Una novela taurina : «Currito de la Cruz»… (2)

 

« Si on examine la technique tauromachique de l’époque telle qu’elle est décrite dans le roman, on peut remarquer la variété des passes exécutées, mais on ne peut tirer que des conclusions limitées sur le déroulement réel des corridas dans la mesure où il s’agit de passages isolés qui constituent un compte rendu de moments, mais qui n’en offrent pas une description détaillée.

On peut citer quelques exemples lorsque Pérez Lugín évoque le maniement de la cape « el quiebro de rodillas y las verónicas y navarras del Chavalillo [Currito] ansioso de borrar al otro [Romerita] », le « gracioso lance del delantal », les longs passages évoquant une tauromachie « de pie y de rodillas » valorisant l’audace. « Se arrimó con la fe ciega de quien confía en un poder invisible que tiene a su lado protegiéndole, y con el ansia de quien deseaba que el estruendo de las palmas fuese tan grande que llegase hasta Rocío » ou le toreo decidido « al dar el niño [Currito] un bravucón molinete en los mismísimos cuernos de un Miura fogueado ».

Parfois, avec une plus grande précision descriptive, Pérez Lugín nous transmet une sensation de sérénité. « [Currito] offrit le drap rouge au taureau et, lentement, comme s’il le portait attaché à lui, il le passa devant lui, tout près de son corps, avec ce mouvement classique, saisissant et magnifique qu’on appelle techniquement une passe naturelle d’un mouvement circulaire fluide et mesuré, guidant lentement le taureau avec la muleta, de sorte que, plutôt que de le charger, il semblait y être lié, perdant momentanément sa férocité, là où son maître impérieux voulait bien le guider ».

Hormis quelques passages spécifiques, le roman met en lumière les deux styles dominants de la tauromachie à l’époque: Le style vigoureux, fondé sur le courage et la mise à mort rapide comme but ultime du combat, incarné par Romerita et le style flamboyant, artistique et inventif de Currito.

Si nous nous penchons sur l’histoire, nous constatons à travers Pérez Lugín que la tauromachie de Romerita, « Un vrai dandy, grand et bien bâti, qui trahissait ses amis et maltraitait les femmes. » … « était grossière, avec peu de moyens ; il n’y avait rien d’autre que son insouciance excitante pour s’approcher du taureau, l’enrouler autour de sa taille et supporter ses charges, le détachant du mieux qu’il pouvait mais lorsqu’il se trouvait devant un taureau courageux, puissant et avec du « cran », qu’il fallait briser par la punition, Romerita était vaincu, car c’était le taureau qui combattait le torero et que le courage seul, sans habileté, ne vaut rien dans la tauromachie ».

Compte tenu de cette particularité, il était tout à fait logique que la force de Romerita résidât dans l’estoc (on retrouve ici un écho de la manière dont « Machaquito » le maniait avec une exposition maximale comme à l’instant précédant la mort, où, « l’épée appuyée contre sa poitrine, il se jeta courageusement sur le taureau, avec un tel élan et un tel désir de pulvériser tous ses ennemis en un seul coup, que, lorsqu’il toucha l’os, l’épée, brisée, bondit à une hauteur incroyable ».

Currito, quant à lui, était un torero inconstant : tantôt magnifique, débordant d’art, tantôt pris de panique sans raison apparente et incapable de maîtriser les taureaux. D’une psychologie sensible le courage n’était pas son trait dominant ; c’était un artiste, un génie : « Avec lui, on était toujours confronté à l’inattendu et au capricieux : au sublime et au ridicule, voire aux deux à la fois en l’espace d’une seconde ; la tauromachie lui venait naturellement, il comprenait les situations dans l’arène, anticipant les exigences des taureaux avec une précision infaillible ».

Pour toutes ces raisons, derrière Currito il faut voir «El Gallo», dont Pérez Lugín était un fervent partisan, le qualifiant d’«artiste», de «divin» et auquel il avait dédié les ouvrages, «L’Artiste torero» et «Kikirikí !».

José Campos Cañizares./Universidad Wenzao, Kaohsiung, Taiwán.

Tertulia Internacional de Juegos y Ritos Táuricos.

Avril 2024 (Publié sur le site de l’Instituto Juan Belmonte).

 

Datos

 

Dentro del género literario de la novela taurina, Currito de la Cruz, publicada por Alejandro Pérez Lugín en 1921,ocupa un lugar preferente debido a su acierto literario y a que se percibe, con su lectura, como un documento histórico del mundo de los toros de comienzos del siglo XX. La novela disfrutó de un enorme éxito editorial, y gozó de numerosas versiones cinematográficas ; incluso, inspiró un pasodoble, experimentó una adaptación teatral y fue convertida en zarzuela. En cierto modo, su historia y su mensaje forman parte del imaginario popular español.

Alejandro Pérez Lugín (1870-1926) était un écrivain et réalisateur espagnol. Son roman de 1921, Currito de la Cruz, a été adapté au cinéma à quatre reprises…

Patrice Quiot