Le «Mur de Planck» est une frontière virtuelle, une frontière qui n’est pas le zéro ; longueur ultime, elle est la plus petite distance entre deux points de l’univers et établie en termes de temps elle est égale à 10 puissance-43 secondes. Au-delà, toutes les lois de la physique classique marquent leurs limites et plus aucune équation ne vaut. Derrière ce «mur», les mesures n’existent plus, tout est en évolution constante, tout est remis en question, rien ne peut s’expliquer.

Au-delà du «mur» de Plank, le langage d’usage devient inepte.

Le toreo se situe au-delà du «mur» de Plank du sens. Il est borderline, hors champ du commun, dans un registre que le discours normé ne peut pas décrire. La langue du toreo est une langue vivante, mais pas encore découverte, une langue autre, cosmique, sidérale, une langue qui mérite le à part ; une langue à créer mais à laquelle, par défaut ou facilité, on substitue une langue fausse, une langue inadaptée et souvent de misère. Les mots qui veulent le dire sont la plupart du temps inappropriés à la chose décrite, à des millions d’années-lumière de lui. En voulant inadéquatement expliquer l’inconnu, ils le rendent trivial ; en empilant les termes normés de l’habitude, ils le salissent et en décrivant le sanscrit à la lumière des logiques de Google ils le ruinent.

Le médiocre d’un style, l’ordinaire d’une forme et l’indigence d’un fond condamnent un lance de capote, une passe de muleta ou une estocade. Le commun d’un commentaire, la lèpre d’un babil taurin et un devis de peinture jamais ne feront une chronique, une tertulia ou une reseña.

La langue des toros ne doit pas être un fake. Un «A la recherche…» lue par Hanouna, un «Faust» chanté par Nagui ou «Les Ménines» commentées par Ruquier. La langue des toros mérite le mieux ; il importe qu’elle fissionne pour exploser, qu’elle soit décalée dans son lexique, immatérielle dans sa syntaxe et quantique dans sa grammaire afin que, même structurellement fausse, elle soit émotionnellement vraie.

Aussi en la mettant à 10 puissance-43 secondes, essayons par le souffle du texte qui le nomme de donner au toreo une grandeur atomique pour l’inscrire dans l’infini presque inaccessible qui est son registre en lui faisant franchir le mur de Planck des mots.

Dans l’esprit d’Antonin Artaud, qui en évoquant Van Gogh lançait a cuerpo abierto :

« Le corps sous la peau est une usine surchauffée.

et dehors,

le malade brille,

il luit,

de tous ses pores,

éclatés.

 

Ainsi un paysage

de

Van

Gogh

à midi. »

 

Le «Mur de Planck», inconnu ultime de l’humanité moderne, fascine. L’essai «Comme un chant d’espérance» de Jean d’Ormesson voit dans cette abstraction parfaite l’objet poétique par excellence.

Alors en la parlant ou en l’écrivant, faisons en sorte que par notre langage il en soit de même pour dire la tauromachie avec la force du Big Bang…

 

Datos

Max Planck, né Max Karl Ernst Ludwig Planck le 23 avril 1858 à Kiel, dans le duché de Schleswig et mort le 4 octobre 1947 à Göttingen, en Allemagne est un physicien allemand.

Max Planck fut l’un des fondateurs de la mécanique quantique. De ses travaux fut conceptualisée l’ère de Planck, période de l’histoire de l’Univers au cours de laquelle les quatre interactions fondamentales étaient unifiées.

Il fut lauréat du prix Nobel de physique de 1918 pour ses travaux en théorie des quanta

 

Le Mur de Planck

En 1900, Max Planck émet la théorie d’une limite pour décrire l’univers, comme un mur. On l’appelle « Le mur de Planck » et cette période « ère de Planck ». Cette ère se situe après le Big Bang qui a eu lieu il y a environ 13,7 milliards d’années.

Le temps et l’espace tels que nous nous les représentons habituellement deviennent des concepts beaucoup plus compliqués au-delà du mur de Planck. Les développements actuels suggèrent même que temps et espace ne seraient pas des concepts premiers, mais plutôt qu’ils émergeraient d’une réalité physique plus complexe.

Il est par exemple possible qu’une fois atteinte l’échelle de Planck, temps et espace ne soient plus continus mais prennent graduellement un caractère discret et discontinu.

Patrice Quiot