Pendule, cositas de vie y cosas de toros : Aignan… (1)

 

Vendredi 10h 56 : Gers de routes serpentines, maïs et Folle Blanche, vent coulis sur clochers en girouette et soleil de troisième mi-temps. Villages tranquilles d’un sommeil paysan, naturaleza d’un vieux pays et flânerie dans un coin de France qu’aurait aimé célébrer Péguy.

Vendredi 11h 02 : Après Demu, un chevreuil au milieu de la route ; je m’arrête, l’animal me regarde ; je lui chante «Pinball Wizard» le tube 1969 des «Who » de Roger Daltrey qui commence ainsi : «Ever since I was a young boy, I’ve played the silver ball, from Soho down to Brighton I must have played ’em all …» ; le cervidé m’écoute deux secondes et s’enfuit.

Vendredi 11h 28 : Aignan, pays de Rivière Basse dans la moyenne vallée de l’Adour. La Douze, le Midouzon et le Petit Midour y courent ; y courent aussi des ruisseaux, Bethaut et Bonne Font, Bordegeille et Candaou, Carchet et Douzens, ruisseau de Labadie, celui de Lahitte et bien d’autres encore ; ici, les maisons sont en tuffeau et leurs poutres noires du temps passé.

Vendredi 11h 37 : Devant les arènes André Lagoues, basses, rouges et blanches, quelques voitures  et des barrières Vauban pas encore mises en place ; dans une salle attenante des bénévoles portant le badge «Aignan y Toros » préparent des enveloppes ; des pancartes organisent ce que seront les différents guichets ; tranquillement, le lendemain se prépare.

Vendredi 12h 06 : Sur la place, les camions des forains sont en place ; manèges, tirs à la carabine, grande roue, tout ce qui ici fait partie des attributs de la fête et que des fils électriques scotchés au sol alimentent.

Vendredi 12h.18 : L’hôtel où je descends m’évoque l’hôtel de la Loire du «Monsieur Gallet décédé» où descendait le commissaire Maigret ;  le déjeuner de midi aussi : « Mme Rose avait mis sur la table une nappe à carreaux rouges et une soupière fumait au centre ».

Vendredi 17h.21 : Un bar tabac sur la place ; mobilier dépareillé et vintage des années sixties ; pas de lounge, pas de Wi-fi ; tranquilles, les clients boivent, ce qui est commun et fument ce qui l’est moins ; je m’en étonne ; le patron à l’air d’un Gary Cooper gascon me dit « Ici on est dans un pays de liberté ».

Vendredi 20h18 : Je dîne de pâté de campagne et de saucisson dans une petite salle de l’hôtel et comme le commissaire, je fais l’éponge « m’imprégnant des comportements, des situations, des conversations des gens de ce milieu ».

Vendredi 22h 46 : De la fenêtre ouverte de ma chambre, je regarde le ciel presque noir et la lune au plus plein de son plein ; «La lune est le rêve du soleil » écrivait Paul Klee. Il y a 2026 années à Jérusalem, le Christ mourrait sur le Golgotha, les tentures du palais de Pilate se déchiraient et, ce vendredi à Séville, les pasos du Silencio, du Jesús del Gran Poder, de la Macarena, du Calvario comme celui de la Esperanza de Triana, de Los Gitanos, du Cachorro et de la O attendent de sortir.

Samedi 10h.02 : Assis sur un banc de pierre, les arènes à ma droite, je fume une cigarette et observe ; en face de moi, sur un mur, écrit dans une peinture écaillée par le temps : «Motul, machines agricoles» ; les arbres ont mis leurs premières feuilles, le ciel est sans nuages, le soleil déjà chaud ; un homme en béret et pantoufles fait le service de l’entrée du parking ; à côté, on mange des œufs-ventrêche accompagnés d’un verre de rouge.

Samedi 10h.34 : Je parle avec José Ángel Gil Valero, le mayoral de Arauz de Robles ; discussion traditionnelle : le campo, la camada de l’année, les novilladas ou corridas réservées… ; quand je lui demande l’ancienneté de la ganadería à Madrid, il me répond le 8 août 1982  et quand je lui dis que j’y étais et que je me rappelai de “Lobazo”, le toro de confirmation du «Chino», il ne s’étonne pas pour autant et me précise que cette année un lot sera lidié à Madrid le 10 août.

Samedi 10h 48 : J’y vais.

Samedi 12h 14 : J’en sors avec le buen sabor de boca d’avoir partagé mon burladero avec l’excellente personne qu’est Olivier Mageste et goûté le jeu des trois erales de l‘Astarac.

Le 98 dans le type, un peu faible mais noble et classieux à la muleta, alla a más ; Bautista Angosto s’essaya à gérer la chose dans une forme qui se voulait classique et relâchée et qui, dans un terrain plus réduit, finit un peu en eau de morcilla ; l’épée fut mise basse et le 98 applaudi.

Le 900, charpenté et à la caste qui exigeait, demandait au risque de se compliquer une lidia rigoureuse et de poder ; presque en difficulté au capote, Rémy Asensio fut contraint de reculer sur les premiers muletazos ; son courage, son envie et une courte série à droite dans une technique en progrès ne purent régler la complexité ; trasera mais efficace fut l’épée et applaudi fut le 900.

Le 97, de même morphologie que le 900 mais en plus noble, vint justito de fuerzas, se laissa davantage faire et répétant dans la muleta alla lui aussi a más. Moreno Leal le canalisa assez bien au capote et entama peut être à tort la faena par le bas avant de donner la distance et la hauteur que le novillo demandait. Final tremendista presque populista. Trasera, l’épée sera efficace et la vuelta au 97 justifiée.

Samedi 16h 36 : Après avoir déjeuné d’un chou farci « qui n’est pas seulement un hachis d’herbes, de légumes, de viande, qu’on met à l’intérieur d’une volaille, d’un poisson, d’un légume mais une petite pièce comique qui présente une peinture satirique des mœurs et de la vie quotidienne» écrivait Jean Baptiste Poquelin », après avoir dormi «La mort est un moissonneur qui ne fait pas la sieste » disait le Miguel de Alcalá de Henares, traversé la fête foraine et entendu le «Vous en voulez encoooooooore ! Allez ! », clopin-clopant, j’y retourne…

 

Datos 

Aignan/Samedi 4/04/2026.

11h : Novillada non piquée. Trois erales de l’Astarac.

 

Bautista Angosto : salut.

Rémy Asensio : vuelta (avis).

Moreno Leal : oreille.

 

Vuelta du troisième eral et salut du ganadero à l’issue de la course.

Moreno Leal reçut le prix des organisateurs du Sud-ouest, Bautista Angosto et Rémy Asensio se partageant celui du club taurin d’Aignan.

Un quart d’arène.

 17h : Corrida. Six toros d’Arauz de Robles.

Alberto Lamelas : oreille (avis), salut (avis).

Rafael Serna : oreille, salut (avis).

Dorian Canton : vuelta, oreille.

2/3 d’arène.

A suivre…

Patrice Quiot