Parler et écrire ou : Toreo de salon et toreo de verdad… (2)

 

Écrire.

Une ascèse.

 

Insensée.

Inexprimable.

 

Forgée dans le dur, le saumâtre, l’inconfort.

L’aigreur, les maux de tête et la fumée de cigarette.

 

Longue et pénible.

Qui excave de la fosse ce qui y est enfoui.

 

Puits de pétrole visqueux.

Qui s’enflamme en puant.

 

Qui vrille l’estomac, tord l’intestin.

Raccourcit les journées et réveille les nuits.

 

Érode comme la pierre ponce.

Coupe comme le fil du rasoir.

 

Attirante et capricieuse, cruelle à en pleurer.

Collyre barbare qui apaise en brulant.

 

Ensorceleuse, elle s’offre ; lascive elle se refuse.

Verrouillée comme la salle de bain de Marylin.

 

Elle irrite la peau.

Comme le droguet de la camisole de force.

 

Retorse, elle attend la faille.

Empoigne la béance.

 

Dangereuse.

Elle blesse la certitude.

 

Magnifique.

Elle ne donne rien et exige tout.

 

Écrire.

Une ascèse.

 

Insensée.

Inexprimable.

 

Pour s’interroger.

Sans jamais pouvoir répondre.

 

Toréer de verdad.

Une démesure.

 

Insensée.

Inexprimable.

 

Peur et corps oubliés.

Sur les cartes du triangle de Scarpa.

 

Gestes ignorés.

Sur celles du registre humain.

 

Cœur et couilles

P’alante bien sûr.

 

Mais aussi.

Le reste.

 

Pour inventer.

Pour créer.

 

Pour dire le caché.

Le secret.

 

Le tu.

L’indicible.

 

Le ça.

De Sigmund.

 

Le ventre.

Du pharaon noir.

 

Passes qui à peine nées.

Sont déjà finies.

 

En œuvre unique.

Jamais plus reproduite.

 

Pour dire tout.

Avec presque rien.

 

Dans l’exigence.

Terrible et magnifique.

 

D’un beau.

Qui demande l’absolu.

 

Et offre peu.

En retour.

 

Toréer de verdad.

Une démesure.

 

Insensée.

Inexprimable.

 

Pour interroger.

Sans jamais pouvoir répondre..

 Patrice Quiot