour Clément.

Gestes très élégants, vache noble, le banc familial ponctue de « ¡ Bien, bien ! »

Cette vache est excellente, Clément itou. Celui qui va affronter les Pedraza de Yeltes à Nîmes, en 2026, à Pentecôte, en mano a mano avec Borja Jiménez s’entraîne là, aujourd’hui, devant nous ! C’est un privilège de le voir s’entrainer.

À droite, à gauche, cette vache prend tout ce que lui propose Clément.

17h14 : « una última y ya está. »

José Enrique, très satisfait, devise avec Romain Perez, apoderado de Clemente. Romain est un ancien élève du Cft.

Il nous confie son admiration pour son torero et nous indique que ce matin, la tienta chez Pedraza de Yeltes a été d’un grand niveau.

17h16 : Israel.

Même s’il n’a pas encore trop d’expérience, il s’en sort, montre de l’envie.

17h21, José Enrique prend un capote et se penche à la baie vitrée pour faire sortir la vache. Il s’occupe de tout.

Ici, la petite séance de coiffure se déroule dans le caisson métallique, avec pulvérisation d’antibiotiques pour la blessure de la pique.

Petit trottinement vers les prés. Sous la surveillance étroite de Lola.

17h27, ça reprend, le banc familial se repeuple.

Lola va et vient. Elle halète, c’est du boulot toutou de ganadero !

2ème vache, noire, haute, pleine de fougue.

Pour Solal.

Elle est très mobile, mais il la fixe

Cheval.

Nino.

Clément.

Vache très brave, vient du bout du ruedo.

17h33. Muleta. Solal.

Des 2 côtés, il est très classique, c’est son style, cette vache se laisse entraîner dans tous les sens, même si c’est un bétail exigeant, il ne faut jamais l’oublier.

Solal a encore beaucoup à apprendre, mais il ira loin tant son application est totale.

17h44 : Clovis.

La vache lui vient dedans. Il faut être vigilant.

Changer de terrain.

Romain et Clément lui prodiguent des conseils.

Peu à peu, il prend confiance, mais c’est âpre.

Une passe après l’autre.

S’approcher, se croiser, tout cela doit être de chaque instant.

17h52 : sortie de cette vache sérieuse.

Lola entendant le portail part pour effectuer son travail !!!

Peluquería. Lola surveille tout d’en haut.

17h58 : 3ème vache.

Haute, forte, noire.

Pour Nino.

Le picador toujours aussi précis.

Clément.

Solal.

Nino.

La vache va vers le cheval sans retenue.

Re-Clément.

Grand picador. C’est Paco María de la cuadrilla de Jose Mari Manzanares.

18h04 : Muleta pour Nino.

Il cherche la bonne distance, la vache lui vient dedans, c’est compliqué pour lui.

Ça passe mieux à gauche.

Il faut résoudre et puis, il trouve la bonne distance. Pour une série.

La vache le serre.

C’est du combat, mais Nino aime ça.

Il n’abandonne pas, il y retourne.

18h17 : Israel.

Il se bat, tire des passes, se fait désarmer.

Mais, à force, il y arrive. C’est bien. Il est audacieux et ça paye. Simulacre de mise à mort

18h22 : Bruit de portail, Lola, José Enrique avec son capote à la fenêtre.

Pendant la séance du coiffeur, Israel va voir le maestro Le Sur, pour lui demander conseil.

Puis, c’est au tour de Clément d’échanger avec lui, ils sont passionnants à voir, le respect des jeunes vis-à-vis des anciens est touchant.

18h27 :  4ème vache, même tamaño, violente.

Clément à la cape.

Vache brave au cheval comme ses consœurs.

Solal.

Javier Cuartero qui sort enfin !

Solal.

Picador toujours aussi précis.

18h32 : Muleta.

Clément, excellent. Séries longues, gestuelle profonde.

Vache exigeante.

Muleta morte, sans casser le rythme, il enchaîne les passes. C’est très technique, mais c’est beau et important.

Redondos, trincheras, et tout et tout. Vache bouche fermée, malgré l’âpreté, la vache a rompu.

Et Clément conclut ses séries par un « Bien » qui veut tout dire !

Puis, il tente un truc, dans le dos, sans lui perdre le respect. Ça ne fonctionne pas.

Pas grave, il retente et ça passe.

18h44 : il plante son ayuda dans le sable. C’est le moment du free toreo.

Série de fentes, très élégantes et efficaces.

18h46 : Clovis.

Une passe après l’autre, peu à peu.

C’est pas facile, Romain lui donne des directives. Ça va venir.

18h53. Portail, Lola, coiffure et soins.

18h58. 5ème vache noire, ventrou blanc tacheté.

Soleil couchant sur le village. Nous finirons à la bougie, c’est sûr.

Solal

Depuis la 4ème vache, le picador a changé, mais, nous n’avons pas perdu au change, il est également d’une efficacité redoutable. C’est Juan Carlos Sánchez, lui aussi de la cuadrilla de Manzanares.

Javier.

Les murs en pierre de taille dans ce campo magistral se détachent, avec la tombée du soleil.

Solal.

Javier.

Romain est ravi de son maestro. Il peut.

19h03 : Solal à la muleta.

Le soleil disparaît. L’humidité se fait sentir.

Solal au centre, la vache boit le tissu.

Silhouette du village se détachant à l’horizon.

Solal torée parfaitement. Il lui faut encore ajouter de l’importance à ce qu’il fait, ça viendra avec l’expérience.

Un avion passe dans le ciel, un panache blanc le suit.

La vache en veut encore.

19h15. Israel.

Avant de la sortir, il lui arrache des passes. Il en veut, il s’applique.

Il fait tout de suite sombre.

Portail, Lola etc…

19h21 6ème et dernière vache, dans la pénombre. Noire tachetée de blanc.

Pour Javier Cuartero

Nino.

Solal

Vache très brave.

Javier.

Nino

Rencontres concluantes.

19h27 : Muleta pour Javier.

Début par fente très élégant.

À gauche. À droite.

Il a une prestance, déjà de la maturité.

19h34, on éclaire les spots. C’est mieux !

Javier tord cette vache dans tous les sens. Il se régale et nous avec. Oublié le Mexique !

19h38. Clovis.

La vache est moins âpre, il enchaîne les passes. Sur les 2 bords. Il a trouvé les sensations pour bien toréer. Il montre plus d’envie. C’est bien.

19h45, la vache n’en veut plus.

Les toreros ont séché ce lot, ils n’ont rien laissé dans l’assiette. Il faut dire qu’ils avaient faim !

19h46, sortie et fin du tentadero.

Nous quittons cette famille fantastique, Maria prendra aisément le relais de son papa, dans quelques années. Ils nous complimentent sur notre initiative d’aider ces professionnels à préparer leur temporada. Nous y sommes sensibles.

Nous les félicitons de ce bétail d’une extrême qualité en prenant rendez-vous pour l’an prochain, si Dios quiere…