La chose…
La chose se trouve à New-York City, au nord du parc de Bowling Green, au coin de Broadway. Le «Taureau de Wall Street» est une sculpture en bronze de plus de trois tonnes, de trois mètres de haut et cinq de long. Son créateur, Arturo Di Modica, artiste d’origine italo américaine qui s’est installé à New York dans les années 70, estimait qu’il devait quelque chose aux Américains. Son travail a commencé après le crash boursier de 1987 ; il déboursa 360 000 dollars pour construire la chose qui dans sa charge du bas vers le haut veut symboliser la force et représenter la hausse boursière et l’économie florissante.
Le 15 décembre 1989, Di Modica eut l’idée d’installer la chose sous l’arbre de Noël géant de Broad Street, en face Wall Street ; la Bourse fit la gueule ; l’outrance n’est pas son corte, plus John D. Rockefeller que Miguel Mateo «Miguelín» elle est. Le service de police fut appelé et le «Charging Bull» emmené par la grua à la fourrière. Mais les habitants qui had fallen in love de la chose exigèrent qu’elle soit rendue et le département des espaces urbains de New-York accéda à la demande ; la statue fut placée à deux blocs de la Bourse de New York et inaugurée le 21 décembre 1989.
La chose est laide comme une carte de crédit aux couleurs de l’«American Express».
Vulgaire comme un double-cheese-burger du Mc Donald’s d’Union Square.
Lourde comme une saillie de Trump et agressive comme William Cody, l’exterminateur des bisons des plaines.
Des yeux comme ceux des capuches du Klu Kluk Klan.
Des cornes à la gloire de l’or de Fort Knox.
Et des oreilles en vueltas de B52 au-dessus des tunnels de Vinh Moc.
Un hocico en cannelloni de la « «Little Italy» de Vito Genovese.
Une bouche en sourire imbécile de Shirley Temple.
Y un rabo comme un churro de Thanksgiving.
Drapeau sin luceros de la brutalité sans bienveillance d’un fermier du Middle West.
Coiffé du Stetson texan du JR de «Dallas».
Et portant à la ceinture le Colt 45 de George Smith Patton, Jr.
Bandera d’un libéralisme sans indulgence.
Que aplasta los clarines del hambre.
Des rizières de Hanoï.
Dans l’idéologie machiste d’un John Wayne.
Et l’esprit en grimaces d’Halloween.
Tel est le « Charging Bull» de Wall Street.
Además se dice.
Que toucher les cojones de la chose.
Traería suerte.
En réalité loin des taureaux de Lascaux.
De ceux de Guisando.
Et à des millions de verges des «Gardiens d’une brume pale» de Federico.
Le «Taureau de Wall Street» n’est qu’un vil sobrero.
Du Kuro no Bōgyū du Royaume de Clover.
Des mangas japonais.
Un bovidé de pacotille, de carrousel de fête foraine.
La pauvre figure.
D’un ordre sans grâce, une charlotada de la sculpture.
Un desecho de Praxitèle.
Un fracaso de François Pompon.
Une cagade de Brancusi.
Alors., plutôt que de la renvoyer aux corrales du vulgaire.
De la forme.
Et du fond.
Je souhaiterais que la chose soit.
Puntillée par les hoboes du Bowery de Kerouac.
Et les va nu pieds des voies de chemin de fer de Woodie Guthrie.
Avant d’être arrastrée par les damnificados du napalm.
Les gouapes de Reinaldo Arenas et les maletillas du monde entier.
Vers le matadero de la boue que roule l’Hudson.
Patrice Quiot
