Cositas de vie y cosas de toros : Mugron…  (1)

 

Dimanche de Pâques en milieu d’après-midi, je roulais sur une route des Landes ; il faisait beau, je redécouvrais des paysages ; pins et lignes droites ; verticaux, les premiers sont une réalité ; horizontales, les secondes sont un principe ; je redécouvrais la transparence du printemps, ses couleurs, une légèreté de l’air, des pigeons dans le ciel bleu et j’avais envie d’enthousiasme.

C’est à Grenade sur l’Adour que le poème me revint en mémoire :

 

« Vous souvient-il de l’auberge

Et combien j’y fus galant ?

Vous étiez en piqué blanc :

On eût dit la Sainte Vierge.

 

Un chemineau navarrais

Nous joua de la guitare.

Ah ! que j’aimais la Navarre,

Et l’amour, et le vin frais.

 

De l’auberge dans les Landes

Je rêve, – et voudrais revoir

L’hôtesse au sombre mouchoir,

Et la glycine en guirlandes. »

 

Simplicité du fond, splendeur de la forme ; ce que doit être la vie ; ce que doit être le toreo.

Les villages défilaient, Cauna, Gouts, Lamothe, Le Leuy, Meilhan, Nerbis… Et, dans un détour, avant Poyanne, Laurède.

Sur une place à la sortie du pueblo, une statue toute simple représente Henri Emmanuelli (1945/2017), figura landaise de la politique et aficionado a los toros.

Assis sur un banc, le dos au cimetière, le bras droit appuyé sur le dossier, tranquille, serein, «Ricou» comme on l’appelle encore ici regarde vers le Sud, vers les Pyrénées où il est né, là où son grand-père était berger. Le banc qui symbolise celui de l’Assemblée Nationale pourrait tout aussi bien être un asiento de barrera, le regard vers le Sud, celui tourné vers Cervantès, les moulins de la Mancha et les pêcheurs de thon de Barbate et le dos celui tourné à l’injustice.

Les arènes de Mugron paraissent un chai vigneron à l’austérité presque monacale ; de l’arrière, on découvre l’Adour et ses barthes ; semi elliptique est le ruedo sur lequel s’ouvrent des portes rouges ; d’elles, sortent les vaches landaises ; au-dessus, des géraniums et encore au-dessus, ombragée de lierre, une tribune où se tient la musique.

En fin d’après-midi, dans la salle attenante aux arènes, je retrouvais Frédéric Marcel, le président du Cercle Taurin Mugronais qui, autour d’un verre et avec l’enthousiasme de sa nature me rappela les nineties : « … Dans les années 90, il y eut beaucoup d’engouement… avec la venue de Javier Conde, José Tomás, Morante de la Puebla. Cristina Sánchez avait rempli les arènes. Ce fut l’âge d’or de la tauromachie à Mugron. Les années 2000 ont été celles de Sébastien Castella, Juan Bautista, Antonio Ferrera, et toute une génération qui a permis à la tauromachie de perdurer à Mugron. » et me dit ses espoirs et inquiétudes pour le lendemain.

Sa connaissance des toros, du mundillo et de ses arcanes comme ses qualités de négociateur et sa délicatesse de sentiments auraient pu faire de lui un Lamartine des palombes.

Une belle jeunesse l’entourait, des gamines que je ne connaissais pas m’embrassaient, leur peau fraiche, douce et lisse m’émouvait, des grillades fumaient sur les planchas et une banda donnait le ton de l’acto.

Dans ma chambre de «L’auberge des arènes», je m’endormis au son des cuivres en regardant à nouveau la lune « lune bénie des insomnies, blanc médaillon des Endymions, astre fossile que tout exile, jaloux tombeau de Salammbô, embarcadère des grands mystères ».

A suivre…

Patrice Quiot