Un soupir dans un monde sans cœur…

 

Dans «Un cœur simple», Flaubert met en scène la vie de Félicité traversée par les malheurs et les déceptions ; Félicité qui synthétise tout ce qu’est une créature opprimée reçoit en cadeau le perroquet «Loulou». A la mort de «Loulou», elle le fait empailler et il devient l’objet de sa vénération, seul objet apportant à son existence réconfort et poésie.

«Un soupir dans un monde sans cœur » écrivait Flaubert.

Le perroquet de l’hôtel «Amatcho» à Bayonne ne s’appelait pas «Loulou», mais «Charlotte». C’était un ara, rouge et vert et il nichait dans le coin de la salle à manger, à gauche en entrant.

J’aimais cet oiseau et j’aimais l’«Amatcho» au 27 avenue du Maréchal Soult, à Bayonne.

Ma première rencontre avec «Charlotte» remonte au mois de juillet de l’année 1974 quand sur les bords de l’Adour, Lucien Orlewski « Chinito » vint dans la ville du chocolat, de Lapébie, de Francis Marmande et de Didier Deschamps pour y tuer deux pencus de La Guadamilla en l’agréable compagnie de Sébastián Cortés et de Pedro Sommolinos.

Cette année-là, Robert était matador de toros depuis le 12 septembre 1971, Simon le sera le 17 mai 1975, Jacques le 15 août 1976, Frédéric sept jours plus tard et Christian le 28 mai 1977. Le tour du «Chino» viendra en 1978, celui de Patrick en 1979, celui de Richard et de François en 81.

Soixante-huit autres toreros et dix-sept rejoneadore(a)s français les suivront ultérieurement dans cette voie.

Il m’appartient de préciser que ce dimanche de juillet 1974, ce ne fut ni la faute de «Charlotte», ni celle d’Henri Grenet, le chirurgien maire de cette belle sous-préfecture des Pyrénées Atlantiques et encore moins celle du chocolat, de Lapébie, de Francis Marmande ou de Didier Deschamps, si le second adversaire du «Chino» sortit borgne, l’empêchant de triompher après qu’il eût coupé le pavillon auriculaire de son premier alors que ses deux compañeros avaient fait chouffa.

Le soir, à l’occasion du repas que nous prenions dans la salle à manger où trônait l’oiseau, j’eus l’impudence idiote et juvénile de préciser à Sébastián Cortés que «Charlotte», outre le fait d’avoir comme tous les perroquets un seul ovaire avait, elle non plus, pas d’oreilles à exhiber. Je ne suis pas convaincu que le gitano d’Albacete ait goûté la saillie et certain que Félicité ne l’eût pas appréciée.

L’oiseau habitait à l’«Amatcho » depuis son ouverture en 1958. C’était la patronne, la señora Antoinette Blanchard qui en avait eu l’idée et je ne pouvais que me réjouir de ce choix car sachant que ces créatures ont une espérance de vie de quatre-vingt printemps on pouvait imaginer que Charlotte verrait certainement l’alternative d’André, Joël, Paquito, Stéphane, Michel, Denis, Bernard et probablement celle des soixante et un autres toreros français.

Car «Charlotte» ne pouvait être qu’aficionada.

En effet, quand j’imaginais le nombre de matadores de toros, de novilleros, de banderilleros, de picadores, de mozos d’espadas, d’apoderados, d’empresas et de journalistes de tout crin et de tout poil qui avaient déjeuné ou dîné dans la salle à manger où elle vivait depuis 1958 et si on mettait bout à bout tout ce qu’elle avait pu entendre, elle aurait pu concurrencer Del Moral pour la reseña, Wolff pour les pensées altières et Pilès pour les chistes.

C’est donc dans cet univers de toros que je rencontrai «Charlotte» et que «Charlotte» grandit.

Et «Charlotte» était toujours là ce matin de juin 1975 quand je prenais mon petit déjeuner ; en face de moi, Paco Bautista que je ne connaissais pas et auquel je parlais de tout et de rien dans un langage convenu. Bautista ne m’écoutait pas comme si son esprit était ailleurs et Charlotte me regardait d’un drôle d’air….

En me quittant, le torero s’excusa de son manque d’intérêt pour ce que je lui racontais en me disant qu’exactement deux ans auparavant, le 3 juin 1973, il était à Barcelone quand «Curioso» un toro d’Atanasio avait tué Joaquín Camino. J’eus honte de l’insignifiance de mes propos et je crois que Charlotte qui avait senti la chose avait essayé de me prévenir.

