Retour sur la Feria de Jerez avec les deux corridas de Morante et l’inauguration de la statue de Rafael de Paula…

 

Vendredi 15 mai

 Roca Rey triomphe pour son retour à Jerez…

 

Le « no hay billetes » était affiché depuis plusieurs jours pour cette corrida qui proposait l’un des cartels les plus attractifs de la saison. Malheureusement, les toros de Jandilla n’ont pas été au rendez-vous, légers (455 à 500 kg, moyenne 470), décastés et aux cornes plus que commodes, le bétail n’a pas permis aux maestros de se livrer à fond.

 

Morante de la Puebla : salut et ovation.

Sébastien Castella : silence après avis et oreille après avis.

Andrés Roca Rey deux oreilles après avis et deux oreilles.

 

Les trois maestros ont été appelés à saluer au son des palmas por bulería à l’issue du paseo.

Les spectateurs manifestèrent ainsi leur reconnaissance pour les retours de Morante et Roca Rey après leurs graves blessures de Séville.

Passé ce grand moment d’émotion, Morante à son premier laissa un bon toreo de capote par véronique lentes puis après deux bonnes séries à droite, le toro derrote à gauche. Retour à droite pour quelques passes avant une mise à mort compliquée.

A son second, Morante ne sera guère mieux servi et laissera quelques détails bien de son cru à droite avant une estocade difficile.

Sébastien Castella n’est pas aidé à son premier, mais il met un point d’honneur et tout son métier à sortir une ébauche de faena ponctuée de bons détails. On notera en particulier de très bonnes circulaires. Le plus sévillan des Biterrois prouve une fois de plus qu’il est le meilleur des toreros français. Un échec aux aciers le privera de trophées qu’il aurait pu obtenir.

Il entreprend son second avec la même envie de bien faire et malgré la faiblesse de l’animal, Castella tire une faena intéressante en dépit du manque de transmission. Une demie en place lui permet de couper une oreille de la part d’un public en mal de succès.

Roca Rey est sans conteste le grand gagnant du sorteo. Ses deux adversaires, quoique n’étant pas des foudres de guerre, lui permettront cependant d’afficher sa fougue. Il entame sa faena au premier à genoux dans un début trémendiste qui porte immédiatement sur un public en manque de vibrations dans ce début de corrida. Le Péruvien déroule son toreo très exposé avec le toro aux cornes les plus fermées de l’envoi. Roca Rey réussit de beaux enchaînements, en particulier une série de bernardinas conclues d’un immense pecho. Deux oreilles tombent dans en enthousiasme surfait, en dépit d’une estocade défectueuse heureusement conclue au descabello.

Rebelote à son second : le Péruvien s’en va à puerta gayola, chose rare chez lui et même si la larga est hasardeuse, le public l’ovationne. Le ton est donné, s’étant mis d’entrée le public dans la poche, Roca Rey déroule un toreo de pico à un toro insipide, mais tout est pardonné surtout après une estocade parfaite qui à elle seule justifiait un pavillon.

Jerez est toujours une place festive et l’a prouvé une nouvelle fois. Certes, la corrida de ce jour ne restera pas dans l’histoire, mais nous avons vu et verrons bien pire…

 

Jerez rend hommage à Rafael de Paula

 

Il aura fallu attendre bien longtemps pour que les arènes de Jerez aient enfin sa première statue taurine. Rafael De Paula préside désormais aux destinées de cette plaza emblématique.

La statue en bronze de près de trois mètres de haut a été inaugurée ce 15 mai devant une foule importante venue saluer le grand torero jerezano, celui qui a le plus de fois foulé l’albero de la calle Circo sortant en triomphe de cette grande porte qu’il garde maintenant pour l’éternité.

Alejandro Talavante et Bernardo, le fils de Radael de Paula, aux côtés de l’aficion française...

Morante de la Puebla qui fut le plus grand contributeur à cette œuvre était présent accompagné de nombreux toreros retirés ou en activité, une forte délégation du monde du flamenco et du quartier de Santiago, de nombreux représentants du conseil municipal, maire en tête, et une foule d’aficionados avec parmi eux une bonne délégation hexagonale.

Émotion et ferveur ont présidé à cette cérémonie prélude à la corrida tant attendue de l’après-midi…

 Samedi 16 mai

 Morante siempre !!!

Pour cette deuxième journée de « no hay billetes » pour les arènes de Jerez de la Frontera, le cartel était plus qu’attractif avec Morante Manzanares et Ortega.

 

Le lot d’Álvaro Núñez était léger (483 à 520 kg), très commode d’armure et décasté pour la plupart, voire franchement mansos.

Morante de la Puebla : salut et deux oreilles.

Manzanares : oreille et oreille.

Juan Ortega : salut et oreille

 

Le plus remarquable de la soirée fut certainement la prestation de José Antonio Morante de La Puebla. Les véroniques qu’il offre à son premier sont d’une rare suavité. La douceur et la lenteur de ce début ont dû ravir les mânes de Rafael de Paula. Le quite par delantales enchante le public. Par la suite, les choses se gâtent le toro proteste dans la muleta se livrant à de dangereux estraños et la flanelle du « cigarrero » est souvent accrochée. Deux pinchazos et une entière verticale desprendida limitent la récompense à un chaleureux salut.

Le second sort en manso de gala, mais rien ne peut perturber le génie de la Puebla. Stoïque, accoudé à la barrière ne se déplaçant jamais, Morante attend l’animal capote tenu à une main. Ses banderilleros et même son valet d’épée amènent le toro au maître qui fait passer. Le public gronde, la pique symbolique est prise en fuyant et le ton monte dans les gradins, certains réclament un changement qui n’a pas lieu d’être et Morante temporise. En d’autres circonstances, on eut vu le torero prendre l’épée de mort d’entrée et en finir au plus vite. Morante décide du contraire et invente une faena d’anthologie. Sa muleta hypnotise le toro et le moindre cite le ramène à un combat qu’il ne cherche qu’à fuir. Les séries sont liées et templées, le miracle s’opère et Morante dessine une faena de grand niveau des deux mains, usant de tous les recours possibles pour élever le niveau dans une faena de menos à más comme il est rarement vu. Parti du néant, Morante crée l’impensable. Malgré une mise à mort en deux temps, le public réclame et obtient dans le délire les deux oreilles ouvrant une grande porte qui ne pouvait que se terminer en baisant la main du divin Rafael de bronze.

Après cela bien sûr, le bon ne pouvait paraître qu’ordinaire. José Mari Manzanares déroule son toreo propre et sans tâche, mais qui paraît plat, dont le plus original ne fut que la couleur des broderies vieux bronze de son costume et deux formidables coups d’épée qui valaient certainement ses deux oreilles.

Juan Ortega restera en demi-teinte, déroulant son magnifique toreo de capote et deux faenas de más a menos qui le mettront en difficulté à l’heure de la suerte suprême.

C’est un public délirant qui restera longtemps à commenter les œuvres du grand maître Morante qui a largement relancé sa saison après la blessure de Séville. La féria de Jerez s’éteint avec un doux goût de revenez-y pour 2027, en espérant peut-être un peu plus d’imagination dans les cartels et pourquoi pas, le retour de la novillada…

Un grand merci à Jean Dupin pour ses reseñas…