Jeudi 19 mai 1994 : Six Victorino Martín pour un metteur en scène, un français et un acrobate… (2)

 

Jesulín de Ubrique est un funambule se déplaçant sur le fil mince d’une carrière déjà bien tracée. De l’acrobate, il a le teint pâle et l’allure longiligne, la sûreté de placement et le sens de l’équilibre. En fait, chez ce jeune matador de toros, tout est dosage. Ainsi, après un phénoménal parcours de novillero et une alternative de luxe, ici, à Nîmes le 21 septembre 1990 des mains de Manzanares et d’Emilio Muñoz face à des toros de Manolo González, il traverse les férias du monde entier comme un clown blanc traverserait les chutes du Zambèze, sans faute de stabilité, sans rupture de rythme, presque sans peur.

Pourtant, en 1991, un après-midi à Saragosse, un toro l’a pratiquement coupé en deux.

Cependant, dès 1992 comme en 1993, il toréait, tranquille, une centaine de corridas, coupant à foison oreilles et queues, donnant l’impression d’une telle sérénité qu’il décourageait toute critique formelle.

Cette constante de comportement dans l’arène est surprenante surtout à un âge où on pourrait s’attendre à davantage de débordements, à plus d’excès, à un minimum d’impétuosité, à quelque chose de plus jeune, à un funambulisme nouveau dans lequel l’ombrelle serait remplacée par un bâton de dynamite allumé d’une mèche courte.

Cette retenue sage ne veut pas dire pour autant que Jesulín ne soit pas un batailleur ; au contraire, mais ses affrontements sont policés, sociaux, canalisés dans la technique d’un métier sans failles.

 

Jesulín de Ubrique est un torero bien élevé que certains esprits comparateurs donnent pour un émule édulcoré d’Ojeda. Ces esprits chagrins ont tort. Jesulín a une personnalité qu’il sait manifester quand les circonstances l’exigent.

Exprimer cette personnalité sera le troisième défi de ce 19 mai et de cela Jesulín est conscient. Les toros de Victorino qu’il combattra pour la deuxième fois de sa vie après leur avoir coupé deux oreilles à Olivenza le 6 mars de cette année, ne lui demanderont pas de rester perché en l’air dans une attitude déférente, car ce 19 mai, la baston grave sera probablement de la partie.

Jeudi, on jouera dans le registre « Bartabas » et dans cette atmosphère de soufre, même le plus raffiné des funambules devra pour s’imposer descendre dans la cage aux lions.

Victorino Martin, lui, ne pense sûrement pas à un metteur en scène, à un français ou à un funambule. Il sait seulement que dans sa finca « Monteviejo » à Moraleja (Caceres) , devant les pattes du cheval de Julio Presumido Prieto, son mayoral, il y a des dizaines de toros dont le seul nom fait peur ou rêver, ce qui est un peu la même chose…

 Datos

Reseña sommaire de la tarde du 19/05/1994 : Lot sans réel fond et sans transmission qui s’est laissé plus ou moins faire… Esplá a coupé une oreille.

Rappel Feria de Pentecôte 1994:

Jeudi 19/05/1994 : Esplá/Loré/Jesulín ; toros de Victorino.

Vendredi 20/05/1994 : Ortega Cano/Rincón/Finito de Córdoba ; toros de Samuel Flores.

Samedi 21/05/1994 (matin) : Cape d’Or : Luis Manuel/Luisito/Swan Soto ; novillos de Sánchez Arjona.

Samedi 21/05/1994 : Joselito/Ponce mano a mano ; toros de Zalduendo.

Dimanche 22/05/1994 (matin) : Joao Moura/Ginés Cartagena/Marie Sara.

Dimanche 22/05/1994 : JA Campuzano/El Fundi/Nino de la Taurina ; toros de Miura.

Lundi 23/05 (matin) : corrida mixte : Paco Ojeda/Luis et Antonio Domecq/Vicente Barrera (novillero).

Lundi 23/05/1994 : JM Manzanares/Espartaco/César Rincón ; toros de Juan Pedro Domecq.

Patrice Quiot