Car elle était brave Charlotte ; un peu normal puisque «Amatcho » en basque ça veut dire mamie ou un truc qui connote l’aménité, l’affection.

Aujourd’hui, l’endroit est tenu par le petit-fils de la señora Blanchard. C’est le fils de Manuel Amador Correas, matador de toros d’Albacete, le pays de Sébastian Cortés, celui des novillos de la Guadamilla en 1974, celui du début de cette histoire.

Et si je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui de «Charlotte», je sais que la Ste Charlotte échoit le 17 juillet, presque pendant les fêtes de Bayonne….

C’est drôle le monde des toros, non ?

«Un soupir dans un monde sans cœur » écrivait Flaubert.

 

Datos 

Francisco Bautista Cruz (Paco Bautista)

Nació en Quesada (Jaén) el 4 de octubre de 1945. Desde 1967 venía sonando su nombre, sin pasar ningún año de las 18 novilladas que alcanzó en 1971 ; su presentación en Madrid data del 25 de julio de 1969, con Vicente Linares y Luguillano-chico y reses de Cortijoliva. En el año 1972, y después de torear 15 novilladas, se doctoró en la feria de Linares, el 27 de agosto, de manos de Diego Puerta y Paquirri, de segundo matador, y toros de Baltasar Ibán. En tal ocasión obtuvo un gran éxito que le permitió torear diez corridas en el resto de la temporada. Tiene valor y hace muy bien el toreo, pero une a las normas clásicas otras de tipo barroco de las que tanto gustan a las masas.

Joaquín Camino Sánchez ( Camas, noviembre de 1943 – Barcelona, 5 de junio de 1973) fue un banderillero y novillero español, hermano del torero Paco Camino.

Inició su carrera en novilladas sin picadores en el año 1961 y con picadores en 1963. Debutó como novillero en la Plaza de las Ventas de Madrid en junio del año 1965, abandonando poco después sus pretensiones de tomar la alternativa, pasando a formar parte de la cuadrilla de su hermano Paco Camino. En total actuó como novillero en 65 ocasiones y fue miembro de la cuadrilla de su hermano durante siete años.

El 3 de junio de 1973, mientras participaba como subalterno en una corrida celebrada en la Plaza de toros Monumental de Barcelona, el toro Curioso perteneciente a la ganadería de Atanasio Fernández, le infligió dos cornadas muy graves en el momento de colocar las banderillas, como consecuencia de las heridas sufridas falleció dos días después, el 5 de junio a la una de la tarde. Fue enterrado en la localidad de Camas, muy próxima a Sevilla, donde tiene dedicada una calle.

Manuel Amador Correas. Né à Jumilla (Murcie) le 15 janvier 1939 – en raison des circonstances de la guerre civile, mais considéré comme un enfant d’Albacete – il a commencé sa carrière en août 1956 à La Gineta (Albacete).  Il prend l’alternative le 28 mai 1964 à La Maestranza de Séville avec Curro Romero comme parrain et Carlos Corbacho comme témoin, combattant les toros du fer de Joaquín Buendía. Il confirme et sort a hombros le 28 mai 1965 avec Curro Romero et El Cordobés devant les toros de Carlos Nuñez.

1965, certainement sa meilleure année après trente-six courses et malgré deux mésaventures : le 1er juillet à Barcelone, un toro de Sánchez Fabrés l’encorne dans la région abdominale et le 23 août à Dax, un Atanasio Fernández lui transperce la cuisse.

En 1966, un toro de Francisco Escudero lui fracture l’humérus du bras gauche à Barcelone le 7 juillet perdant lors de cette temporada plus d’une cinquantaine de corridas. Il ne reprendra pas sa position perdue et les performances baissèrent par la suite…

Il a ouvert à deux reprises la Puerta Grande de Las Ventas et une fois la Puerta del Príncipe de la Maestranza.

C’est en 1972 qu’il se retire à Séville le 9 avril. Quelques années plus tard, il prendra durant six ans les rênes de l’école taurine d’Albacete.

Il fut à l’origine d’une dynastie de toreros gitans comme Sebastián Cortés, Manuel de Paz, Antón Cortés et son fils Manuel Amador Jr.

Il est décédé à l’âge de 83 ans le vendredi 4 mars 2022 à l’hôpital général de la capitale manchega, victime quelques jours avant, d’une chute accidentelle…

Patrice Quiot