Pendule, cositas de vie y cosas de toros : Aignan… (2)
Samedi 16h41 : Dans le patio de caballos, appuyé au mur, je les observe se saluer avec respect et se regarder avec retenue ; rite initiatique diraient les sociologues et «identification friend or foe» (identification ami ou ennemi) diraient les militaires, va savoir… ; l’ordre de ce monde est ainsi et aucun jamais n’y déroge.
Samedi 16h46 : En professionnels qu’ils sont, de la pointe des zapatillas ils testent l’état du piso, du coin de l’œil ils estiment le remplissage du coso, du bout des lèvres ils remercient des encouragements qui leur sont prodigués, du bout des doigts ils signent des autographes et de tout leur corps ils posent pour les photographes.
Samedi 16h52 : Chacun retourné à sa solitude lie le capote de paseo sous l’œil attentif et la grimace de lapin des banderilleros.
Samedi 17h : Sonnent les clarines.
Samedi de 17h07 à 19h46 : « C’est net, fatal, définitif, imparable : là est la vérité. Elle se joue dans ce cercle sableux. Elle est jeu et art vivant. Elle est beauté. Elle est intelligence. Elle est ombre et lumière. Elle est éternité vécue. Elle est géométrie dans l’espace. Elle est rapport entre les couleurs. Elle est dessin et dessein… Elle est destin, aussi. Elle est pas et cambrure des reins. Elle est paso doble et passacalle. Elle pose des banderilles. Elle est bronca puis cris de joie. Elle est évanescence. Elle est féérie. Elle est soie, silence, rose fuchsia, or, jais, sang, mouvement, fixité, souffle… dans la réalité du soir qui tombe ».
Samedi 20h12 : La fête foraine bat son plein ; « la musique s’envole grimpe et plonge au rythme rond des nacelles ondulantes de la chenille et des papiers gras ; belles de sève franche, les filles marchent comme des reines, roulent des hanches et, les paupières closes, flottent au fil des rêves de la nuit ».
Samedi 21h04 : Sur la terrasse du rade du village, je reseñe la corrida de l’après-midi à une douzaine d’huitres du Banc D’Arguin :
Les six d’Arauz de Robles avec du volume et de la tête, le un et le deux avec un petit poil de plus de race que les quatre autres, ne m’ont pas enthousiasmé, mais ne m’ennuyèrent pas.
Court de charge, le premier met la tête dans la cape, prend une première pique en poussant sur une corne et sort seul de la seconde ; tardo con hachazos aux banderilles il va ; dans la flanelle, il se retourne vite et est court à droite ; manso et allant en tablas est le quatrième.
Valeureux, procédant par grands coups de taloches, Lamelas s’impose au premier avec une truelle sur la corne droite et un burin sur la gauche, tuant «Vergonzo» d’un deux tiers de lame tombé ; avec le quatrième, dans la querencia du toro, la muleta devient pioche et Alberto tue mal «Talisman».
Le second est costaud, se retourne vite dans le capote, prend une première pique trasera et appuyée, la seconde pour la forme ; au début se défend à la muleta puis s’améliore ; le quatrième lui aussi se défend, tape dans le peto sans pousser à la seconde rencontre, marchant, andarín comme ils disent, il transmet peu à la muleta.
Par chicuelinas Serna met son premier adversaire en suerte ; à la muleta début par le haut, deux tandas de buen gusto à droite avant naturelles templaítas qui font que le toro va a más ; pinchazo et une épée contraire tuent «Pincelada» ; bien dans l’accueil du quatrième ; bien dans les doblones du début de faena ; bien les muletazos à droite et mieux encore le temple de la zurda ; grâce andalouse et lidia madrilène ; Rafael pinche par trois fois et seul le descabello tue « Cancelo ». Le lendemain à Madrid avec les toros de Martín Lorca, dans un son presque différent, il restera presque inedito, mais le dimanche 12 avril, à Séville, il coupera l’oreille de son second Fuente Ymbro.
Le troisième prend la première pique sans trop s’employer et en un picotazo se résume la seconde ; le 33 tire des hachazos à ceux des harpons et, querencioso, a tendance à s’échapper de la passe en début de faena. Par doblones efficaces et muleta laissée à l’hocico, Canton essaie de canaliser le pleutre et tue «Rehalero» comme il convient de tuer un toro. Le colorado et dernier n’est pas beau de tête et absent de race ; incomplet, il en prend trois mais mal, se défend à la muleta, se retourne vite, fuit la serge à droite, inedito à gauche et offre aucune option à Dorian qui fait quand même et tue «Tentación» d’une épée qu’il ne méritait pas.
Bien éduquées, la douzaine d’huitres du Banc D’Arguin m’écouta en silence.
Samedi 22h17 : De la fenêtre ouverte de ma chambre, je regarde à nouveau le ciel presque noir et la lune «cette vieille dame qui n’a pas d’oreilles».
Demain, on célébrera Pâques : “Dimanche lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et Salomé se rendirent au tombeau de grand matin, au lever du soleil. Elles se disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre qui ferme l’entrée du tombeau. Mais quand elles levèrent les yeux, elles s’aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. Elles pénétrèrent dans le tombeau, virent un jeune homme assis à droite, habillé d’une robe blanche, et elles furent épouvantées. Il leur dit: N’ayez pas peur. Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qui a été crucifié. Il est ressuscité, il n’est pas ici ! Voici l’endroit où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée: c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit ».
Samedi 23 h 18 : Je m’endors quand Aignan festoie.
Et demain, Morante réapparaîtra à Séville…
Patrice Quiot
